Culture et Recherche n°140 sep à déc 2019
Culture et Recherche n°140 sep à déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°140 de sep à déc 2019

  • Périodicité : annuel

  • Editeur : Ministère de la Culture et de la Communication

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 104

  • Taille du fichier PDF : 4,5 Mo

  • Dans ce numéro : recherche culturelle et sciences participatives.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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FRÉDÉRIQUE CHLOUS Professeure d’anthropologie Directrice du département Homme et Environnement, MNHN Coordinatrice du réseau Particip-Arc ANNA ECHASSOUX Animatrice de l’atelier Particip-Arc ROMAIN JULLIARD Professeur d’écologie Centre d’écologie et des sciences de la conservation (UMR 7204 CESCO) Département Homme et Environnement, MNHN JEAN-DENIS VIGNE Directeur de recherche CNRS, UMR AASPE (CNRS-MNHN) Directeur général délégué à la recherche, à l’expertise, à la valorisation et à l’enseignement (DGD REVE) du Muséum national d’histoire naturelle 54 CULTURE ET RECHERCHE n°140 hiver 2019-2020 Recherche culturelle et sciences participatives Le Muséum national d’histoire naturelle, un établissement singulier Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) doit en partie la richesse de ses collections à des amateurs et son histoire leur est intimement liée dans la plupart des disciplines de recherche qu’il recouvre. C’est le cas en particulier dans les différents domaines de la taxonomie, science qui consiste à décrire les êtres vivants. Au sein de cette discipline, les amateurs sont de tout temps très présents au côté des chercheurs académiques pour décrire et identifier les spécimens. Leurs contraintes sont différentes de celles des chercheurs professionnels, ils utilisent leur temps libre pour s’adonner à leur passion. Ils publient dans des revues spécialisées, mais ne sont pas en concurrence avec les chercheurs. Alors même que de très nombreuses espèces restent encore à décrire, dans un contexte de crise de la biodiversité, les recherches menées par les chercheurs académiques ne peuvent couvrir l’ensemble des taxons ; les amateurs sont des alliés incontournables et sont majoritaires dans certains champs  : 40% des auteurs de description de nouvelles espèces de mollusque marin sont des amateurs ; ils ont décrit 57% des espèces nouvelles durant ces cinq dernières années. Le Muséum développe depuis quelques décennies d’autres modes de collaboration avec les non-professionnels, couramment nommés sciences participatives dans le domaine de l’environnement. Il s’agit de recueil de données en masse grâce à des protocoles élaborés par des chercheurs et adaptés à des publics néophytes. Les différents programmes de « Vigie-nature » concrétisent cette activité. Dans le cadre de la numérisation de l’herbier du Muséum (le plus important herbier au monde), les équipes ont fait appel à la participation du public via la plateforme Les Herbonautes pour déchiffrer les étiquettes et permettre ainsi leur indexation. Par ailleurs, les unités mixtes de recherche du Expériences participatives dans les recherches culturelles Vigie-Muséum Structuration des sciences participatives au Muséum national d’histoire naturelle Fort d’une expérience ancienne et diversifiée de collaboration avec des nonprofessionnels, le Muséum a créé en son sein en 2017 une cellule de coordination nommée Vigie-Muséum. Les chercheurs de différentes disciplines sont amenés à échanger sur leurs pratiques de recherche participative et à s’interroger sur les missions et objectifs à fixer pour l’avenir. MNHN développent des recherches et de nombreuses réflexions sur le recueil et la valorisation scientifique des savoirs locaux et des savoirs autochtones, le plus souvent en relation avec les communautés locales. Enfin, le MNHN déploie depuis un certain nombre d’années des recherches en ethnologie, en sociologie et en psychologie sur le développement des sciences participatives, et sur les relations à la nature ou à la science qu’elles entrainent ou qu’elles révèlent. Ces analyses réflexives nourrissent en retour les projets. Le Muséum a donc une expérience très large et diversifiée de la collaboration avec des non-professionnels. Elle est assez ancienne pour en tirer quelques enseignements et pour s’interroger sur les meilleures façons de poursuivre cette tradition si fructueuse scienti fi quement et socialement, compte tenu des missions qui sont les siennes, mais aussi du contexte sociétal en évolution rapide. Afin d’établir davantage de transversalité dans l’établissement, de renforcer les liens avec les partenaires nationaux et internationaux et, s’il en était besoin, de parfaire la reconnaissance par la communauté scienti - fique de la plus-value de ces apports des non-professionnels, le MNHN a créé en 2017 une cellule de coordination appelée « Vigie-Muséum ». Les premières actions de cette cellule ont consisté à rassembler les chercheurs des diverses disciplines, dont le point commun est de travailler avec des non-professionnels, quels que soient les niveaux de compétence et les apports attendus de ces derniers. Il s’agissait de leur permettre d’échanger sur leurs expériences, leurs pratiques, leurs succès et leurs difficultés, mais aussi de s’exprimer sur cette relation construite progressivement avec leurs partenaires et leurs publics, parfois depuis des décennies, sur la base de problématiques scientifiques et des contraintes qui leur sont liées. Il s’agissait, au fond, de mettre en évidence à la fois les singularités du MNHN, si propice aux sciences parti-
