Direct Soir n°218 9 oct 2007
Direct Soir n°218 9 oct 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°218 de 9 oct 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,7 Mo

  • Dans ce numéro : Jean d'Ormesson oeuvres choisies

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Directsoir N°218/Mardi 9 octobre 2007 6 EN COUVERTURE Jean d’Ormesson Portrait d’un homme heureux VÉRITABLE STAR DE LA LITTÉRATURE, JEAN D’ORMESSON INCARNE « L’ESPRIT FRANÇAIS » DANS TOUTE SA SPLENDEUR. À 82 ANS, L’ÉCRIVAIN DU BONHEUR REGARDE TOUJOURS LA VIE AVEC PASSION ET DÉSINVOLTURE. MATHIEU BOURGOIS/OPALE
www.directsoir.net DR Le dernier livre de Jean d’Ormesson, La vie ne suffit pas (Robert Laffont), est un recueil d’œuvres choisies, parmi lesquelles se glisse une biographie sentimentale de Chateaubriand, son auteur fétiche, une Histoire de la littérature, ou encore un roman, paru en 2001, Voyez comme on danse. Mais celui qui retient particulièrement l’attention, c’est l’ouvrage placé en ouverture du volume, Du côté de chez Jean, paru en 1959 chez Julliard. S’il a choisi de le mettre en premier, c’est parce qu’il valait mieux « partir de plus bas » et réclamer à cet égard « l’indulgence du lecteur », explique-t-il. Il n’en fallait pas plus pour avoir envie de s’y attarder quelques instants. Ce petit livre de 91 pages révèle la genèse d’un itinéraire dont on sait qu’il a hissé son auteur aux sommets de la littérature française contemporaine. UN PREMIER LIVRE À 32 ANS Dans cet essai de jeunesse qui n’en est pas tout à fait un, puisqu’il le publia à 32 ans, toute la personnalité de l’écrivain que l’on connaît aujourd’hui, faite d’intelligence et d’ironie, d’esprit et de désinvolture est déjà là. Et si comprendre un écrivain, c’est aller fouiller dans un passé parfois oublié, Du côté de chez Jean est un livre à lire ou à relire. Il exprime à la fois cette violence propre à la jeunesse et cette ambition contrariée des débuts. Un essai plus qu’un roman, le journal d’une ambition plus que d’un ambitieux où l’on retrouve déjà ses contradictions et cette ambivalence qui lui sont propres : « Je ne voulais pas réussir mais j’étais tenté de faire de grandes choses. » Dans une famille composée d’illustres ambassadeurs et de grands commis d’Etat, la chose était à la fois aisée et compliquée. « J’avais été éduqué de manière très libérale, par un père qui nous disait : « Vous pouvez faire ce que vous voulez. » Mais c’était exactement comme Henry Ford qui disait : « Vous pouvez acheter des voitures Ford de toutes les couleurs, à condition qu’elles soient noires », puisqu’il ne faisait que des voitures noires. Eh bien, nous pouvions faire ce que nous voulions, mon frère et moi, à condition de servir l’Etat. » UN PARCOURS LITTÉRAIRE Sa manière d’échapper à ce destin tout tracé, c’est dans les études qu’il la trouve : hypokhâgne, khâgne, Ecole normale supérieure, agrégation de philosophie. Son père n’était pas dupe. Il le cite : « J’ai compris, quand tu auras passé l’agrégation, tu voudras faire ta médecine, encore 7 ans d’études, et quand tu auras fini ta médecine, tu découvriras que tu as la foi et tu voudras devenir jésuite, 14 ans d’études. » Tout cela, il l’avoue, « oui, c’était une façon d’échapper à la vie réelle », car déjà à l’époque, il y avait en lui « cette envie secrète d’écrire » mêlée de sentiments contradictoires. Parce qu’il connaissait « un peu la littérature », il l’aimait trop pour vouloir ajouter quelque chose à Eschyle, Sophocle, Dante ou Proust. Il y avait aussi cette peur de tomber dans l’évidence, le lieu commun. Penser au Dictionnaire des idées reçues de Flaubert achevait de le démotiver. Dans ces conditions-là, à