Direct Soir n°171 15 jun 2007
Direct Soir n°171 15 jun 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°171 de 15 jun 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : Rolling Stones légende du rock

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Directsoir N°171/Vendredi 15 juin 2007 10 ECONOMIE Le savon de Marseille Senteurs, bulles et savoir-faire Sa simplicité a fait son succès. Produit naturel, efficace, le savon de Marseille est utilisé depuis des siècles dans les familles, pour la toilette ou la lessive. Le savon de Marseille est aussi indissociable de son terroir, celui de la Provence. Un produit authentique, à redécouvrir. PENSEZ AU CUBE DE SAVON DE MARSEILLE ET TOUTES LES SENTEURS DE LA PROVENCE QUI S’Y CACHENT VIENNENT À L’ESPRIT. Plus qu’un savon multi-usages, qui sert aussi bien à nettoyer le linge qu’à se laver le corps, c’est un produit naturel et authentique, qui séduit les consommateurs nostalgiques du bon vieux savon de nos grandsmères. Le savon de Marseille, 100% naturel, est aujourd’hui redécouvert et utilisé davantage pour la toilette. Ses vertus dermatologiques et écologiques sont en effet mises en avant. « On ne connaît aucun problème de tolérance sur un savon de Marseille, car il y a beaucoup d’huile, et plus il y a d’huile, mieux c’est pour le corps », expliquent Jean-Louis Pierrisnard, directeur de recherche et développement et Jean-Louis Auterive, expert en savon à L’Occitane, chaîne spécialiste de produits de soin. En France aujourd’hui, d’autres grandes marques comme Le petit Marseillais, Le chat ou Persavon vendent aussi du savon de Marseille en grandes surfaces. UN PRODUIT DE LA MÉDITERRANÉE « Le savon de Marseille est un produit riche, qui a une longue histoire. Il a évolué en voyageant du Proche-Orient à l’Afrique du Nord, puis en péninsule ibérique, italienne et en Provence », raconte Patrick Boulanger, conservateur des collections de la chambre de commerce et d’industrie de Marseille- Provence et historien spécialiste des corps gras. A partir du VIII e siècle, le savon désormais utilisé à Interview d’un PASSIONNÉ « Je suis tombée dans la cuve » QUATRIÈME DIMENSION 3 C’est le nombre de savonneries encore en activité à Marseille : la Savonnerie du Midi, la Compagnie du savon et le Sérail. la fois pour la toilette (depuis le IV e siècle) et pour nettoyer le linge, devient un mélange d’huile d’olive et de soude extraite des plantes. Jusque-là, la civilisation arabe se servait de graisses animales. Mais cette nouvelle préparation confère au savon sa consistance ferme, son odeur agréable et ses qualités détersives. Dès le Moyen Age, la Provence devient la région de la savonnerie par excellence, grâce à ces matières premières – huile d’olive, soude, sel de Camargue – dont elle dispose en abondance. C’est en 1355 que l’on retrouve les traces du premier savonnier officiel marseillais. La ville du sud s’impose au XVII e siècle comme le premier fabricant français de savon. Et c’est là que sa fabrication atteint « un haut degré de perfection », précise Patrick Boulanger. DES RÈGLES DE FABRICATION STRICTES L’édit de Colbert de 1688, suivi par les savonniers marseillais, fixe rigoureusement les règles de fabrication, en déterminant les matières premières ainsi que le fonctionnement des savonneries. Selon les vœux du ministre de Louis XIV, le savon de Marseille doit être produit à chaud, dans de grandes chaudières, et uniquement à partir d’huiles d’olives qui ne soient pas trop jeunes. La chambre de commerce de Marseille devient alors chargée de vérifier la conformité de la production à ces règles. Le savon de Marseille doit ainsi sa réputation « à l’ingéniosité des Marseillais, qui ont eu la volonté d’encadrer la production pour qu’elle soit de qualité », précise l’historien. La cité phocéenne se transforme