Direct Soir n°227 22 oct 2007
Direct Soir n°227 22 oct 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°227 de 22 oct 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : José Manuel Barroso l'Europe relancée

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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E. SISLEY/SIPA www.directsoir.net Le minitraité finalisé au sommet européen de Lisbonne établit une liste de dispositions qui devraient considérablement faciliter le fonctionnement de l’Union européenne à 27 membres : vote à la double majorité, création d’un véritable ministre des Affaires étrangères européen, élection d’un président du Conseil européen pour deux ans et demi. Sauf incident (l’Irlande a prévu de soumettre la ratification au référendum), le minitraité sera adopté d’ici 2009. José Manuel Barroso peut aujourd’hui être considéré comme l’un des artisans majeurs de ce véritable « déblocage » institutionnel. Le précédent conseil européen qui s’était tenu à Bruxelles à la fin du mois de juin dernier avait permis d’atteindre un consensus portant sur 90 à 95% du texte institutionnel. Depuis, José Manuel Barroso n’avait cessé, avec l’aide des principaux partisans du projet, de travailler à lever les dernières réticences. En ménageant les susceptibilités italiennes sur la répartition des sièges au Parlement européen, les craintes du Royaume-Uni quant à la souveraineté britannique, et enfin les exigences polonaises de continuer à peser dans le débat au sein de l’Union, cet homme de compromis a réussi à rallier chacun à sa cause. SOMMET « À DOMICILE » Si le président de la Commission européenne a mis autant d’ardeur à la tâche, c’est sans doute parce que ce sommet revêtait pour lui une forte portée symbolique. Organisé à Lisbonne, sa ville natale, ce rendez-vous avait été organisé par José Sócrates, son successeur à la tête de l’exécutif du Portugal, qui assure actuellement la présidence de l’Union européenne. Dès lors, l’adoption du minitraité au Portugal, sous la présidence du Portugal, alors que la commission est dirigée par un Portugais, ne peut avoir qu’un impact très positif pour le petit Etat de la péninsule ibérique. Un peu plus de 20 ans après son adhésion à ce que l’on appelait alors la CEE (Communauté économique européenne), le Portugal, qu’on pointait à l’époque du doigt comme le wagon de queue de l’Europe, a remis celle-ci sur les rails. L’image a de quoi séduire. VOLONTARISME SANS FAILLE Les avancées notoires de ce sommet sont étroitement associées à l’action et à l’influence de celui qui tient les rênes de la Commission européenne depuis près de trois ans. Tout comme il aurait été stigmatisé si le sommet s’était achevé sur un nouveau blocage. Heureusement pour José Manuel Barroso, son volontarisme était partagé dans les capitales des vingt-sept pays membres. Alors qu’il vient de passer le cap de la mi-mandat, cet accord devrait lui permettre d’inscrire une première avancée majeure à un bilan jusqu’ici surtout marqué par l’inertie institutionnelle dans laquelle est empêtrée l’Europe. Depuis 2001 et un traité de Nice arraché dans la douleur, le processus d’élargissement de l’Union s’est heurté à la difficulté de trouver un mode d’organisation des institutions qui satisfasse chacun des partenaires. Et les « non » français et néerlandais aux référendums de ratification du projet de Constitution, en 2005, ont définitivement EN COUVERTURE 7 Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, était l’homme orchestre du sommet européen qui s’est tenu jeudi et vendredi à Lisbonne, sa ville natale. L’adoption du minitraité, qui sera ratifié d’ici 2009, fait figure de juste récompense pour ce défenseur inlassable de la construction européenne. Barroso apparaît comme « le catalyseur du minitraité » Nicolas Sarkozy rencontrant, le 23 mai 2007, José Manuel Barroso à Bruxelles. bloqué