Culture et Recherche n°140 sep à déc 2019
Culture et Recherche n°140 sep à déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°140 de sep à déc 2019

  • Périodicité : annuel

  • Editeur : Ministère de la Culture et de la Communication

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 104

  • Taille du fichier PDF : 4,5 Mo

  • Dans ce numéro : recherche culturelle et sciences participatives.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Transcrire les testaments des Poilus « ÉLISABETH GESBERT, bibliothécaire retraitée Un jour, j’ai entendu parler de la transcription collaborative des testaments de Poilus à France Culture et je me suis dit « c’est exactement ce que j’ai envie de faire ». J’ai fait des études d’histoire, j’ai été bibliothécaire de lecture publique toute ma vie. À présent je suis retraitée et j’ai envie de faire quelque chose d’intelligent. J’aime énormément l’idée du travail collectif, de se mettre à plusieurs pour arriver à un résultat commun. C’est presque philosophique. Bien sûr, on travaille seul devant son ordinateur, c’est ce que j’apprécie, un travail collectif mais pas d’open space ! J’avais fait de la transcription de manuscrit pendant mes études, j’aimais beaucoup cela, et j’aime aussi l’informatique. Je transcris donc avec acharnement ! Il faut 70 CULTURE ET RECHERCHE n°140 hiver 2019-2020 Recherche culturelle et sciences participatives faire deux versions, codées en xml  : une respectant parfaitement l’original, l’autre en corrigeant l’orthographe, la grammaire, etc. pour une lecture plus rapide. Lorsqu’on fait des erreurs, on est corrigé et repris par d’autres, on reprend aussi celles des autres, et ainsi on progresse. Je regrette juste qu’il n’y ait pas toujours des documents à traiter, car les archivistes ont un long travail de documentation à faire avant de nous soumettre les testaments. Je me pose aussi une question  : « à quoi sert-on ? », parce qu’étant donné le travail qui est fait avant que les testaments soient à notre disposition (ils ont déjà été lus), et la correction qui intervient après, je me demande si les archivistes n’auraient pas intérêt à tout faire eux-mêmes, « MARIE-FRANÇOISE GARREAU, bibliothécaire archiviste, retraitée Moi aussi, j’ai entendu sur France Culture les deux porteuses du projet de transcription des testaments de Poilus. Je m’intéresse à 14-18 parce qu’un de mes grandspères est mort des suites de cette guerre. J’avais déjà transcrit deux de ses carnets de guerre. De plus, pendant trente ans, dans une bibliothèque universitaire de médecine, j’ai eu à m’occuper de l’archivage et du dépouillement des archives de la Société anatomique et j’ai transcrit certains registres. Transcrire des testaments de Poilus m’a donc paru absolument évident. Je trouve que la collaboration n’existe pas sur cette plateforme. Pour ces testaments écrits à la plume sur des papiers divers, la transcription n’est pas aisée et c’est là que la collaboration devrait être plus importante. Il existe une sorte de forum, on peut demander  : « est-ce que quelqu’un arrive à déchiffrer ce nom, ou cette forme ? », mais très souvent cela reste sans réponse. Transcrire une écriture peut amener à des tas d’interprétations, il faut avoir, je pense, une formation. Si les personnes qui transcrivent n’ont pas un minimum de savoir, c’est une perte de temps, il y a trop d’erreurs, il faut tout effacer et recommencer. La question est de comprendre comment les gens peuvent euxmêmes estimer leurs possibilités de transcrire. Il m’est arrivé d’écrire à quelqu’un « Attention, vous avez oublié ça, il faut faire comme ça », et immédiatement, on m’a répondu  : « On n’est pas là pour se faire engueuler. » C’est très difficile d’intervenir entre participants, la formation relève plutôt des porteurs de projet. Je trouve que la plateforme n’est pas assez didactique. Il faudrait expliquer plus clairement  : « Attention, c’est participatif, ce que vous ne comprenez pas, demandez-le à quelqu’un d’autre », et insister sur le fait qu’avant de se mettre à transcrire, il faut faire des exercices pour apprendre à connaitre l’écriture du XIX e siècle (c’est possible sur la plateforme). Comment penser la participation dans les recherches culturelles ? ça irait peut-être plus vite. Mais je souhaite continuer ! Dans un autre domaine, j’ai aussi observé et compté les papillons et les bourdons, dans le cadre de Vigie-Nature. C’est valorisant de collaborer à la science, c’est amusant aussi ; j’ai découvert qu’il y avait plusieurs sortes de bourdons, j’étais stupéfaite. Dans mon jardin ouvrier en banlieue, on a décidé de cultiver sans aucun intrant, et on a vu les insectes se multiplier. Propos recueillis lors de la réunion Particip-Arc du 28 février 2019. Lors de cette réunion, M me Gesbert a appris l’existence de l’herbier numérique collaboratif Les Herbonautes, auquel elle contribue depuis. Beaucoup de gens se sont inscrits au début, puis progressivement le nombre a diminué. Je pense que c’est à cause des temps de latence entre le moment où on a fini de transcrire une série de testaments et où l’on attend les suivants. Les archivistes ne sont pas assez nombreux, ils n’ont pas le temps de corriger nos transcriptions. Moi, je suis passionnée donc je me connecte tous les matins ou presque à la plateforme pour voir s’il y en a de nouveaux, ou, en attendant, j’interviens sur les testaments en validation, je les corrige avant que les archivistes ne se mettent au travail elles-mêmes. Propos recueillis lors de la réunion Particip-Arc du 28 février 2019. M.-F. Garreau est l’éditrice scientifique de l’ouvrage  : Société anatomique de Paris. Procès-Verbaux du 12 Frimaire An 12 jusques au 1er fructidor an 12. Paris, SFANP, 1996, 200 p.Texte intégral du manuscrit du premier registre des procèsverbaux de la société anatomique créé sous la révolution. Ce texte a été établi, présenté et annoté par M.-F. Garreau.
Comment penser la participation dans les recherches culturelles ? Des communautés sources aux communautés d’experts À leur demande, des membres de communautés amérindiennes ont co-construit avec des chercheurs et ingénieurs européens le projet SAWA, « Savoirs autochtones Wayana-Apalai de Guyane ». Il s’agissait de valoriser auprès des populations locales des ressources audiovisuelles et des collections d’objets patrimoniaux présents dans les fonds conservés en Europe. Le défi fut pour chacun d’appréhender le rapport au savoir et les conceptions culturelles de l’autre pour mener à bien ce travail commun. « Le projet SAWA nous a ouvert le chemin vers le travail des anthropologues. Nous avions attendu, attendu durant plusieurs années le retour de leur travail. On a voulu y accéder, on se demandait où le trouver et comment le récupérer. D’abord, nous étions intéressés par les récits et les mythes qui avaient été enregistrés auprès de nos arrière-grands-parents, c’est ce qui nous a conduits sur le chemin. Beaucoup de gens sont passés chez nous, pas uniquement des chercheurs, mais aussi des voyageurs et des collecteurs. Nous, les Wayana, nous ne savions pas qui étaient ces personnes ; souvent on s’amusait avec eux, on leur donnait des surnoms, on faisait des trocs lors des fêtes, et ils sont rentrés chez eux avec beaucoup d’objets et d’enregistrements ! On parle beaucoup de la perte de la culture chez nous. Même s’il y a des récits qui sont encore vivants dans la mémoire des anciens, ils ne sont plus racontés. Et je me demandais  : comment réveiller ces traces endormies du passé ? On ne faisait que tourner en rond au village, et on n’avait pas la pirogue qu’il fallait pour aller chercher ! [rires]. Du coup, le projet SAWA a été l’occasion de demander. L’avion était là  : voilà, emmenez-nous… ! » Mataliwa Kuliyaman résume ainsi les prémices du projet SAWA, dont il a été le principal initiateur en Guyane, avec quelques autres contributeurs wayana, dont Aimawale Opoya et Tasikale Alupki. Accom - pagnés dès le début par l’ethnolinguiste Éliane Camargo, puis rejoints par une dizaine d’autres participants wayana et apalaï et entourés d’une vaste équipe de chercheurs et d’ingénieurs à Paris, les membres de ces communautés ont véritablement co-construit le projet « Savoirs autochtones Wayana-Apalaï, une nouvelle approche de la restitution et ses implications sur les formes de transmission ». Celui-ci – initié en 2014, soutenu par le Labex « Les Passés dans le présent » et différents partenaires, dont le Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC), le musée du quai Branly - Jacques Chirac et le musée des Cultures guyanaises 1 – a eu pour objectif direct de donner accès et de valoriser, auprès de ces popu - lations amérindiennes des Guyanes, un ensemble de ressources sonores, audiovisuelles et photographiques, ainsi que des collections d’objets, représentatifs de ces cultures et collectés depuis le XVIII e siècle. SAWA visait ainsi, non seulement à fomenter différentes formes d’appropriation, par les groupes amé - rindiens concernés, de fonds sur eux présents en Europe, mais aussi à permettre aux participants amérindiens d’appréhender les modalités du rapport aux savoirs recueillis et aux objets collectés qu’entretiennent chercheurs ou conservateurs occidentaux. De toutes ces choses, les Wayana et Apalaï impliqués, ayant pour la plupart travaillé comme consultants (on disait jadis « informateurs ») avec différents types de chercheurs, en étaient demandeurs. Dans le champ dit « patrimonial », où l’implication des communautés est devenue une exigence, le projet SAWA s’affiche ainsi comme un modèle. Sa spécificité a été d’être dès le début conçu et réalisé en colla bo - ration active avec des experts et moins experts wayana et apalaï, dans une logique de co-construction à toutes les étapes 2. Cette collaboration a représenté un véri - table défi, dû à la multiplicité des asymétries préexistantes au niveau des compétences, des langues, de l’accès aux savoirs et aux instruments de savoir, des modalités de financements et d’ancrage institutionnels ainsi que des conceptions culturelles quant aux valeurs accordées à la vie des objets. VALENTINA VAPNARSKY Directrice de recherche Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC) 1. Les autres institutions partenaires ont été la Maison de l’archéologie et de l’ethnologie (MAE), la DAC et la Collectivité territoriale de Guyane, la DGLFLF, le ministère des Outre-mer, l’université de Bonnet l’université de Sao Paulo (Brésil). 2. V. Vapnarsky, « Petites aventures et grands défis de la restitution patrimoniale interculturelle  : quelques réflexions à partir d’une expérience wayana (Guyanes) », in  : E. Anheim, A.-J. Etter, G. Glasson Deschaumes, P.Liévaux, Les patrimoines en recherche(s) d’avenir, Nanterre, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2019. CULTURE ET RECHERCHE n°140 hiver 2019-2020 Recherche culturelle et sciences participatives 71



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