Expériences participatives dans les recherches culturelles cipatives, et de s’interroger sur les missions et les objectifs que nous devrions nous fixer pour l’avenir. Deux séminaires organisés le 4 juillet 2018 et le 10 avril 2019 nous ont permis de réaliser la présente synthèse. Des enjeux globaux, moteurs du développement des sciences participatives Si les chercheurs du MNHN sont depuis longtemps conscients et impliqués sur les questions environnementales, à l’image de Jean Dorst ou de Théodore Monod, ces questions se sont imposées sur le plan politique depuis le sommet de Rio en 1992 (Convention sur la diversité biologique) et avec elles, le besoin d’indicateurs de la biodiversité et d’analyse des processus écologiques. Au-delà des aspects politiques, le développement des outils numériques a permis la mise en œuvre de programmes de sciences participatives ouverts à un large public. C’est ainsi qu’une forte concomitance a été observée entre la diversification des sciences participatives et les besoins de données nombreuses à des échelles régionales et nationales pour identifier les processus en cours. Parallèlement à la production de connaissances scientifiques, les résultats des sciences participatives pourraient contribuer à ajuster les actions de gestion et mesurer leurs impacts. Dans les années 2000, les laboratoires ont donc construit des partenariats avec des associations, des collectivités locales pour toucher le public, qu’il soit connaisseur ou qu’il découvre son environnement proche  : plusieurs millions d’heures d’observation et des millions de données ont été recueillies en quelques années dans les domaines de la botanique, de l’ornithologie ou de l’entomologie sur tout le territoire métropolitain. Grâce aux sciences participatives, les recherches sur la biodiversité se sont donc considérablement amplifiées et diversifiées. Ces nouveaux développements imposaient d’améliorer la communication vers le grand public et vers différents publics spécifiques comme les professionnels (agriculteurs) ou les enseignants et leur classe. De nouveaux métiers se sont imposés, à l’interface entre ceux de la recherche et ceux de l’animation des réseaux associatifs et naturalistes. De nouveaux protocoles devaient être élaborés permettant au public ciblé de pouvoir participer, incitant les chercheurs à repenser jusqu’à leurs façons de travailler et de communiquer sur leurs travaux. Peu à peu, l’intérêt des scientifiques s’est porté vers la compréhension des motivations des participants, telles que le plaisir simple d’observer des papillons ou des oiseaux, la volonté de participer à une recherche scientifique, l’importance accordée aux questions environnementales ou encore le fait de participer à la construction d’une œuvre commune. Ainsi les projets de sciences participatives ont évolué en intégrant conjointement les nouvelles questions scientifiques et les demandes ou motivation des participants. Prenons l’exemple des recherches menées par le Centre de recherche sur la biologie des populations d’oiseaux (CRBPO)  : après l’obtention, grâce à des données massives, de cartes statiques à l’échelle européenne, la miniaturisation des dispositifs de géolocalisation a permis d’identifier des voies de migration des oiseaux. Les participants s’intéressent au devenir des oiseaux qu’ils baguent, mais également à la démographie des espèces, aux effets du changement climatique, aux différentes échelles. Plusieurs programmes de recherche ont été lancés favorisant l’observation, des différentes périodes d’activité des oiseaux (repro - duction, migration, hivernage). Les programmes ont évolué et permettent aujourd’hui de confronter, à l’échelle locale, les actions de gestion et les résultats des observations, avec la possibilité pour les obser - vateurs de comparer avec la situation à l’échelle nationale… 700 millions de données sont aujourd’hui accessibles en ligne. Les sciences humaines et sociales qui s’appuient sur des épistémologies différentes ont éga - lement des programmes de recherches participatives au sein du Muséum portant souvent sur l’iden ti fi - cation et la préservation des patrimoines naturels et culturels. Alors que la Convention biologique de Rio offre une place aux populations autochtones, cellesci sont des interlocutrices dans le cadre de projet de gestion. Les recherches participatives contribuent à la production de données et favorisent l’implication (empowerment) des communautés. L’expérience diversifiée et ancienne du MNHN permet de confronter les formes de sciences participatives et leurs évolutions. Les études sont menées de manière réflexive par les scientifiques porteurs de projets. Des chercheurs extérieurs au Muséum questionnent ces nouvelles formes de recherche. Depuis 2014, une discussion entre porteurs de projets quelle que soit leur manière de travailler et les objets investis s’est mise en place. Ainsi, écologues, anthropologues, taxonomistes et responsables des collections interrogent conjointement les méthodes employées et leurs épistémologies, les types de données recueillies, les formes de restitutions, les finalités des recherches, la place des partenaires et des publics au sein des processus. La richesse des analyses conforte le postulat du Muséum  : la diversité est porteuse de frictions créatrices. La donnée, un enjeu crucial La question de la construction de données robustes traverse toutes les formes de sciences participatives. La qualité de la donnée, sa validation sont interrogées. Qu’il s’agisse d’un nombre important de contributeurs qui interagit grâce à une plateforme dédiée ou d’une communauté locale discutant d’une question posée, quels sont les modes de validation. La qualité du protocole est un préalable, l’analyse des biais une obligation, et si les scientifiques interviennent, les participants sont également des acteurs de la validation. Au-delà de la robustesse des données, leur publicisation interroge également ; comment en effet se positionner entre l’ouverture des données et la nécessité de ne pas délivrer certaines informations (lieu géographique d’un site archéologique, ressource ou savoirs d’une communauté locale, localisation d’une espèce rare par exemple). Ces questions sont parfois du registre législatif, ainsi, les lois sur la protection des sites archéologiques contreviennent aux recherches de météorites. Pour permettre le recueil de données sur les oiseaux Volatile, 2003 Deux tableaux de néons animés, plexiglas, 103 x 85 x 15 cm Collection du FRAC Limousin & Collection particulière. ADAGP, Paris 2020 CULTURE ET RECHERCHE n°140 hiver 2019-2020 Recherche culturelle et sciences participatives 55



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