une réforme conçue pour assurer le simple fonctionnement des institutions. S’il ne peut être tenu pour seul responsable de cet enlisement, l’homme fort de Bruxelles a aujourd’hui mis un terme à ces années de remise en question et apparaît comme l’un des artisans du nouvel élan. Le traité simplifié va permettre de tourner la page de la défunte Constitution. Il devrait aussi favoriser le réchauffement des relations de Barroso avec la diplomatie française. Je ne suis pas un néolibéral fondamentaliste, je me définis plutôt comme un social-démocrate du centre, modéré, réformateur et antiétatiste. TOURNER LA PAGE Avec Jacques Chirac, des tensions avaient vu le jour pendant la campagne pour le référendum. L’entourage du chef de l’Etat français de l’époque avait peu apprécié la contribution du président de la Commission européenne au débat national. Dans un discours, José Manuel Barroso avait revendiqué son attachement au « principe du pays d’origine », élément emblématique qui cristallisait l’opposition française à la fameuse directive Bolkestein. Et c’est au lendemain de cette déclaration que les sondages avaient, pour la première fois, donné l’avantage au camp des « nonistes ». Depuis vendredi, ces frictions sont une fois pour toutes effacées des mémoires. Car cette victoire de Barroso est aussi celle du nouvel hôte de l’Elysée qui n’a pas ménagé ses efforts à Lisbonne pour vaincre les dernières réticences polonaises. C’est aussi Nicolas Sarkozy qui est, avec la chancelière allemande Angela Merkel, à l’origine du projet de traité simplifié. José Manuel Barroso apparaît aujourd’hui comme le catalyseur du minitraité que l’on retiendra sans doute comme l’acquis majeur de son mandat. Le minitraité entrera en vigueur dans dix ans, en 2017. D’ici là, l’UE devra encore résorber d’importantes divergences comme l’entrée ou non de la Turquie, la poursuite de l’élargissement, le choix des futurs hauts responsables européens, ou particularisme britannique). Nul doute que sur tous ces dossiers, José Manuel Barroso aura son mot à dire. ■ D. LEBRUN/PHOTONEWS/GAMMA/EYEDEA
Directsoir N°227/Lundi 22 octobre 2007 8 EN COUVERTURE Nous ne sommes pas forcément d’accord sur tous les sujets, mais je préfère un leader politique qui fasse preuve d’énergie plutôt qu’un dirigeant qui se satisferait d’une Europe routinière et bureaucratique. José Manuel Barroso, à propos de Nicolas Sarkozy, dans Le Figaro. José Manuel Barroso, le 25 mars 2007, lors du 50 e anniversaire du traité de Rome. 1956-2007 : DE LISBONNE À BRUXELLES José Manuel Durao Barroso est né le 23mars 1956 à Lisbonne. Après une enfance sans histoire, la situation politique dans son pays favorise l’éclosion de sa vocation militante. En 1974, alors qu’il n’a que 16 ans, éclate la Révolution des œillets. En moins d’une journée, le mouvement, initié par une poignée de militaires insurgés et soutenu par la jeunesse portugaise, renverse pacifiquement le régime autoritaire en place depuis 1933. A l’époque, le jeune Barroso se situe à l’extrême gauche de la scène politique portugaise. Quand il entame ses études de droit, il occupe la fonction de président des étudiants maoïstes (MRPP). Rapidement, ses convictions évoluent, et après un bref ralliement au socialiste Mário Soares, il rejoint le Parti socialdémocrate (PSD), de centre-droit, en 1980. Devenu assistant à la faculté de Lisbonne, il part en 1981 poursuivre ses TROIS PRÉDÉCESSEURS… LUDOVIC/REA études à Genève, puis aux Etats-Unis, où il suit des cours dans les universités de Georgetown et de Columbia. A 29 ans, il est le protégé du président du PSD et Premier ministre de l’époque, Anibal Cavaco Silva. Ce dernier nomme le jeune Barroso secrétaire d’Etat à l’administration interne, puis deux ans plus tard secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, avant de le consacrer chef de la diplomatie portugaise à