Direct Soir n°191 31 aoû 2007
Direct Soir n°191 31 aoû 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°191 de 31 aoû 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Tony Parker à la conquête de l'Europe

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DR Directsoir N°191/Vendredi 31 août 2007 14 CULTURE Voyageur au cœur de l’enfer Avec « Le rapport de Brodeck », Philippe Claudel livre une fable terrible sur la Shoah et, par extension, sur l’inhumain qui sommeille en chaque homme. L’auteur des « Ames Grises » poursuit ainsi sa plongée au cœur du mal. TOP DES TOPS DR 1 L’art de la séduction naturelle ■ Se peindre le corps pour trouver l’amour : un rituel séculaire auquel les tribus du peuple de l’Omo se livrent quotidiennement. Dans la vallée du Rift, en Ethiopie, le photographe Hans Silvester a immortalisé la beauté pure de ces hommes. Parés de couronnes de feuilles et de fleurs, le corps maquillé, ils posent avec fierté devant l’objectif. L’élégance de leur naturel, rehaussée par la sensibilité de l’artiste, offre au visiteur un voyage polychrome au cœur de la forêt équatoriale. Les habits de la nature et Les peuples de l’Omo, de Hans Silverster, jusqu’au 30 octobre à la Maison-près-Bastille, 12 rue Daval, Paris 11 e (01 43 55 30 39). KOXIE GARCON AZ jkle EXPOSITION Comme l’année précédente, un des grands romans de cette rentrée littéraire a pour sujet la Shoah. Mais là où Jonathan Littell et ses Bienveillantes optaient pour un point de vue historique, fourmillant de détails, Philippe Claudel a choisi le ton de la parabole. Son Rapport de Brodeck est un captivant récit allégorique sur les camps et la collaboration. L’auteur a délibérément placé son histoire dans un univers incertain, lui donnant ainsi une tournure universelle. Jamais les mots « juifs » ou « nazis » ne seront prononcés. Claudel fait simplement comprendre à son lecteur que l’intrigue se situe quelques mois après la Seconde Guerre mondiale, dans une région transfrontalière où l’on parle un dialecte germanique. Le livre s’ouvre par un crime collectif, dans un petit village montagnard et isolé. La victime ? Un homme mystérieux venu d’ailleurs, un Autre (« De Anderer »). Le narrateur, Brodeck, est chargé par le maire d’écrire un rapport sur ce meurtre. Il était le seul homme de la commune absent au moment du lynchage. Mais, loin de se contenter de fournir un compte rendu officiel, Brodeck va, en cachette, enquêter sur cet assassinat. En fouillant, il déterre peu à peu de lourds secrets et découvre les infamies commises par sa communauté au moment de la guerre, et qui ont eu des conséquences terribles sur son propre destin. Car lui aussi a été la cible d’un crime collectif, mais de bien plus grande ampleur : les camps de concentration. Le rapport de Brodeck peut se voir comme une suite des Ames grises, roman qui avait révélé Philippe Claudel au grand public en 2003. Avec un nouveau fait divers sur fond de guerre, l’auteur prolonge, et accroît, sa plon- 2 PATRICK FIORI & JEAN-JACQUES GOLDMAN 4 MOTS SUR UN PIANO RCA FRANCE RENTRÉE LITTÉRAIRE 3 4 5 ISLAND TIMBALAND FEAT TYSSEM THE WAY I ARE INTERSCOPE CHRISTOPHE WILLEM DOUBLE JE VOGUE jkle jkle jkle jkle MIKA RELAX TAKE IT EASY KOXIE MET LES GARCONS KO ! La chanson de la délicate Koxie rappelle à quel point une petite cédille peut faire toute la différence. Entrée au top depuis le 30 juin dernier, cette petite leçon d’orthographe sauce r’n’b sera restée tout l’été dans les premières places du classement des ventes de singles. Espérons simplement que les garcons l’auront bien retenue ! Légende : (e) nouvelle entrée - Source : SNEP/IFOP DR Un régionaliste universaliste Difficile d’évoquer Philippe Claudel sans parler de Dombaslesur-Meurthe (Meurthe-et- Moselle), sa commune natale dans laquelle il vit toujours. Ce formidable conteur, issu d’un milieu populaire, n’a eu de cesse de manifester son attachement à la Lorraine. Agrégé de français et ex-punk, Philippe Claudel a donné des cours en prison et à des enfants handicapés, tout en enseignant à l’université de Nancy. Il publie son premier roman, Meuse l’oubli, en 1999. La consécration vient avec Les âmes grises, prix Renaudot en 2003. Le livre sera par la suite adapté au cinéma. Philippe Claudel vient lui-même d’achever le tournage de son premier film, Il y a longtemps que je t’aime, avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein. gée au cœur du mal. Maîtrisant parfaitement la mise en parallèle entre un génocide historique et un crime ciblé, il décrit, avec une langue limpide, l’inhumain. Le lecteur oscille ainsi entre l’horreur des camps de concentration et l’atmosphère sinistre, opaque et étouffante de ce petit village niché dans une combe. Même la nature semble contaminée par le mal, à l’image de morts mystérieuses de renards. A la fin, reste ce constat terrible de Brodeck : « Depuis le camp, je sais qu’il y a davantage de loups que d’agneaux. » Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel, Stock, 400 p., 21,50 €. THÉÂTRE One-man froid, vrai show ■ Fred Le Méro n’a eu qu’à regarder autour de lui pour trouver l’inspiration et composer les huit personnages de son nouveau spectacle. Sous couvert d’un dehors