Direct Soir n°216 5 oct 2007
Direct Soir n°216 5 oct 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°216 de 5 oct 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : Patrick Modiano à la recherche de la jeunesse perdue

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
Directsoir N°216/Vendredi 5 octobre 2007 6 EN COUVERTURE PATRICK MODIANO, 62 ANS, ÉCRIVAIN. FIGURE UNIQUE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE, CET AUTEUR FÉCOND A LIVRÉ PRÈS D’UNE TRENTAINE D’OUVRAGES DEPUIS 1968 ET COLLABORÉ, AU CINÉMA, AVEC LOUIS MALLE. IL PUBLIE CETTE SEMAINE « DANS LE CAFÉ DE LA JEUNESSE PERDUE », AUX ÉDITIONS GALLIMARD : L’HISTOIRE D’UNE VIE QUI VA SE FINIR, RACONTÉE PAR QUATRE VOIX « MODIANESQUES ». Patrick Modiano Pudeur et confidences HELENE BAMBERGER/OPALE
DR www.directsoir.net Ecrivain. Patrick Modiano a passé sa vie à écrire, pour lui, pour les autres, pour ses lecteurs. Les mains de cet homme grand, très grand, ont le geste maladroit, comme si elles cherchaient à se faire oublier. Ses phrases sont hachées, coupées. Inachevées. Son regard timide et attentif. Dans Un Pedigree, publié il y a deux ans, il finissait le récit autobiographique et fragmenté de sa jeunesse en annonçant : « J’avais pris le large avant que le ponton vermoulu ne s’écroule. Il était temps. » Avec Dans le café de la jeunesse perdue, il revient, une fois encore, comme un équilibriste, dans les rues de sa jeunesse. Dans les salles obscures d’un Paris perdu, à travers les derniers moments de Louki, jeune fille perdue qui s’abandonne comme lui-même a été abandonné, Patrick Modiano revisite les lieux de son histoire. FILS DE LA CLANDESTINITÉ L’écrivain, comme son personnage, est le fruit d’une union éphémère, de celles que seules les démesures de la guerre rendent possibles. Quand il rencontre une jeune actrice flamande, Louisa Colpijn, dans le Paris occupé de 1943, son père, un Juif d’origine italienne, a déjà échappé à deux rafles. Louisa, ancienne protégée de l’occupant, et « l’homme d’affaires » en fuite perpétuelle survivent dans l’ombre du marché noir et des appartements clandestins. Patrick naît le 30 juillet 1945, peu de temps après leur retour dans la capitale. Son frère, Rudy, voit le jour deux ans plus tard. La famille vit sur trois étages de l’immeuble du 15, quai de Conti, non loin du quartier de Saint-Germain-des-Prés, un endroit alors populaire et presque louche. En 1949, les parents envoient les deux garçons à Biarritz, où ils sont confiés à une gardienne de maison. Patrick ne sait même pas à qui appartient le nom de son parrain qui figure sur son acte de baptême, daté de 1950. Quand ils reviennent de cet exil précoce, les deux frères sont presque immédiatement envoyés en pensionnat, à Jouy-en-Josas. La commune des Yvelines, limitrophe de Versailles, n’est pas encore considérée comme une banlieue. Délaissés, les deux garçons construisent une relation intense, qui sera brutalement interrompue par le décès de Rudy, à l’âge de dix ans, en 1957. L’événement marque Patrick Modiano en profondeur. Dans Un pedigree, il confie « A part mon frère Rudy, sa mort, je crois que rien de tout ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur ». Leurs parents sont déjà séparés depuis quelques années, même s’ils occupent toujours l’immeuble du quai de Conti. Le week-end, Patrick est emmené par son père de cafés en bureaux, où il rencontre les amis et partenaires d’affaires de son père. Des affaires dont on ne parle pas. Parfois, il suit sa mère dans les cou- Parmi lisses des théâtres, où elle joue un temps. Il y rencontre Suzanne Flon. (Un pedigree) C’est elle qui, un soir, rassurera