De ligne en ligne n°1 oct/nov/déc 2019
De ligne en ligne n°1 oct/nov/déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de oct/nov/déc 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque publique d'information

  • Format : (210 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 6,8 Mo

  • Dans ce numéro : le documentaire mouille le maillot.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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DOSSIER CINÉMA balises.bpi.fr 16 sur un pont… Ces courtes attractions anticipent les vues cinématographiques des premiers temps. Elles mettent en lumière la façon dont les performances en général et les numéros de danse en particulier seront considérés par le cinéma  : comme le spectacle d’un exploit, voire comme un élément féérique, destiné à susciter surprise et admiration de la part du public. L’idéal du corps sportif La revendication d’un idéal tonique pour le corps est au centre des images de Georges Demenÿ. Les musculatures visibles y constituent un motif plastique autant qu’un sujet d’étude scientifique  : en 1893, Marey et Demenÿ coécrivent des Études de physiologie artistique à destination des artistes. Pour Patrick Diquet, auteur d’une biographie de Demenÿ, celui-ci « voit dans la chronophotographie un moyen susceptible de montrer les « attitudes vraies » aux artistes habitués à travailler avec les plâtres de la statuaire grecque ». Dans Éducation et Harmonie du mouvement, Demenÿ fait d’une musculature harmonieuse la condition essentielle de la beauté féminine, qu’il compare à une statue antique. Ces corps à peine vêtus pour souligner une musculature globale et toujours en tension reflètent un idéal moderne de santé passant par des activités de loisir. Le développement du sport amateur dans la première moitié du vingtième siècle modifie en profondeur les canons physiques, notamment les standards esthétiques des corps féminins qui seront de plus en plus fins, musclés et toniques, à revers des lignes courbes et des pâmoisons des premières vedettes du cinéma. Les normes esthétiques de l’époque s’inspirent également de l’idéal grec antique évoqué par Marey et Demenÿ. Au tournant du siècle, les changements technologiques rapides dans l’industrie, les transports et l’organisation du travail provoquent un sentiment d’accélération de l’histoire. En réaction, un retour aux références antiques traverse les arts  : Isadora Duncan s’inspire de la statuaire grecque dans ses danses, peintres et sculpteurs expliquent leur attrait pour l’exotisme par le sentiment d’un retour aux origines de l’humanité et les films muets mettent en scène de nombreuses scènes gréco-romaines. Ainsi, une esthétique typique du début du vingtième siècle naît de la combinaison de la modernité technologique des chronophotographies et de l’idéal antique des corps représentés. Marion Carrot, Bpi POUR ALLER PLUS LOIN Georges Demenÿ, les origines sportives du cinéma, de Patrick Diquet Somogy éditions d’art/INSEP, 2017 À la Bpi, niveau 3, 791(091) GEO Georges Demenÿ  : pionnier du cinéma, de Laurent Mannoni Pagine, 1997 À la Bpi, niveau 3, 791(091) MAN Chronophotographie d’une marche en extension (marche corrective) par le moniteur Steiner, École normale de gymnastique de Joinville-le-Pont, vers 1906 Georges Demenÿ/INSEP iconothèque
chacun met dans la course ses propres valeurs Pierre Morath est un ancien athlète de haut niveau. Après une blessure qui le contraint à arrêter la compétition, il devient documentariste. En 2016, il réalise Free to Run, qui retrace l’histoire de la course à pied à travers le parcours de grandes figures pionnières. Comment est né Free to Run ? En 2002, alors que j’effectuais des recherches pour un livre, j’ai découvert le parcours de quatre sportifs d’exception  : Noël Tamini, Kathrin Switzer, StevePrefontaine et Fred Lebow. Leurs revendications au sein de la course à pied reflétaient les révolutions sociales et la transformation des mentalités en Europe et aux États-Unis à partir de la fin des années soixante. J’ai eu envie de raconter leur histoire. Pourquoi était-il important de parler de la place des femmes dans la course à pied ? Le sport est un miroir de la société et l’histoire des femmes dans la course en est la parfaite démonstration. Le parallèle est net entre leurs luttes pour leur émancipation et les combats menés pour l’égalité au sein de la discipline. Ma rencontre avec Kathrin Switzer a été déterminante. Switzer a été la première femme à courir un marathon – celui de Boston en 1967 – avec un dossard, qu’elle a obtenu en dissimulant son identité, puisque cette course était réservée aux hommes. L’organisateur, qui a remarqué sa présence sur le parcours, a tenté physiquement de l’expulser. Cet événement a déclenché chez elle une révolution intérieure qu’elle a mise au service des autres sportifs. C’est grâce à sa détermination que les femmes ont pu participer pour la première fois à l’épreuve du marathon lors des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Qu’avez-vous appris sur la course en réalisant ce film ? Pendant ma carrière de sportif, j’étais loin d’imaginer ce que recouvrait l’histoire de la course à pied. J’ai beaucoup appris de mes personnages et de leurs révoltes, par exemple le combat des athlètes de haut niveau pour se faire reconnaître en tant que professionnels ou encore la naissance des grandes courses populaires comme le marathon de New York. StevePrefontaine, 29 mai 1975, vainqueur du 5 000 mètres au stade Hayward Field, à Eugene, Oregon, la veille de sa mort dans un accident de voiture. Mais surtout, j’ai redécouvert la poésie qu’inspire la pratique de la course à pied à travers les valeurs portées par la revue Spiridon entre 1972 et 1989  : la recherche d’une harmonie avec la nature, le plaisir de se dépasser, le bien-être. Quel est votre regard sur la course à pied aujourd’hui ? Je suis assez critique. La foire commerciale qu’est devenu un marathon ne correspond plus aux valeurs d’origine. Les frais d’inscription exorbitants, l’hyper présence des sponsors, l’aberration écologique que représente le fait d’aller courir un marathon à l’autre bout du monde, tout cela pose question. D’un autre côté, deux tiers des coureurs ne font jamais de compétition. Beaucoup d’entre eux aiment courir dans la nature vêtus d’un vieux teeshirt et continuent à cultiver l’esprit Spiridon. Chacun peut mettre dans la course les valeurs qui lui sont propres. Propos recueillis par Camille Delon, Bpi Free to Run, de Pierre Morath (2016) Mercredi 2 octobre, 20h, Cinéma 1 Vendredi 11 octobre, 17h, Cinéma 1 Vendredi 25 octobre, 17h, Cinéma 1 17 Photo tirée du film Free to Run, de Pierre Morath The Register-Guard DOSSIER CINÉMA



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