Direct Matin n°2327 15 nov 2018
Direct Matin n°2327 15 nov 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2327 de 15 nov 2018

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Matin Plus S.A.

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 7,5 Mo

  • Dans ce numéro : des logements à haut risque.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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6 E. AKYEL/AFP GRAND ANGLE N°2327 JEUDI 15 NOVEMBRE 2018 CNEWS.FR L’HABITAT INDIGNE AU CŒUR DU DÉBAT DEPUIS LE DRAME DE MARSEILLE PÉRIL DANS LES DEMEURES L’Etat a demandé un audit immeuble par immeuble dans la cité phocéenne et décidé d’un plan au niveau national. Le délabrement de certains logements provoque la colère, mais l’Etat promet de prendre des mesures volontaristes. La vétusté dans le viseur. Dix jours après l’effondrement de deux immeubles au cœur de Marseille, qui a fait huit morts et suscité une vague d’émotion dans le pays, le problème de « l’habitat indigne » est plus que jamais au centre des débats. Une nouvelle manifestation s’est d’ailleurs tenue dans la cité phocéenne, hier, pour protester contre les risques physiques encourus par certains résidents (incendie, écroulement…), ou pouvant affecter leur santé (amiante, manque d’isolation thermique…). Un « immense fléau » qui concerne plusieurs villes du pays, comme l’a récemment souligné le ministre du Logement, Julien Denormandie. Il a d’ailleurs promis une action « déterminée » de l’Etat. Une menace sur tout le territoire Un mur porteur et une toiture à moitié écroulés, des fissures inquiétantes… Les dangers des immeubles de la rue d’Aubagne étaient bien connus, des propriétaires comme de la mairie, d’après les experts. Un état des lieux accablant qui ne serait ni nouveau ni marginal. Selon un rapport officiel de 2015, en effet, environ « 100 000 habitants » vivraient dans près de 40 000 logements « potentiellement indignes », soit 13% du parc privé. A tel point qu’en fin de semaine dernière, de nouveaux immeubles avaient dû être évacués par précaution. Or, cet état de délabrement est d’autant plus inquiétant qu’il ne se limite pas à Marseille. Au total, dans le pays, pas moins de 420 000 logements du privé sont ainsi considérés comme « indi - gnes », et 14 communes (Montpellier, Grenoble, Evry, Grigny, Nîmes…) ont même été jugées « prioritaires » par l’Etat en termes de risque, selon l’Association des maires de France (AMF). « C’est un phénomène qui se concentre dans certaines villes populaires ou quartiers anciens, mettant ainsi en lumière des poches de misère, mais aussi d’inaction publique, laissées à l’abandon ou contrôlées par des « marchands de sommeil » », souligne Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé- Pierre. En outre, les trois principaux acteurs du logement – propriétaires, mairies et Etat – se renvoient régulièrement la balle et surtout la responsabilité en cas d’insalubrité ou si un accident survient. Un bras de fer quasi systématique qui, en retardant les délais de prise en charge, ne ferait que ralentir les procédures de rénovation des logements insalubres, alors qu’il y a urgence. LES HABITANTS DANS LA RUEC. PARIS/AP/SIPA REPÈRES DÉCEMBRE 2004. Un immeuble de Mulhouse (Haut-Rhin) est soufflé par une explosion due à la vétusté des canalisations de gaz. Le bilan est de 18 morts. AOÛT 2005. L’incendie d’un immeuble insalubre, rue du Roi-Doré, à Paris, fait 7 morts dont 4 enfants. Il est le troisième de la série d’incendies ayant frappé la capitale en 2005. AOÛT 2006. Six personnes logées dans des conditions indignes meurent dans l’incendie d’un immeuble de Roubaix (Nord). JUIN 2011. L’effondrement d’un immeuble vétuste sur une maison de Montreuil (Seine-Saint-Denis) fait trois morts et onze blessés. AOÛT 2018. A Aubervilliers (Seine- Saint-Denis), le feu d’un logement clandestin coûte la vie à une femme et fait 22 blessés dont 5 enfants. La réponse attendue des autorités Poussé par l’opinion depuis dix jours, le gouvernement entend lutter contre ce fléau via une politique « volontariste », selon ses termes. En plus d’un « audit précis, immeuble par immeuble » qui sera effectué à Marseille « dans les prochaines semaines », un plan de 3 milliards d’euros sur dix ans, baptisé Initiative Copropriétés, est actuellement dans les rouages pour restaurer les résidences dégradées dans tout le pays. Sans compter la loi Elan, adoptée en octobre, qui prévoit de s’attaquer à l’habitat indigne, ou encore la promesse de l’exécutif d’« accompagner » les élus dans le processus de sécurisation des logements et la lutte contre les bailleurs malhonnêtes. Des mesures qui sont jugées « insuffisantes » par Manuel Domergue, mais qui marquent un « retour positif de l’Etat » sur cette question épineuse de l’insalubrité, « dont il s’était éloigné ces dernières années ». n L’INFO EN PLUS En France, la notion d’« insalubrité » du logement est apparue pour la première fois dans la loi du 13 avril 1850, destinée à moderniser les villes. Entre peine et indignation, des milliers de Marseillais ont à nouveau foulé les pavés de la ville, hier, lors d’une manifestation intitulée « marche de la colère ». Un hommage vibrant aux huit victimes de la catastrophe, mais également l’occasion, pour eux, de fustiger l’action du maire de la ville, Jean-Claude Gaudin (LR), et d’appeler l’Etat à lutter davantage contre l’insalubrité, tant à Marseille que sur le reste du territoire. En parallèle, l’enquête sur l’effondrement des immeubles se poursuivait, avec notamment des perquisitions judiciaires dans des services municipaux.
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