Direct Soir n°160 31 mai 2007
Direct Soir n°160 31 mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°160 de 31 mai 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Disparition Jean-Claude Brialy

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Directsoir N°160/Jeudi 31 mai 2007 10 ECONOMIE Perrier Un succès fou Exploitée depuis 1863, l’eau de Perrier a fait le tour du monde. Utilisée à l’origine pour ses vertus médicinales, elle s’affiche, au début du XX e siècle, comme le « champagne des eaux de table ». Retour sur une histoire qui n’a pas fini de faire des bulles. QUEL POINT COMMUN EXISTE-T-IL ENTRE NAPOLÉON III, GIONO, COLETTE, RIDLEY SCOTT, LE ROI GEORGE V DU ROYAUME-UNI, ANDY WARHOL ET JOHN MCENROE ? Tous appartiennent à la longue liste des personnalités ayant marqué l’histoire de Perrier. Une saga qui, à en croire la légende, remonte à l’antiquité. IL ÉTAIT UNE FOIS… III e siècle avant Jésus-Christ. Parti d’Espagne, en route vers Rome avec son armée, Hannibal décide, avant de partir à l’assaut des Alpes, de s’accorder un peu de repos. C’est finalement au pied d’une source d’eau gazeuse, dont les vertus rafraîchissantes font le bonheur de ses troupes, qu’il décide de marquer une halte. Vingt-deux siècles plus tard, cette même source, dont le bouillonnement est resté ininterrompu, hérite d’un surnom : « Bouillens ». Baptisée ainsi par les habitants de Vergèze, le petit village du Gard dans lequel elle jaillit, elle fait l’objet en 1863 d’un décret qui va profondément modifier le cours de son existence millénaire. Promulgué le 23 juin, par Napoléon III, le texte attribue à l’eau de Bouillens la qualité d’eau minérale naturelle. Dès lors, son exploitation commerciale peut commencer. DU THERMALISME À L’EAU EN BOUTEILLE A l’époque, la mode est aux villes d’eaux. Alphonse Granier, alors propriétaire de la source, décide de créer la « Société de l’établissement thermal des eaux minérales de Vergèze ». Mais Interview de… NICOLAS MARTY DR Fournisseur breveté de Sa Majesté Edouard VII et de Sa Majesté le roi George V (1905) l’expérience disparait dans les flammes en 1869, lorsqu’un incendie dévaste tout le complexe industriel. Confronté à de lourdes pertes, Monsieur Granier est contraint, en 1884, de procéder à la mise en faillite de sa société. Quatorze ans plus tard, c’est un certain Louis Perrier qui lui succède. Docteur à Nîmes, il achète la source et transforme l’établissement thermal en « Société des eaux minérales, boissons et produits hygiéniques ». Le défi qu’il entreprend de relever est de taille : rompre avec le thermalisme et vendre de l’eau en bouteille, à une époque où les Français boivent essentiellement du vin ou de la bière. LA TOUCHE BRITANNIQUE Ce pari fou séduit St John Harmsworth. Arrivé en France en 1902, pour apprendre la langue, il fait la rencontre du docteur Perrier et accepte de s’associer à lui. L’une de ses premières décisions consiste à donner à la source le nom du médecin nîmois. Très vite, le Britannique cherche à rentabiliser son investissement. Pour cela, il commence par révolutionner le design des bouteilles : il s’inspire de la silhouette en forme de poire des haltères avec lesquelles il s’entraîne. Autre réussite, il parvient, en 1905, à faire de la source Perrier le « Fournisseur breveté de Sa Majesté Edouard VII et de Sa Majesté le roi George V ». Au fil des années, la production ne cessera d’augmenter : de 5 millions de bouteilles en 1908, elle passe à 19 millions de bouteilles en 1933, année de la mort de St John Harmsworth. Perrier : du médicament au soft drink NICOLAS MARTY Maître de conférences d’histoire contemporaine à l’université de Perpignan Via Domitia. COMMENT L’EAU DE PERRIER A-T-ELLE CONQUIS SA NOTORIÉTÉ ? Pendant longtemps, l’eau minérale a été indissociable du thermalisme. Ses vertus thérapeutiques faisaient d’elle un médicament que l’on prescrivait aux curistes. C’est Perrier qui, le premier, a rompu avec ce modèle. Dès 1904, la source de Vergèze abandonne le thermalisme. La vocation de St John Harmsworth, alors propriétaire de la source, est de faire de Perrier un produit de consommation comme les autres. Dès lors, la communication en direction du grand public devient un élément clef. Harmsworth s’appuie sur le groupe de presse familial. A l’époque, ses frères, Lord Northcliff et Lord Rothermere, détiennent deux gros tirages de la presse anglaise : le Daily Mail et le Daily Telegraph. LA PUBLICITÉ OCCUPE UNE PLACE IMPORTANTE DANS LE DÉVELOPPEMENT DE PERRIER. Le véritable tournant intervient en 1948, lorsque 800 millions de bouteilles de Perrier sont vendues chaque année dans le monde. L’ÈRE INDUSTRIELLE Après la Seconde Guerre mondiale, les eaux minérales prennent un essor considérable. Un tournant auquel l’usine de Vergèze a du mal à s’adapter. A l’époque, l’eau de Perrier continue d’être embouteillée, capsulée et étiquetée à la main. Pour résister à la concurrence, la source doit impérativement innover. Mise en vente, elle est rachetée en 1947 par un jeune agent de change parisien : Gustave Leven. Afin de développer le site, il met en place un vaste plan de modernisation. Résultat, la production passe de 30 à 150 millions de bouteilles entre 1948 et 1952. UNE COMMUNICATION AUDACIEUSE Mais les changements opérés s’étendent bien audelà de la sphère industrielle et technique. Pour faire décoller les ventes, Gustave Leven fait appel Gustave Leven prend les rênes de l’entreprise. Il décide de mettre en place une véritable stratégie publicitaire, faisant de Perrier un « soft drink », à l’image de Coca ou de Pepsi. Cette image va permettre à la marque de conquérir de nouveaux marchés, notamment aux Etats-Unis. Outre la publicité, la technique a joué un rôle fondamental dans le développement de Perrier. L’entreprise a toujours su se montrer innovante, ce qui lui a permis d’améliorer sans cesse sa productivité. DR
