Direct Soir n°154 22 mai 2007
Direct Soir n°154 22 mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°154 de 22 mai 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : Johnny Depp pirate d'Hollywood

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BADI-FTW/STARFACE 14 FILM DE LA VEILLE SPÉCIAL FESTIVAL DE CANNES Skaters et paillettes sur la Croisette INTERVIEW Le Festival de Cannes a vécu hier une journée comme les aime Gus Van Sant, oscillant entre films d’auteurs, longs métrages engagés et glamour hollywoodien. Côté compétition, le réalisateur américain a présenté sa nouvelle œuvre, centrée sur un jeune skater. Même s’il affiche des ambitions plus modestes qu’Elephant, Palme d’or 2003, l’élégiaque et envoûtant Paranoid Park n’a pas déçu. Le film emprunte son nom à un terrain de Portland dédié à la planche à roulette, terre d’accueil d’une communauté en marge de la société. Alex, un lycéen, est fasciné par ce lieu. Il y voit une famille de substitution, alors que ses parents sont en plein divorce. Mais un soir, il provoque involontairement la mort d’un agent de sécurité. Rongé par la culpabilité, il décide de se taire. A travers cette version de Crime et châtiment dans le milieu du skateboard, Gus Van Sant poursuit son travail de dissection de l’adolescence et de ses états d’âme. On aura ainsi rarement aussi bien filmé le spleen juvénile, l’acné sur les visages, la fille qui appelle sa meilleure amie après « l’avoir enfin fait » … Van Sant a d’ailleurs utilisé des acteurs non professionnels pour obtenir une interprétation instinctive. Il multiplie également les parenthèses musicales, durant lesquelles il filme en super-8 le ballet des skaters. Difficile de ne pas être bouleversé, surtout que le cinéaste utilise une nouvelle fois la voix d’ange du regretté chanteur Elliott Smith, qui était son ami. A Mighty Heart ne possède pas les mêmes qualités cinématographiques que Paranoid Park. Programmé hors compétition, ce long métrage a d’autres atouts : un sujet politique et humain fort et la présence au générique du couple le plus médiatisé du moment : Angelina Jolie et Brad Pitt. Le réalisateur Michael Winterbottom, qui aime s’inscrire dans l’actualité (Welcome to Sarajevo, The Road to Guantanamo), revient sur le tragique destin de Daniel Pearl, pris en otage puis décapité par des islamistes pakistanais en janvier 2002. Le journaliste du Wall Street Journal enquêtait sur les réseaux terroristes. A Mighty Heart est l’adaptation d’Un cœur invaincu, le récit de sa veuve, Marianne Pearl. Le film débute au moment de l’enlèvement de Pearl, alors qu’il devait rencontrer un mystérieux informateur à Karachi.Angelina Jolie incarne Marianne, enceinte de six mois, qui fera preuve d’une incroyable force durant les quatre semaines d’attente et de recherches. C’est seulement à la fin qu’elle laissera échapper un long cri de douleur, insoutenable. Christophe Honoré réalisateur du film Les chansons d’amour Pourquoi avoir opté pour le format de la comédie musicale ? Je connaissais Alex Beaupain, le compositeur des chansons, depuis mon adolescence. On a eu une trajectoire parallèle, lui dans la musique, moi dans le cinéma. On a aussi une histoire commune par rapport à une amie qu’on a perdue. D’où l’idée de faire un film sur le thème du deuil. D’ailleurs, je ne pense pas que ce soit une vraie comédie musicale. C’est un film avec des chansons. Quelle est la fonction des chansons ? Les personnages sont tous dans une espèce de pudeur. Le personnage de Louis Garrel chante au début : « Je ne manque pas de bonnes raisons pour t’aimer, mais je ne vois pas pour quelles raisons te les donner. » La musique leur permet ainsi de traduire ces sentiments. A l’image de Dans Paris, vous jonglez en permanence entre lourdeur et légèreté. C’est toujours plus intéressant, quand on traite de sujets graves, d’amuser les spectateurs, de les étonner, avec des personnages qui ne sont jamais dans l’abattement, et que l’émotion vienne les toucher au moment où ils ne s’y attendent pas. Je me méfie du mélo. Le film débute en évoquant les difficultés d’un ménage à trois. Est-ce autobiographique ? (Rires) Un trio est effectivement compliqué à gérer. En même temps, c’est joyeux. Au premier plan, Christophe Honoré, venu présenter à Cannes Les chansons d’amour. AFP Jake Miller, Taylor Momsen et Gus Van Sant, venus présenter Paranoid Park au Palais des festivals, hier soir. Vous multipliez, comme d’habitude, les références à des réalisateurs comme Truffaut ou Demy. Un film naît toujours d’autres œuvres. Je déteste le cinéma amnésique qui prétend faire des films pour la première fois. Au fil de votre carrière de réalisateur, vous vous êtes ouvert au grand public. C’est vrai qu’il y a une évolution. J’ai fait mes deux premiers films contre le spectateur. Je pensais qu’il fallait être agressif pour garder sa dignité. Depuis, j’ai évolué. Truffaut n’a ainsi jamais oublié qu’on faisait des films pour les gens. Même un long métrage d’auteur, avec une certaine exigence, demeure un spectacle. On retrouve Louis Garrel, votre acteur fétiche. Louis Garrel, c’est un peu mon problème. Je n’arrive plus à m’en défaire (rires). Sérieusement, j’ai réussi à construire mon identité de cinéaste à travers lui. Au départ, pour ce film, je ne pensais pas à lui. Mais il a commencé à me laisser des messages sur mon répondeur en fredonnant des mélodies. Finalement, je me suis aperçu qu’il savait très bien chanter. J’ai l’impression que ce rôle est une consécration pour lui. Pourquoi avoir concentré la majorité des scènes dans le 10 arrondissement de Paris ? Je voulais que le film soit de son temps. Le dixième arrondissement est un quartier vivant, où l’on voit les gens travailler sur les trottoirs. C’était important, car je voulais filmer dans les rues. L’accueil à Cannes a été très bon. Vous commencez à croire à une récompense ? C’est toujours compliqué pour les films français, car on est le pays d’accueil. Nous sommes en tout cas fiers de défendre une certaine idée de notre cinéma. Les chansons d’amour, de Christophe Honoré, avec Ludivine Sagnier, Louis Garrel, Chiara Mastroianni, a été présenté en compétition officielle. En salle après-demain. DR Directsoir N°154/Mardi 22 mai 2007 Angelina et Brad éclipsent Gus Van Sant ■ Venue présenter le film de Michael Winterbottom A Mighty Heart, Angelina Jolie a volé hier soir la vedette à Gus Van Sant et son film Paranoid Park. L’actrice et Brad Pitt, producteur du film, ont fait crépiter les flashs. Le couple le plus sexy d’Hollywood a rendu hommage au journaliste Daniel Pearl, assassiné au Pakistan en 2002 par un groupe islamiste. Angelina Jolie incarne le rôle de sa femme, Marianne, enceinte lors du drame. ■ L’émotion est de mise ce soir à Cannes, avec la projection du Scaphandre et le papillon, un film du réalisateur Julian Schnabel avec Mathieu Amalric. Tiré du roman éponyme de Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef du magazine Elle, paralysé à la suite d’un accident, le film se consacre à ses souvenirs et retrace la rédaction si particulière de l’ouvrage. C’est le deuxième film français en compétition cette année. ■ Treize ans après sa Palme d’or pour Pulp Fiction, Quentin Tarantino revient pour les soixante ans de Cannes. Il présente son Boulevard de la mort sur la Croisette : un clin d’œil aux séries B des années 70. Un film déjanté, plus pour le « fun » que pour la Palme. Zoo, de Robinson Devor. BRÈVES COUP DE CŒUR Amours chevalines ■ Zoo, présenté dimanche soir à la Quinzaine des réalisateurs, avait tout pour devenir le scandale de cette édition 2007. Le sujet de ce docu-fiction est un fait divers qui a choqué l’Amérique : la mort d’un homme après un coït non maîtrisé avec un cheval. Mais le réalisateur, Robinson Devor, traite ce sujet scabreux avec pudeur. Sur fond d’images oniriques, il fait défiler des témoignages de membres de la communauté zoophile. Le disparu est ainsi présenté comme quelqu’un de normal, bon père de famille, bon travailleur. A force de trop d’empathie, cet ovni cinématographique en oublie cependant de poser les questions qui fâchent. A la fin, on n’en sait pas beaucoup plus sur les motivations de ces hommes qui ne se contentent pas de murmurer aux oreilles des chevaux.
DR DR www.directsoir.net Plongée dans le deuil Camille va s’attacher à Franck, le meilleur ami de son fils mais aussi le responsable de l’accident. Fernando Arroyo et Miguel Angel Hoppe. Les multiples facettes de la mémoire Dans le premier long-métrage de Martine Doyen, le chanteur belge Arno étonne par son jeu et sa présence. Komma est une lente promenade dans les rues de Bruxelles et dans les vastes paysages montagneux et enneigés de Bavière, aux côtés d’Arno Hintjens. Martine Doyen, à qui le chanteur avait confié en 1999 la réalisation de son clip Dans mon lit, réalise son premier long-métrage. Et c’est lui qu’elle choisit, après trois ans de tergiversations, pour jouer le personnage principal. Marginal, alcoolique, voleur, Peter De Wit se réveille au début du film à la morgue, les médecins l’ayant cru mort à la suite d’un arrêt cardiaque. Il dérobe le portefeuille d’un cadavre, puis s’invente une vie d’homme d’affaires suédois sous l’identité de Lars Erickson. Sa rencontre avec Lucie, jeune femme nouvellement frappée d’amnésie, semble combler son besoin d’inventer des histoires. Il va lui faire croire qu’il est son ancien petit ami. « La mythomanie et l’amnésie parlent de perte de mémoire », explique la Chassé-croisé au masculin ■ Jonas et Gerardo tombent amoureux au point de ne plus se quitter. Mais en discothèque, Jonas embrasse un autre homme. Un baiser fatidique qui déchire le couple. Tandis que l’un ne peut s’empêcher de repenser à l’étranger embrassé, l’autre, rejeté par son compagnon, se réconforte dans les bras d’inconnus. Découvert au Festival de Berlin, le film de Julian Hernandez est un monologue poétique et sensuel. El cielo dividido de Julian Hernandez, en salle. DR Catherine Deneuve confie que le thème de ce film lui a fait penser à la mort tragique de sa sœur, Françoise Dorléac, tuée dans un accident de voiture en 1947. réalisatrice. Par un subtil « jeu de vases communicants », elles se pourvoient l’une l’autre, se nourrissant naturellement. Komma, de Martine Doyen, demain en salle. 15 ★★★★★ Avec « Après lui », Gaël Morel nous entraîne dans le thème universel et dramatique du deuil. Il dirige une Catherine Deneuve toujours aussi talentueuse. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes, et à l’affiche cette semaine dans les salles, le drame Après lui évite les clichés du genre. Camille (Catherine Deneuve), femme mûre d’une cinquantaine d’années, perd brutalement son fils de vingt ans dans un accident. Sujet fort et percutant, thème de mélodrame, motif de toutes les dérives dans le pathos, Après lui reste très sobre et place le film audessus de toute espérance. Récit poignant dès l’ouverture – on ne peut guère échapper aux larmes avec une telle intrigue – le film glisse progressivement vers un scénario inattendu, qui s’échappe bien vite du réalisme pour contempler de nouvelles lignes d’horizon. De façon surprenante, Camille s’accroche au meilleur ami de son fils, Franck (Thomas Dumerchez), également responsable du drame, cherchant à travers lui des bribes de passé, des moments de vie qui pourraient alléger sa souffrance, la libérer de ce nœud CULTURE CINÉMA d’angoisse et de douleur. Jolie prestation pour l’actrice qui se livre corps et âme et s’abandonne à ce personnage surprenant. Mais belle envolée également pour le jeune Gaël Morel, découvert en tant qu’acteur dans Les roseaux sauvages en 1994, et qui a tracé depuis sa route de cinéaste avec les films A toute vitesse, Les chemins de l’oued et Le clan. Dans ce dernier opus, il n’hésite pas à proposer une musique prenante, des raccords sur le ciel brumeux qui défile ou de simples moments de contemplation du monde. Autant de ruptures par des détails visuels ou sonores qui offrent au film toute sa poésie. Beaucoup d’humanité émane de ce film, proche du sentiment de tout un chacun devant la perte d’un être cher. La chaleureuse Catherine Deneuve donne une interprétation hésitante et chancelante, jusque dans sa démarche. L’originalité et la démarche cinématographique dont fait preuve le jeune réalisateur lui permettent de revendiquer une place auprès des cinéastes de demain.



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