le jeune garçon, effrayé de voir sa mère sur scène. Pendant ses années de collège, toujours en pensionnat, Patrick Modiano se passionne pour la lecture, de Montherlant àColette, d’Hemingway à Kafka. Dans le café de la jeunesse perdue est irrigué d’autres noms aujourd’hui méconnus, comme Horizon Perdu de James Hilton, roman sur une lamaserie utopique (monastère bouddhiste tibétain), où le temps n’a pas de prise et où quelques élus préservent et développent les monuments de la culture humaine menacés par les guerres. Une histoire EN COUVERTURE 7 Pour ses nombreux lecteurs, nouveaux ou fidèles, l’arrivée d’un roman de Patrick Modiano signifie un retour vers un univers à la fois familier et étranger. Avec « Dans le café de la jeunesse perdue », publié aux éditions Gallimard, l’écrivain impose encore une fois la magie de son style. Je voudrais revenir en arrière et « revivre ces années mieux que je ne les ai vécues. Mais comment ? » L’auteur, dans son appartement parisien. de solitude et d’apaisement dans un monde d’après « la der des der ». Trop occupé par une vie de plus en plus chaotique, confronté aux exigences d’une compagne qui veut éloigner coûte que coûte cet enfant qui la dérange, son père l’envoie faire son collège à Annecy, dans une institution privée où les lectures sont surveillées et les repas rationnés. Là encore, c’est la lecture et l’aide de son professeur de lettres qui lui offrent un peu de répit. les points de repères de ma vie, les étés compteront toujours, bien qu’ils finissent par se confondre, à cause de leur midi éternel. Un pedigree (2005) RENCONTRE AVEC QUENEAU Quand il intègre le lycée Henri IV à Paris, ses parents, qui n’habitent pourtant qu’à quelques pâtés de maison, le placent à l’internat. C’est au cours du déjeuner d’un samedi, où sa mère accepte de l’accueillir, sans lui porter d’attention, que Patrick Modiano rencontre Raymond Queneau, célèbre auteur de Zazie dans le métro. « Ma mère connaissait la femme de Queneau et un samedi, à déjeuner, il se trouvait là. J’avais quatorze ans et demi. Il a dû voir que j’étais un peu livré à moi-même. Par gentillesse sans doute, il m’a dit : « Tu peux venir déjeuner chez moi le samedi ». Donc, de fin 1959 à juin 1960, quand j’étais interne au lycée Henri IV, je suis allé déjeuner chez lui », se souvient-il (Libération, 4 octobre 2007). Raymond Queneau devient son professeur particulier de mathématiques et son premier guide, dans les rues d’un Paris qui occupe une place centrale dans ses romans : « Il savait que je m’intéressais à Paris et il m’indiquait des tas d’endroits de promenade, souvent des endroits absurdes et pas du tout pittoresques. » Il lui présente aussi Boris Vian. La relation dure, mais Patrick Modiano n’ose pas lui avouer qu’il écrit. La timidité encore. Il dépose le manuscrit de Place de l’Etoile, son premier roman, devant la porte de Queneau, sans le voir, sans lui dire. PREMIER ROMAN, PREMIERS PRIX Le livre, publié en 1968, fait sensation et reçoit les prix Roger Nimier et Fénéon. Un auteur est né ! Dans cet ouvrage, écrit à la première personne, Raphaël Schlemilovitch, un Juif français né, comme l’auteur, juste après la guerre, raconte en mélangeant fantasmes et réalité l’histoire de sa vie, travaillée par l’obsession de la guerre et de la persécution. Ce premier livre, comme la trentaine qui suivent, emprunte beaucoup à la vie de son auteur, qui fait de ses personnages des alter ego fragmentés. Le personnage de Raphaël s’inscrit en khâgne à Bordeaux, là où Albert, le père de Patrick, a voulu envoyer son fils pour H. BAMBERGER/OPALE



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :