Direct Soir n°151 15 mai 2007
Direct Soir n°151 15 mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°151 de 15 mai 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : Juan Carlos monarque incontesté

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Directsoir N°151/Mardi 15 mai 2007 10 ECONOMIE Jaguar L’élégance féline 5,2 Les amoureux de la voiture de légende sont nostalgiques : l’usine historique de Browns Lane a été vendue au début du mois d’avril à un investisseur australien. Mais l’aventure continue. Objectif de Jaguar : capitaliser sur une image exceptionnelle pour demeurer le symbole de l’élégance routière. AU VOLANT D’UNE JAGUAR XK140, PIEDS NUS SUR LES PÉDALES, UN BERGER ALLEMAND NOMMÉ POPOV SUR LE SIÈGE PASSAGER, UNE JEUNE FEMME FAIT SENSATION SUR UNE PLAGE DE DEAUVILLE AU COEUR DES ANNÉES 50. Il s’agit de Françoise Sagan, propulsée à 19 ans au faîte de la renommée littéraire par un roman au ton inattendu : Bonjour Tristesse, publié en 1954. La Jaguar est indissociable de celle que François Mauriac qualifiait de « charmant petit monstre ». Elle partage plusieurs valeurs avec son véhicule : liberté, vitesse, nervosité, faste assumé et non ostentatoire, provocation. La Jaguar fut conduite par les icônes du gotha, les aristocrates désargentés, ou les militants progressistes. « La gauche dont je me réclame souhaiterait que tout le monde roule en Jaguar », osa dire Sagan avec un accent de provocation qui n’appartenait qu’à elle. Quel est le secret de cet universel attrait ? A L’ORIGINE : UN SIDE-CAR Tout commence dans les années 20 en Grande- Bretagne. Deux amis, William Walmsey et William Lyons, passionnés de moto, disputent des courses L’analyse d’un TÉMOIN Christian Millau, écrivain S. BENHAMOU/GAMMA La gauche dont je me réclame souhaiterait que tout le monde roule en Jaguar (Françoise Sagan) dans la région de Blackpool, une ville littorale du nord du royaume. Pour emmener les jeunes femmes en promenade, Lyons conçoit un side-car en aluminium aux lignes élégantes. L’engin séduit, et les deux camarades décident de les construire en série sous le nom de Swallow Side Cars en 1922. La marque Jaguar n’existe pas encore mais l’aventure a commencé. La maîtrise du dessin acquise avec les sidecars est transposée à l’automobile en 1927. L’entreprise s’installe à Coventry. Elle intègre le développement des châssis pour produire des véhicules équipés de moteurs Standard. La première voiture qui sort des usines de Coventry prend le nom de SS1 — comme Swallow Side 1 » — en 1931. Son capot très allongé et sa caisse basse lui confèrent un profil sportif, presque félin. Prisée à la ville, la gamme SS fait aussi ses preuves en compétition puisqu’elle est couronnée au rallye alpin de 1934. JAGUAR SORT SES GRIFFES En 1935, la première Jaguar du nom sort enfin : il s’agit d’un roadster baptisé SS100. Le succès est considérable, s’appuyant sur l’élégance et la performance de la Jaguar, mais aussi sur son prix très attractif. Pendant la Seconde guerre mondiale, Jaguar se mobilise, produit jusqu’à 10 000 side-cars pour l’armée et se lance dans la sous-traitance aéronautique. Objectif prioritaire de la Luftwaffe, ses usines de Coventry sont Jaguar : « Un défi à la société bourgeoise » POURQUOI CET ENGOUEMENT POUR LA JAGUAR ? La Jaguar exerçait une véritable fascination. C’était une bête de race, à la fois belle et rapide, que l’on voulait dompter comme on dompterait un lévrier, un alezan, ou, bien sûr, un jaguar. C’était une voiture qui sentait bon, qui sentait le cuir. Elle dégageait un parfum et une sorte de douceur) au toucher. Et puis, bien entendu, il y avait cet admirable bouchon sur la calandre, qui n’en était pas un à proprement parler, représentant un félin bondissant. La Jaguar était une voiture de course domestique. QUELLES ÉTAIENT LES VALEURS ÉVOQUÉES PAR LA JAGUAR ? D’une certaine façon, la Jaguar était une réaction contre l’image du Français « pépère » au volant de sa Peugeot ou de sa Renault. Ce n’était pas la voiture qu’on achète à 60 ans. Elle symbolisait le