quoi, à qui doit-on ses premières lignes ? EN COUVERTURE 7 Jean d’Ormesson, le plus jeune de nos « vieux » écrivains, publie un recueil de ses œuvres, paru hier chez Robert Laffont. Depuis cinquante ans, ses livres rencontrent un succès constant. Pétillant, souriant et infatigablement heureux, l’immortel explique les secrets de sa longévité. Aimer la vie et « la célébrer dans chacun de ses livres » L’élégant Jean d’Ormesson au travail, dans son bureau, à Neuilly. L’AMOUR DES LIVRES « J’ai écrit mon premier livre, L’amour est un plaisir, pour plaire à une fille et dans ce livre-là, on voit bien que je patauge un peu dans la choucroute, je ne sais pas très bien où j’en suis. » Quant au second, Du côté de chez Jean, pour lui c’est un livre d’ambition et de fuite, d’où « ce caractère un peu sauvage ». Un premier livre pour séduire, un deuxième pour trouver sa place, quitte à provoquer un peu. François Mauriac ne s’est pas trompé lorsqu’il en parle dans son Blocnotes en 1959 : « Ils se ressemblent beaucoup, son livre et lui. Le désir de choquer, de scandaliser, d’être cynique se mêle en eux à celui de plaireet d’être aimé, qui l’emporte bien sûr. » Plaire, le verbe est lâché. Jean d’Ormesson aime plaire, notamment à ses lecteurs même si « Je ne me dis jamais, qu’est-ce que veulent mes lecteurs ? Si vous vous dites cela, vous êtes perdu, vous faites un best-seller, c’est-àdire un navet. Il faut écrire ce que l’on a envie d’écrire et j’ai la chance que mes lecteurs me suivent. Evidemment c’est une veine ! » Ces inconditionnels, ces lecteurs « captifs », comme le notent certains esprits malveillants, il ne les a pourtant pas conquis dès le départ. Jean-Marie Rouart, qui l’a connu lorsqu’il avait 18ans, se souvient : « Lorsque j’ai connu Jean d’Ormesson, ses livres se vendaient à 2000 exemplaires et j’étais le seul à le reconnaître dans la rue. » Des débuts modestes, aussi marqués par la désapprobation d’un père démocrate-chrétien, ambassadeur, qui n’avait pas abandonné l’idée de faire de son fils un grand commis d’Etat. Un père qui vécut très mal ses premières publications : « Quand mes livres sont sortis, mon En mai dernier, Jean d’Ormesson a fait publier par sa fille Héloïse un recueil d’articles : Odeurs du temps. père n’a pas été très heureux, il trouvait que c’était de la littérature légère. Il est mort persuadé que j’étais un voyou, un bon à rien. Les livres que j’ai publiés ne lui ont pas fait plaisir du tout, il trouvait cela abject. » Une première blessure dans la vie de Jean d’Ormesson, sans doute, car derrière cet homme au regard pétillant de bonheur, cet écrivain du plaisir, il y a aussi l’homme blessé, malheureux comme lorsqu’il dut se séparer de la demeure familiale : Saint-Fargeau. De ce choc sentimental naîtra un livre, Au plaisir de Dieu, qu’il dédie à son père et à son oncle Wladimir. Il le dit : « Le plaisir n’est pas la vraie source de l’écrivain. » Pourquoi ces romans respirent-ils alors autant la joie de vivre ? « Je dirais que le monde est sinistre et qu’il faut être heureux : Une fête en larmes » [le titre d’un de ses livres]. Tenter de ré-enchanter ce monde, donner un peu d’espérance et, au passage, amuser le lecteur, telle pourrait être une définition de la littérature selon Jean d’Ormesson car, il l’avoue, « j’ai toujours pensé que les grands livres étaient des livres amusants. Rabelais, c’est très amusant, Cervantès aussi, Proust, qu’on trouve parfois ennuyeux, est formidablement amusant, c’est un auteur comique ! » Plus que drôle, « un bon livre, c’est un livre qui vous transforme ». C’est le message que lui envoient A. BENAINOUS/GAMMA



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