progressivement avec le développement de l’industrie savonnière. Les petits ateliers laissent la place aux plus grandes fabriques, qui exportent le fameux savon dans toute l’Europe, aux Antilles, et dans les colonies. Mais la Révolution française va balayer les principes garantissant la qualité de la production. LES ALÉAS DE L’HISTOIRE A cause d’un blocus maritime, qui empêche l’approvisionnement en matières premières, les fabriques ont alors recours à la soude artificielle. Vittorio Quittard Retraité et passionné par le savon de Marseille Comment vous est venue cette passion pour le savon de Marseille ? Elle a commencé en 1997, lorsque j’ai trouvé dans un vide grenier une boîte en métal sur laquelle était écrit « Savon de Marseille, film documentaire » et dans laquelle se trouvaient environ 500 petites photos, 1 900 négatifs ainsi que des documents. Mon fils étant photographe, j’ai pensé que cela pouvait l’intéresser. Ces photos sont une merveille. Elles datent des années 1930-1940 et montrent es ouvriers au travail dans une savonnerie. Il existe très peu de photos sur la vie de ces fabriques. Le savon de Marseille correspond non pas à une appellation d’origine, mais à un procédé de fabrication. Qu’avez-vous donc fait avec toutes ces photos ? Je les ai remises à la chambre de commerce et d’industrie de Marseille, après en avoir fait des copies. En 2001, nous avons monté notre première exposition sur le savon de Marseille. En tout, nous en avons organisé treize. Nous n’exposons pas toutes les photos à chaque fois. Pour ces expositions, les savonneries me prêtent aussi du matériel. Et moi, j’ai des planches à laver, un battoir… On expose aussi environ 200 à 300 savons, ainsi que du linge ancien. En 2002, nous avons créé une association, « La quatrième dimension », et je souhaiterais faire un petit musée permanent, à Marseille ou ailleurs. Or celle-ci, alliée à l’huile d’olive, donne un savon cassant et moins mousseux, peu apprécié du public. Pour atténuer cette anomalie, les maîtres savonniers ajoutent donc de l’huile de graines, qui prendra une place de plus en plus importante dans la composition du savon de Marseille, notamment suite à l’envolée des prix de l’huile d’olive induite par le blocus. A partir du XIX e siècle, le savon de Marseille est ainsi estampillé d’un poinçon indiquant d’abord « 66% de matières grasses », puis « 72% de matières grasses ». Cette proportion est celle qui garantit encore aujourd’hui la qualité et la définition du savon de Marseille. Quel est le moteur de cette passion ? C’est de voir les gens s’intéresser au savon de Marseille. Les vieilles personnes nous apportent des choses. Le petit-fils de François Merklen, qui a inventé la recette du savon de Marseille à 72% de matières grasses qu’on connaît aujourd’hui, est venu me rencontrer à l’une de mes expositions. Et puis le savon de Marseille est un produit magique, qui fait tout. Voir toutes ces matières qui se mélangent au moment de sa fabrication, c’est très prenant. Je suis tombée dans la cuve comme on dit ! S. VILLEROT/REA
DR www.directsoir.net De la toilette des bébés… En 1789, la ville compte 65 fabriques, qui produisent 25 000 tonnes de savons. En 1907, 85 sociétés de savonnerie, fournissant 130 000 tonnes de savons, y sont répertoriées. LA CONCURRENCE DE LA LESSIVE CHIMIQUE « Mais ce qui a tué le savon de Marseille, c’est la lessive », explique Gilbert Latour, PDG de la société Chimitex SA, qui possède l’une des trois dernières fabriques marseillaise, la Savonnerie du Midi. A partir de la Seconde Guerre mondiale, la concurrence des produits détergents nés de l’industrie chimique porte atteinte au savon mythique. « Car le problème du savon de Marseille est qu’il ne peut pas fonctionner en machine. Il se met en pâte avec le calcaire de l’eau », poursuit Gilbert