mouvement, la modernité. La jeunesse – de droite ou de gauche – l’adoptait aussi en réaction à la génération des parents : celle de 1936, du Front populaire, des congés payés et des matelas sur le toit des voitures. La Jaguar n’était pas une voiture de luxe, secondes : le temps que met la Jaguar XKR pour passer à 100 km/h écrasées sous les bombes. L’entreprise renaît dès la capitulation nazie. Elle abandonne le nom de SS, sombrement connoté depuis le conflit et devient Jaguar Cars. L’après-guerre correspond aussi à un effort intense d’optimisation de la motorisation qui réalise rapidement d’excellentes performances. Avec le moteur XK (six cylindres en ligne), la Jaguar devient la voiture la plus rapide du monde de l’époque. En 1948, la XK120 atteint la vitesse faramineuse de 202 kilomètres/heure sur une portion fermée d’autoroute à Jabbeke, en Belgique. En 1951, Jaguar s’installe dans l’usine de Browns Lane à Coventry. Trois ans plus tard, Jaguar sort la XK140, au volant de laquelle on retrouvera Françoise Sagan. SPLENDEUR ET DÉCLIN Le prototype de la mythique Jaguar Type E est réalisé en 1960. Fidèle à la tradition de Jaguar, elle est déclinée en deux modèles : voiture de tourisme et voiture de course. Et toujours à des prix surprenants de modération : deux fois moins chère qu’Aston Martin et trois fois moins que Ferrari. elle se voulait même un défi à la société bourgeoise et une tentative d’émancipation. Elle reste le symbole d’une certaine génération. Christian Millau a publié « Dieu est-il gascon ? » (éd. du Rocher, 2006) et prépare pour septembre une chronique satirique de la société française : « Les ridicules ». Cofondateur du guide gastronomique Gault-Millau, il fut un témoin privilégié de la génération littéraire des années cinquante. T. MAC AVOY/STRINGER/TIME LIFE PICTURES/GETTY IMAGES
JEFF HAYNES/AFP www.directsoir.net La Jaguar C-XF, présentée début janvier au salon automobile de Detroit. Cependant, le départ en semi retraite de William Lyons en 1966 marque le début d’une phase difficile pour Jaguar. Après avoir fusionné son entreprise avec la BMC (qui regroupe, entre autres, les marques Austin ou Morris), il assiste impuissant à son éviction et à l’intégration de la nouvelle entité au sein de la British Leyland Motor Corporation, nationalisée par le gouvernement travailliste. L’époque est aux grèves. Le constructeur est au bord de la faillite en 1979 mais survit grâce à la gamme XJ mise sur le marché à la fin des années 60. LE REDRESSEMENT Pourtant, en 1984, la privatisation opérée par Margaret Thatcher sauve la mise. William Lyons meurt l’année suivante sachant l’indépendance de Jaguar retrouvée. La firme est redressée, sa gamme modernisée. Après avoir suscité l’intérêt de General Motors, elle est finalement rachetée FORD MOTOR COMPANY FRANCE- VENTE 2006 PAR MARQUES Aston Martin N.C. Jaguar 69,5 M € Land Rover 331,8 M € par l’américain Ford. Au cours des années 90, si l’excellence de Jaguar maintient sa réputation, la chute des ventes de voitures de luxe a un lourd impact : des plans sociaux drastiques sont conduits. Mais l’entreprise continue à développer la gamme XJ, relance la mythique XK et lance des nouveaux modèles : la Type S en 1998, puis la Type X en 2001. A l’orée du nouveau siècle, Jaguar renoue avec la performance et des ventes record. Aujourd’hui, sur un marché toujours difficile, la marque poursuit trois projets : deux berlines pour remplacer les Type S et la XJ, et un coupé, tandis que des valeurs sûres comme la XK restent plébiscitées. Les amoureux de la Jaguar sont unanimes : le succès sera au rendez-vous si la belle anglaise reste fidèle aux valeurs de William Lyons style, distinction, puissance, raffinement, souplesse – tout en restant attentive aux attentes des nouvelles générations. Une Jaguar TypeC, au Mans Classic en 2006. Volvo 361,2 M € Mazda 220 M € Ford 1949 M € ■ Source : Ford, rapport annuel 2006. N.C. : chiffre non communiqué. J.