avenant, ils sont tous infects et n’ont rien de chaleureux. Elaborant ainsi le concept de « one-man froid », Fred Le Méro écrit Les poux rient. Le comédien interprète tour à tour un ex-militaire, un beauf ou « Marise de Québec », dans des tranches de vie sans concessions, portées par des dialogues mordants. Les poux rient, jusqu’au 29 septembre. Théâtre Le Bout, 62, rue Pigalle, Paris 9e. Tel. : 01 42 85 11 88. LIVRE Le bien-être de la population par le contrôle ■ Institution de sécurité maximum d’Atlin, dans un futur proche. La Française Iris Ferréol y est écrouée sous le numéro 808, pour purger une peine de dix-huit ans. Elle est décidée à ne pas rester dans cette prison souterraine et entreprend dès le premier jour son plan d’évasion. Ailleurs, trois ans plus tard, Otto Maas, architecte de cette prison du troisième type, engage un jeune homme comme archiviste. Celui-ci tombe sur les plans d’Atlin et sur l’incident « Iris ». En liant les histoires de ces deux protagonistes, l’auteur livre une réflexion sur l’univers concentrationnaire et l’influence technologique sur l’avenir de nos sociétés. Technosmose, de Mathieu Terence, Gallimard, 15 €. Mathieu Terence. C. HULIE/GALLIMARD
DR DR www.directsoir.net Michel Serrault en cardinal de Venise, le dernier rôle du comédien disparu le 29 juillet dernier. Chris Rock joue et réalise (ici avec Kerry Washington). Un remake d’Eric Rohmer ■ Un banquier de Wall Street rencontre, par hasard, une ancienne amie. Indépendante, elle incarne la liberté dont il se sent privé, lui qui est marié. Mais, la tentation de braver l’interdit le poussera à faire des choix… existentiels. Libre adaptation de L’amour l’après-midi d’Eric Rohmer, cette comédie de Chris Rock est légère, mais incisive. Je crois que j’aime ma femme, de Chris Rock. En salle. Grave présage Prise dans les engrenages du temps, Sandra Bullock retrouve son chemin grâce à ses prémonitions. ■ Un matin comme tous les autres, après avoir accompagné ses enfants à l’école, Linda Hanson apprend que son mari s’est tué dans un accident de voiture. Après le choc de la première journée, Linda se réveille pour retrouver son mari bien vivant. Elle croit alors à un mauvais rêve. Mais lorsque le lendemain elle vit les funérailles de Jim, les rouages d’un thriller se mettent en place. A la façon d’Un jour sans fin ou de L’incroyable destin de Harold Crick, le film dépeint un personnage qui découvre ses capacités d’agir sur son destin et celui des siens. Linda se raccroche aux objets bougés dans la maison, aux papiers jetés dans la corbeille pour trouver les signes d’une réalité contradictoire. Le jeu de Sandra Bullock est convaincant. Cependant une fin DR Un rôle éprouvant pour Sandra Bullock. décevante, voire assommante de morale, gâche légèrement le film. Prémonitions, de Mennan Yapo. En salle. Qui est Vivaldi ? Stefano Dionisi, acteur italien né le 1 er octobre 1966 à Rome, incarne le compositeur. Il a été vu entre autres dans Farinelli (1994). Faussesnotes ★★★★★ Jean-Louis Guillermou a tenté de filmer la biographie d’Antonio Vivaldi. Hélas sans éclat. L’histoire commence en 1708.Venise est alors perpétuellement en fête et le roi du Danemark entend bien, pendant les quelques mois de son séjour, profiter au maximum du carnaval et de ses délices. Parmi ses premières curiosités, écouter Vivaldi. Le musicien est prêtre dans un hospice, par ailleurs conservatoire de musique pour orphelines. Vivaldi et ses élèves se taillent d’ailleurs vite une grande réputation. Et la passion de la musique prend vite le pas sur la vocation religieuse. Bientôt, le « prêtre roux » compose plus de messes qu’il n’en célèbre. Son désir d’écrire des opéras et les intrigues vénitiennes dont il est l’objet forment la trame du film. Mais quand un cinéaste manque d’inspiration, choisir de porter à l’écran la vie d’un homme célèbre n’est pas une solution de facilité. En croyant récupérer un peu du génie et du talent du personnage, il risque surtout de révéler ses propres insuffisances. C’est ce qui se passe ici. On ne retiendra pas les critiques CULTURE 15 CINÉMA des puristes à propos des anachronismes de lieux et de costumes (le pape en blanc !), car le film ne se veut pas une reconstitution historique. On regrettera cependant que les caméras n’aient pas mieux saisi le charme de Venise aux différentes heures du jour, comme Sofia Coppola l’a fait à Versailles avec talent (Marie-Antoinette, 2006). Il aurait été ingénieux d’utiliser les fameuses Quatre saisons pour rythmer le récit sur des images de la lagune ou de la basilique Saint-Marc. Le scénario est plutôt monotone et le héros ne correspond pas à la figure fantasque décrite par ses contemporains. On aurait aussi aimé pénétrer l’intimité créatrice du compositeur, l’ambiance surréelle de cet « orphelinat conservatoire » (Santa Maria della Pietà). Il n’y a rien à redire sur la musique du film, mais les amateurs d’Amadeus de Milos Forman comprendront à quel point il aurait été possible de mieux sublimer l’œuvre de Vivaldi. Antonio Vivaldi, un prince à Venise, de Jean-Louis Guillermou, avec Stefano Dionisi, Michel Serrault, Michel Galabru. En salle.



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