Latour. La production du fameux cube de savon est ainsi passée de 64 000 tonnes, en 1968, à 34 000 tonnes en 1978. Pour l’amoureux du savon de Marseille qu’est l’historien Patrick Boulanger, « c’est un produit qui vit ses dernières années ». LE MARCHÉ DU SAVON EN 2006 Savons de ménages (cubes+pains) 12 000 000 € … à la lessive, le savon de Marseille et ses usages ont traversé les époques. Savons de toilette (solides+ liquides) 150 000 000 € ■ Source : estimations du fabriquant « La Savonnerie du Midi ». La concurrence et le coût élevé des matières premières expliquent ce déclin. Le savon de Marseille est en effet imité dans le monde entier. Car « le savon de Marseille correspond non pas à une appellation d’origine, mais à un procédé de fabrication », précise Patrick Boulanger, et les Marseillais n’ont « pas su s’entendre » pour protéger cette appellation. UN PRODUIT AUTHENTIQUE Mais pour Gilbert Latour, plus optimiste, « le savon de Marseille renaît et retrouve des amateurs à la fois chez les personnes à faibles revenus, parce qu’il s’agit d’un excellent produit bon marché, et chez les consommateurs plus âgés, qui recherchent le naturel et l’authentique ». Gel douche 400 000 000 € DR DR SAVON D’ALEP Le premier des savons durs ■ Contrairement au savon de Marseille, le savon d’Alep est une appellation d’origine, ce qui lui confère la caractéristique d’être produit uniquement dans la ville d’Alep, en Syrie. Il s’agit d’un savon traditionnel à base d’huile d’olive et à laquelle on ajoute en fin de cuisson de l’huile de baies de laurier pour l’enrichir et le parfumer. Riche d’une histoire de plusieurs milliers d’années, le savon d’Alep est à l’origine de la totalité des savons durs dans le monde, le savon de Marseille y compris. ECONOMIE 11 SAVON NOIR Un produit multi-usages La pâte à tout faire du Maroc. DR ■ Originaire du Maroc, le savon noir est constitué d’une pâte d’origine végétale, à base d’olives noires dont le Maghreb regorge. On le trouve également à base d’huile de lin ou de palme. Reconnu pour ses propriétés calmantes et adoucissantes, il sert à préparer la peau au gommage. Liquide ou en pâte, le savon noir est aussi un produit multi-usages. Dans la maison, il dégraisse toutes les surfaces et facilite l’entretien des sols carrelés et marbrés. Côté jardin, il s’utilise comme traitement naturel contre les insectes et les parasites. ■ « Nos grands-mères plaçaient du savon de Marseille dans les armoires pour le faire sécher - car il contient 9 à 10% d’eau - afin qu’il dure encore plus longtemps et qu’il parfume le linge. Elles récupéraient aussi tous les bouts de savon devenus trop petits et les mettaient dans un bas pour en obtenir un plus gros volume et continuer de se laver avec », racontent Jean-Louis Pierrisnard et Jean-Louis Auterive, respectivement directeur de recherche et développement et expert en savon à L’Occitane. UTILISATION Quelques astuces• Un cube de savon de Marseille placé au fond du lit, sous les draps, pour éviter les crampes.• Utilisé comme dentifrice, celui-ci est aussi bon pour les gencives.• Mettre un peu de savon de Marseille sur une tâche, avant de passer le vêtement en machine.• Faire sa toilette au savon de Marseille, se rincer puis se laver à nouveau, et passer simplement une éponge. La mousse encore sur le corps continuera de nettoyer la peau.• Ce savon est recommandé par certains dermatologues en cas d’eczéma.• Il est aussi conseillé de laver les vêtements des nourrissons au savon de Marseille afin d’éviter les irritations et les allergies. SECRETS DE SAVONS DR Un cube dans l’armoire parfume le linge. Ce savon à base d’huile d’olive est fabriqué en Syrie. SAVON DE MARSEILLE Recettes de grand-mère Un produit naturel et authentique. DR J. NICOLASFEDEPHOTO



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