Direct Soir n°232 29 oct 2007
Direct Soir n°232 29 oct 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°232 de 29 oct 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : Benazir Bhutto retour à risques au Pakistan

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Directsoir N°232/Lundi 29 octobre 2007 6 EN COUVERTURE BENAZIR BHUTTO, 54 ANS. DE RETOUR D’EXIL, L’ANCIENNE ICÔNE PAKISTANAISE POURRAIT BIENTÔT ASSUMER LES PLUS HAUTES RESPONSABILITÉS. INFLEXIBLE, CETTE FEMME MUSULMANE LANCE UN VÉRITABLE DÉFI AUX ISLAMISTES QUI MENACENT LA STABILITÉ DU PAYS ET DE LA RÉGION. Benazir Bhutto L’espoir fragile du Pakistan LEFTERIS PITARAKIS/AP
A. QURESHI/AFP www.directsoir.net Elle veut être le prochain Premier ministre du Pakistan. Dans son pays, elle a promis de « rétablir la démocratie ». Cette perspective pourrait se concrétiser dans les mois à venir. Si ses adversaires et la justice lui en laissent le temps, Benazir Bhutto, 54 ans, va mener le Parti du peuple pakistanais (PPP) aux élections législatives, prévues à la mi-janvier 2008. Soutenue par Washington – les Etats-Unis voient une possibilité de stabilisation de la région – elle est sur le point de signer un accord de partage du pouvoir avec Pervez Musharraf. Cela permettrait au général de demeurer Président. Benazir Bhutto deviendrait Premier ministre. Fonction qu’elle a déjà occupée par deux fois avant de fuir le Pakistan, accusée de corruption. UN « MOMENT HISTORIQUE » Un accord contre nature, avec celui dont elle fut, pendant son exil, une farouche opposante ? En décidant d’une amnistie, le Président en exercice lui a offert la possibilité de revenir au Pakistan. En échange, Pervez Musharraf espère profiter de l’immense popularité de sa nouvelle alliée. Car malgré ses ennuis devant les tribunaux, Benazir Bhutto reste l’espoir de toute une partie de la population pakistanaise. Pour preuve, les 250000 personnes, qui, selon la police, se pressaient le 18 octobre dans les rues de Karachi. En milieu de journée, un avion en provenance de Dubai s’était posé sur le tarmac de l’aéroport de la capitale. A son bord, Benazir Bhutto. Au bas de la passerelle, elle a marqué un temps d’arrêt avant de poser le pied sur ce sol, quitté il y a huit ans. Des larmes ont coulé. Elle s’est dite « bouleversée », parlant de « moment historique ». « Nous nous battons toujours contre une dictature, nous voulons isoler les extrémistes et construire un Pakistan meilleur ». Benazir Bhutto est ensuite montée dans un camion. Ce retour tant attendu a déclenché la liesse populaire. Vingt mille policiers ont été mobilisés pour assurer la sécurité. Un cortège devait conduire celle qui est devenue une idole jusqu’au mausolée du père du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah. Accompagnée par la foule, la procession devait s’étirer sur dix-huit heures. Elle n’aura finalement duré que neuf heures. « Au crépuscule, nous avons constaté que les éclairages publics étaient éteints et que nos gardes du corps avaient du mal à voir, a fortiori à distinguer des kamikazes », déclarera Benazir Bhutto. Vers minuit, une première explosion a retenti. Une grenade. Benazir Bhutto venait de quitter le toit du véhicule sur lequel elle se tenait quelques minutes plus tôt. « J’ai eu énormément de chance, dit-elle dans un entretien diffusé sur le site internet de Paris Match, je suis descendue à l’intérieur du camion pour relire le discours politique que je devais prononcer plus tard. J’étais protégée par les parois blindées du camion et c’est ce qui m’a sauvée ». Puis une deuxième déflagration. Cette fois, un kamikaze avait pu approcher à quelques mètres de l’avant du camion et faire exploser une bombe de 30 kilos, bourrée de billes d’acier et de clous. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier commis au Pakistan. Au moins 139 personnes ont trouvé la mort, et plus de 400 ont été blessées. Benazir EN COUVERTURE 7 Le 1 er décembre 1988, elle était devenue la première femme à occuper le poste de Premier ministre dans un pays musulman. A 54 ans, Benazir Bhutto est revenue d’exil, et veut reprendre le pouvoir. Le jour même de son retour, le 18 octobre, un attentat contre ses nombreux fidèles a fait 139 morts et a failli lui coûter la vie. Les Etats-Unis voient « en elle une possibilité de stabilisation de la région » Sur la tombe de son père (Président et Premier ministre de 1971 à 1977), le 27 octobre. Bhutto s’en sort saine et sauve, mais choquée. « Même si je n’accuse pas le gouvernement, nous avons tous besoin tout de même d’une enquête, qui doit aussi déterminer pourquoi les éclairages de la rue ont été éteints », dit-elle. Dès le lendemain, Pervez Musharraf téléphone à Benazir Bhutto pour lui présenter ses condoléances. L’Inde, la Chine, les Etats-Unis ont condamné les attentats, de même que l’Allemagne et la France. Nicolas Sarkozy a invité « les autorités pakistanaises à veiller à ce que le processus devant conduire aux élections législatives se déroule dans les meilleures conditions, en particulier en garantissant la sécurité des responsables politiques ». Les jours qui suivent, les rues de Karachi, mégalopole de 12 millions d’habitants sont vides. Plusieurs manifestations de colère ont lieu dans la capitale et dans d’autres villes du pays. RESTER AU PAKISTAN La police ne parvient pas à dire qui est derrière cet attentat. Benazir Bhutto, qui y voit la main d’al-Qaida, demande qu’une enquête internationale soit ouverte. Elle soupçonne les services de sécurité pakistanais d’être infiltrés par al-Qaida. Elle a aussi pointé du doigt d’anciens dignitaires du régime du général Zia qui, selon elle, sont aujourd’hui derrière l’extrémisme et le fanatisme. Le chef de la police répond : « Nous éviterons de pointer du doigt tel ou tel ou même d’accuser certains groupes de militants islamistes. » Pervez Musharraf promet quant à lui d’arrêter les responsables, mais demande à Benazir Bhutto de ne pas « commencer à accuser les uns et les autres sans preuves ». Le dimanche qui suit l’attentat, Benazir Bhutto, sous haute protection, se rend à l’hôpital Jinnah, pour rencontrer les blessés les plus graves, à qui elle a remis 5000 roupies chacun (60 euros). « Nos espoirs, nos Je n’ai pas peur de la mort (…) Quand elle doit venir, elle vient. Interview donnée à Paris Match le 19 octobre 2007. prières et notre sympathie vont à ceux qui ont fait l’ultime sacrifice pour la cause de la démocratie, leur sacrifice ne restera pas vain », avait-elle déclaré après l’attentat. « Nous vivons une bataille pour la démocratie, cette attaque ne me visait pas en tant qu’individu, mais pour ce que je représente, c’était une attaque contre la démocratie », souligne Benazir Bhutto, expliquant qu’elle compte bien rester au Pakistan. Samedi dernier, elle a effectué son premier déplacement depuis l’attentat. A bord d’une voiture blindée, elle s’est rendue dans le sud du pays, dans le village dont elle est originaire. HAUTE TENSION AU PAKISTAN Pourtant, depuis plusieurs mois, le terrorisme ensanglante cette puissance nucléaire de 160 millions d’habitants. Les 10et 11 juillet derniers, à Karachi, un assaut de l’armée pakistanaise contre la Mosquée rouge, où s’étaient retranchés des fondamentalistes, fait une centaine de morts dans les rangs des insurgés. Les islamistes pakistanais et al-Qaida jurent de les venger. Depuis, les violences se répètent dans le pays : 22 attentats font près de 400 morts. Jeudi dernier, un nouvel attentat a fait 30 morts. Il y a quelques jours, 2000 soldats supplémentaires ont été envoyés dans la très touristique vallée de Swat, au nord-ouest du pays, où des combattants, proches A. QURESHI/AFP



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