DR www.directsoir.net Une des nombreuses publicités Perrier, ici sur un Abribus. à Jean Davray, auteur de romans et de pièces de théâtre. Sa mission : contribuer à la notoriété de la marque. Très vite, il se révèle être un communicant hors pair. La célèbre formule « Perrier, c’est fou » fait partie de ses nombreuses trouvailles. Outre les slogans, la saga publicitaire Perrier est également sertie de stars. Dali, Ridley Scott, Colette, John McEnroe, Jean-Jacques Annaud… la liste des personnalités ayant façonné l’image de la marque est longue. PERRIER AUJOURD’HUI Lorsqu’en 1990, Gustave Leven quitte la présidence de l’entreprise gardoise, Perrier est une des premières marques d’eau minérale dans le monde. Aujourd’hui, 800 millions de bouteilles de l’eau minérale de Vergèze sont vendues chaque année. Depuis 1992, Perrier appartient à Nestlé Waters SA, filiale du groupe Nestlé et leader mondial de l’eau embouteillée avec près de 73 marques (Vittel, Valvert, Contrex…). LE MARCHÉ DES EAUX MINÉRALES GAZEUSES EN FRANCE EN 2006 St-Yorre 7% Quézac 6,9% La Salvetat 6,6% Perrier 25,8% San Pellegrino 8,8% Badoit 18,2% Autres 26,7% ■ Il s’est vendu en France l’an dernier 1,1 milliard de litres d’eau minérale gazeuse et 3,3 milliards de litres d’eau minérale plate. (Source : Chambre syndicale des eaux minérales) ■ Ces vingt dernières années, la consommation d’eau minérale en bouteille par habitant, en France, a été multipliée par deux. ■ Propriété du groupe Danone, Badoit est leader des eaux minérales naturelles gazeuses en France. L’eau de Saint-Galmier (Loire) détient 16% du marché hexagonal. Exploitée depuis 1838, il faut attendre la deuxième moitié du XX e siècle pour qu’elle soit commercialisée dans la grande distribution. Jusqu’en 1954, elle est vendue exclusivement en pharmacie. Depuis, sa production ne cesse d’augmenter. Elle atteint aujourd’hui 300 millions de bouteilles par an. ECONOMIE 11 BADOIT La fine bulle des eaux gazeuses DR Découverte par Nicolas Larbaud, pharmacien, l’eau de Saint-Yorre (Allier) se distingue par son goût salé. Elle est exploitée depuis le milieu du XIX e siècle. Vers 1900, la production annuelle est d’environ 10 millions de bouteilles. Les sources, nombreuses, permettent la création de plusieurs exploitations. Elles sont regroupées en 1936 sous l’égide de la Société commerciale d’eau minérale du bassin de Vichy. Aujourd’hui, la production annuelle avoisine les 200 millions de bouteilles. L’eau de Saint-Yorre est la propriété depuis 1993 du groupe français Castel. SAN PELLEGRINO Made in Italia ■ A l’instar de Perrier, l’eau de San Pellegrino, dont la source est proche de Bergame, est connue dans le monde entier. Commercialisée dans 115 pays, elle détient 7,2% du marché français. Déjà très appréciée de Léonard de Vinci, elle est exploitée depuis 1899, date à laquelle une usine d’embouteillage est créée à proximité de la source. Devenue l’une des marques emblématiques du groupe Nestlé Waters, ■ Classée eau minérale en 1848, La Salvetat trouve sa source au cœur du Parc naturel du Haut-Languedoc. Dénichée à l’origine par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) pour pallier les carences saisonnières de Badoit, elle est commercialisée jusqu’en 1930 sous le nom de Rieumajou. Puis, s’en suit une période de 60 ans durant laquelle elle disparaît de la vente. Elle revient au début des années quatre-vingt-dix, au moment où Danone se met à la recherche de nouvelles sources à exploiter. En 1992, l’eau de Salvetat revient dans le commerce. Depuis cette date, la production est inchangée : chaque jour, 500 000 litres de cette eau naturellement gazeuse sont mis en bouteilles. QUÉZAC ST-YORRE Le goût salé LA SALVETAT « La Badoit bis » DR La bouteille bleue ACTEURS DU MARCHÉ St-Yorre est l’eau minérale la plus riche en minéraux reconnue pour ses vertus digestives et antifatigues. Aujourd’hui, Badoit se conjugue en rouge et en vert. ■ Déclarée eau minérale naturelle gazeuse en 1901, l’eau de Quézac (Lozère) connaît une histoire analogue à celle de La Salvetat. Exploitée jusqu’en 1931, elle est ensuite laissée à l’abandon. San Pellegrino a vendu 140 millions de bouteilles en France l’année dernière. L’eau San Pellegrino est recommandée pour les problèmes gastriques et intestinaux. Une des caractéristiques de la Salvetat est d’être très peu salée. Il faut attendre 1989 pour que Vittel relance l’activité commerciale de la source. Devenue l’une des marques du groupe Nestlé Waters en 1992, Quézac produit 90 millions de bouteilles par an. Située au cœur du Gévaudan, l’eau de Quézac bénéficie d’un environnement exceptionnel qui lui confère toute sa pureté. DR P.SITTLER/REA DENIS/REA



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