seulement 36 ans. Contaminé par le virus politique, José Manuel Barroso ne cache déjà plus son ambition de marcher un jour dans les pas de son mentor et de diriger à son tour le pays. Mais il fera d’abord l’expérience d’une relative traversée du désert. En 1995, après quelques années d’enseignement à Georgetown, il profite d’une défaite électorale de son parti pour le conquérir. Il y parvient quatre ans plus tard. ROMANO PRODI L’actuel chef du gouvernement italien a occupé la fonction de président de la Commission européenne de septembre 1999 à novembre 2004. La principale avancée de sa mandature est l’adoption de la monnaie unique et l’entrée en vigueur de l’Euro, qui intervient le 1 er janvier 2002. Il a également piloté l’entrée dans l’Union de 10 nouveaux membres, en 2004. W. VAN CAPPELEN/REA Après la démission du chef du gouvernement socialiste, les élections législatives anticipées de mars 2002 lui ouvrent les portes du pouvoir. A la tête du gouvernement portugais, il impose une politique rigoriste visant à redresser l’économie du pays. Malgré l’impopularité de ces mesures et d’autres comme le soutien à la guerre en Irak, il est ferme et impose ses décisions. En 2004, ce polyglotte qui s’exprime avec autant de facilité en anglais qu’en français ou en espagnol est approché pour succéder à Romano Prodi à la tête de la Commission européenne. Faute d’un consensus autour des noms qui circulaient comme premiers choix, Barroso est le candidat désigné à l’unanimité au « deuxième tour ». Il accepte la mission et quitte son poste de Premier ministre du Portugal, pour être officiellement intronisé le 22 novembre. JACQUES SANTER Premier ministre du Luxembourg depuis 1984, il quitte ses fonctions en 1995 pour prendre la tête de la Commission. Quatre ans plus tard, il présente la démission collective de son équipe, dont certains membres sont soupçonnés de corruption. Il est remplacé par l’Espagnol Manuel Marin, qui assure l’intérim avant la nomination de Romano Prodi. LUDOVIC/REA C. THIEL/SIPA F. DE LA MURE/MAE VU PAR Jean-Pierre JOUYET, sécrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes « Un demi d’ouverture » ■ « A l’issue de la Coupe du monde de rugby, si je devais en un mot faire comprendre le rôle essentiel du président de la Commission, je le comparerais à un demi d’ouverture. C’est lui qui distribue le jeu, donne le rythme à son équipe, décide ou non de passer à l’offensive. L’équipe du président Barroso, ce sont ses 26commissaires. Le président de la Commission oriente le jeu européen, définit la stratégie et choisit la tactique. A lui d’avoir de l’audace, de prendre des risques, d’orienter le jeu, de passer la balle, pour que l’Union européenne progresse et marque des points. Grâce au président Barroso, l’Union européenne s’est fait remarquer. Ses propositions pour relancer la croissance et stimuler l’emploi ; le projet qu’il a porté de Fonds européen d’ajustement à la mondialisation ; l’impulsion décisive qu’il a donnée à la création de l’Institut européen de technologie, sont autant d’essais à mettre à son crédit. L’Union européenne se trouve à un moment décisif. Les 18 et 19 octobre, elle a adopté de nouvelles règles du jeu, avec le traité simplifié, qui devraient lui permettre de jouer un jeu gagnant pour tous les Européens, celui d’une Europe forte dans la mondialisation. Cet accord, le président Barroso y a fortement contribué et les liens qu’il a tissés avec le président Sarkozy ont beaucoup aidé. » JACQUES DELORS Cet ancien ministre de François Mitterrand détient le record de longévité à la présidence de la Commission (10 ans, de 1985 à 1995). On le reconnaît comme le père du livre blanc de la Commission, qui débouche sur la signature de l’Acte unique, en février 1986 (dans ses mémoires, Jacques Delors l’appelle « mon traité favori »).



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