CNews n°977 21 nov 2011
CNews n°977 21 nov 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°977 de 21 nov 2011

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Matin Plus S.A.

  • Format : (202 x 270) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7,5 Mo

  • Dans ce numéro : la popularité de Nicolas Sarkozy en hausse, le rebond.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 France N°977 LUNDI 21 NOVEMBRE 2011 WWW.DIRECTMATIN.NET pour Direct Matin Coutume. A l’université de Paris Dauphine, les pratiques de l’association Japad remettent le bizutage au centre de la polémique. Les experts dénoncent notamment la complaisance de certains chefs d’établissement. Enquête. Bizutage : une tradition interdite qui perdure « Pour un étudiant ce sera drôle, pour un autre ce sera terrible. » Marie-France Henry, Comité national contre le bizutage Le mois dernier, la Japad a violenté un étudiant de Dauphine pendant un « week-end d’intégration ». EN VENTE DANS LES KIOSQUES La polémique sur le bizutage a ressurgi début novembre lorsqu’un étudiant de l’université de Paris Dauphine s’est fait graver dans le dos en lettres de sang le nom de l’association Japad (Jeune association pour la promotion des activités de Dauphine) par l’un de ses membres. Le 25 octobre, l’étudiant, âgé de 18 ans et élève en première année de licence d’économie et de gestion, passait un entretien pour adhérer à cette association. La victime avait fait sa connaissance lors du week-end d’intégration, organisé par le Bureau des étudiants. Il a porté plainte deux jours plus tard. Laurent Batsch, le président de l’université, s’est immédiatement porté partie civile auprès de la victime et a dissous la Japad. Quatre étudiants impliqués sont convoqués à un conseil de discipline en décembre. Ils risquent l’exclusion. Réputée pour son fonctionnement très opaque, sexiste et tournée vers l’alcool, la Japad organisait chaque année le gala annuel de l’université, un week-end de « désintégration » pour les masters et une semaine ski-études. Cet épisode a rappelé que les pratiques de bizutage existent toujours en France. Selon une étude réalisée en 2010 par la Peep, la deuxième fédération de parents d’élèves, environ 10% des parents interrogés ont eu connaissance d’un cas de bizutage dans leur entourage. Pourtant, la loi de 1998 initiée par Ségolène Royal, alors ministre déléguée à l’enseignement scolaire, interdit et punit le bizutage : « Hors les cas de violences, de menaces ou d’atteintes sexuelles, le fait pour une personne d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaire et socioéducatif est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. » Sous couvert de soirées ou de week-end d’intégration, le bizutage sévit le plus souvent dans les établissements dits d’élite. Parfois, c’est une tradition vieille de plusieurs siècles. Ainsi, dans les Ensam (Ecole nationale supérieur des arts et métiers), les premières années sont « pris en main » dès leur arrivée par ceux de deuxième année. C’est ce qu’on appelle la période d’usinage. Elle va durer deux mois. Deux mois durant lesquels, les étudiants doivent porter une blouse, marcher au pas, voir leurs nuits et leurs repas écourtés. Finalement, il sera considéré comme un Gadz’Arts. « La pression du groupe fait que c’est très difficile de résister. Trop souvent, les étudiants pensent à tort qu’ils ne seront pas intégrés s’ils ne participent pas à ces manifestations », souligne Marie-France Henry, présidente du comité national contre le bizutage. Il existe pourtant des endroits où le bizutage n’a jamais existé, comme les facultés de lettres. « C’est parce que les étudiants ont une conscience philosophique et politique. Mais cela tient aussi à la personnalité des chefs d’établissement. C’est à eux aussi de fixer des règles », insiste Marie-France Henry. Humiliations, actes sexuels mimés, jeux à connotation sexuelle ou scatologique, obligation d’absorber en quelques minutes de très fortes doses d’alcool… voilà ce à quoi certains étudiants sont exposés. A côté de l’effet groupe, un autre phénomène existe : l’omerta. Rares sont les étudiants qui osent parler, plus rares encore ceux qui portent plainte. « C’est la loi du silence », affirme Jean-Claude Delarue, président de l’association SOS bizutage. « C’est un vrai obstacle à la disparition du bizutage. Les victimes ont peur de porter plainte, car elles ont peur des représailles. Parler, c’est aussi prendre le risque de devoir quitter l’établissement et renoncer aux études envisagées », souligne Marie-France Henry. Y aurait-il néanmoins un bizutage bon enfant supportable par tous ? « Il n’y a pas de bizutage bon enfant ! », lance Emmanuel Zemmour, président de l’Union nationale des étudiants de France (Unef). « Pour un étudiant ce sera drôle, pour un autre ce sera terrible », renchérit Marie-France Henry. Laurent Wauquiez, ministre de l’Enseignement supérieur, a rappelé les mesures prises pour renforcer le dispositif anti-bizutage : parmi celles-ci, un numéro vert dans chaque académie ainsi qu’une vigilance accrue des recteurs et des chefs d’établissement.• Nathalie Brafman HORS-SÉRIE : « BOB DYLAN, À LA POURSUITE D’UNE LÉGENDE » B. GUAY/AFP
France WWW.DIRECTMATIN.NET N°977 LUNDI 21 NOVEMBRE 2011 17 Samuel Lepastier, psychiatre et pédopsychiatre « C’est une pratique totalement nocive » Le bizutage est souvent présenté par ceux qui le pratiquent comme un rite de passage permettant l’accès à un groupe : qu’en est-il réellement ? C’est une pratique totalement condamnable, nocive, qui n’est en rien un rituel d’initiation et qui n’a aucune valeur culturelle. D’ailleurs, les ingénieurs ou les diplômés de grandes écoles ne parlent pas de leur bizutage comme d’un moment qui a marqué leur vie. C’est une expression de la violence avec des forts et des faibles. C’est même le premier degré des violences de groupe. Des gens qui, individuellement, se comportent de façon sensée, perdent en groupe le sens des limites. Ils ont l’impression qu’ils ne font que suivre les autres. S’ensuit, sur le moment en tout cas, une absence totale de culpabilité. Pourquoi les étudiants victimes de bizutage ne disent pas stop ou tout simplement non ? Ils sont pris dans un dilemme, se disent : « si je refuse, je serai considéré comme une poule mouillée. » Alors ils auront le sentiment d’avoir échoué à l’épreuve. L’alcool joue-t-il un rôle dans ces situations ? Effectivement, il y a de plus en plus, chez les étudiants, de défonce à l’alcool. Cela explique aussi la J.-P. KSIAZEK En groupe, les bizuteurs perdent le sens des limites. perte d’autonomie, la perte de libre arbitre. Néanmoins, même en l’absence d’alcool, la situation de groupe est considérée comme psychotisante. Le leader peut devenir très pervers, les autres suivent en ayant le sentiment de n’y être pour rien. Les chefs d’établissement n’ont-ils pas une part de responsabilité ? Evidemment, s’ils étaient plus fermes, ces pratiques auraient disparu depuis longtemps. Il y a une très grande complaisance de certains établissements, en particulier de petites écoles, dont les diplômes n’ont pas une très grande valeur, qui veulent se donner des allures de grandes écoles en pratiquant un bizutage. Quelles peuvent être les séquelles d’un bizutage ? On ne peut pas tirer des conclusions. Tout dépend du profil psychologique de chacun. Pour les plus fragiles, une telle épreuve, au lieu de contribuer à les faire sortir de leurs difficultés, ce qui est pourtant le rôle d’un rite d’initiation, va au contraire les enfoncer et entraîner des traumatismes plus ou moins longs. Mais il n’y a pas que le bizut dans l’histoire. Il faut aussi s’intéresser au bizuteur. Car s’il a pris plaisir à humilier, il peut entrer dans une spirale qui fera de lui un pervers à vie.• Propos recueillis par N. B.



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