-M. LE MEUR/DPPI J. SPRINGER/CORBIS C. BIBBY/FINANCIAL TIMES-REA ■ Le fondateur de Jaguar est né à Blackpool, en septembre 1901, dans un milieu modeste. Son père est musicien. William Lyons entre dans la vie active comme vendeur dans un garage. Avec ses salaires, il s’achète ses premières motos. C’est à sa majorité, en 1922, qu’il peut fonder Swallow Side cars, avec son ami Walmsley. Lyons met au service de l’entreprise son sens de l’esthétique, tout en développant de véritables talents commerciaux. Trente-quatre ans plus tard, au sommet de la gloire, la reine l’anoblit, récompensant ainsi un parcours sans faute et le déploiement à l’échelle industrielle des valeurs britanniques. Son fils, John Michaël, se tue en 1955 dans un accident de la route, alors qu’il se rend aux 24 Heures du Mans. L’une de ses deux filles, Patricia, épouse en premières noces un pilote de rallye, dont elle aura été la copilote à trois reprises. Sir William Lyons est mort en février 1985. ECONOMIE 11 HISTOIRE : William Lyons, intuition et élégance. DESTINS Vitesse et célébrités Julien Duvivier. ENGAGEMENT La cause écologique selon Jaguar La célèbre automobile ne pouvait que prendre fait et cause pour le félin magnifique qui incarne son succès. En mars 1999, l’entreprise a décidé de sponsoriser à hauteur de 3 millions de livres sterling un projet de conservation au zoo de Chester, au nord-ouest de l’Angleterre. Le projet a pour objectif de créer artificiellement un milieu tropical parfait pour pouvoir accueillir des jaguars et favoriser leur reproduction, puisque ce félin emblèmatique appartient désormais aux espèces rares, menacées de disparition. Spirit of the Jaguar (« l’esprit du jaguar ») a ainsi ouvert ses portes en 2001. SOCIÉTÉ Le mythe Jaguar PLEINS PHARES Sir William Lyons, le fondateur. ■ Si la Jaguar a toujours brillé par sa fiabilité et sa sûreté, sa vitesse grisante a été fatale à plusieurs célébrités. La première d’entre elles est l’anglais Mike Hawtorn, champion du monde de Formule 1 sur Ferrari en 1958, qui se tue l’année suivante avec sa MK1 sur une route près de Londres alors qu’il rivalisait de vitesse avec un ami. C’est aussi le cas de l’écrivain français Jean Bruce, qui se tue, en mars 1963, au volant de sa Jaguar MK4. Oublié aujourd’hui, il avait connu son heure de gloire grâce au héros qu’il avait créé : Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117. Julien Duvivier, grande figure du cinéma français, est mort lui aussi à bord de sa Jaguar en 1967, non pas d’un accident mais d’une crise cardiaque. Son véhicule finit sa course dans celui de son ami Maurice Schuman. Duvivier avait réalisé certains des plus grands chefs-d’œuvre du 7 e art français comme La Bandera ou Pepe le Moko, et avait trouvé la reconnaissance populaire grâce à la série des Don Camillo. Trois jaguars y sont hébergés : deux jaguars mouchetés et un jaguar noir, le plus rare. Autre initiative écologique : l’entreprise s’est efforcée de réduire au maximum son impact environnemental, en particulier dans l’utilisation de la peinture, la consommation d’énergie ou la logistique. La démarche avait été récompensée lors de la remise des Green Apple Awards de 1999. De même, la Jaguar XJ 2.7 Diesel a été nommée voiture de luxe la plus respectueuse de l’environnement par le guide des acheteurs de voitures 2007 de l’association environnementale du transport britannique. ■ Avec Bentley, Triumph, MG, Lotus, Aston Martin et d’autres encore, Jaguar fait partie des voitures britanniques qui comptent des cohortes de passionnés, parfois d’amoureux. En France, le French Jaguar Drivers Club, émanation hexagonale du club historique d’outre-Manche, revendique aujourd’hui près de 3 000 adhérents. Ces hommes et ces femmes se retrouvent régulièrement à l’occasion de rallyes, mono-marques ou inter-marques. L’une des rencontres les plus prisées est le Debrett’s Classic Car, rallye très sélect dont la dernière édition s’est tenue du 4 au 7 mai. Parties de Londres, les voitures de prestige ont rejoint Paris et poursuivi leur route vers Reims et ses caves de champagne. TOPFOTO/ROGER-VIOLLET



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