Culture et Recherche n°140 sep à déc 2019
Culture et Recherche n°140 sep à déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°140 de sep à déc 2019

  • Périodicité : annuel

  • Editeur : Ministère de la Culture et de la Communication

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 104

  • Taille du fichier PDF : 4,5 Mo

  • Dans ce numéro : recherche culturelle et sciences participatives.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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AUDE LAPPRAND Déléguée générale de l’association Sciences Citoyennes 1. https://sciencescitoyennes.org/2. B. Storup (coord.), La recherche participative comme mode de production de savoirs. Un état des lieux des pratiques en France. Fondation Sciences Citoyennes, 2013, 94 p.https://sciencescitoyennes.org/recherche-participative-ou-en-est-on/3. Sherry R. Arnstein, « A Ladder Of Citizen Participation », Journal of the American Planning Association, 1969, 35, 4, p.216-224. 22 CULTURE ET RECHERCHE n°140 hiver 2019-2020 Recherche culturelle et sciences participatives Un monde sépare la figure du savant des temps anciens, tout à la fois peintre, écrivain, inventeur, architecte, botaniste, poète, etc. du chercheur hyper spécialiste des XX e et XXI e siècles, consacrant sa carrière à un sujet d’études tellement pointu qu’il est devenu inaccessible pour d’autres que lui et quelques spécialistes du domaine. L’accroissement des connaissances et la professionnalisation du chercheur, progres si - vement opérée au cours du XIX e siècle, ont conduit à des démarcations nettes entre le champ scientifique et la sphère publique. Ce phénomène a par ailleurs été accentué par le développement de la méthode expérimentale, qui a impliqué que la démarche scientifique se sépare de formes plus traditionnelles d’acquisition des savoirs (savoirs artisanaux, d’expérience, etc.). Le constat d’une coupure entre sciences et société n’est donc pas neuf. Il convoque des réflexions plus larges que la simple notion de participation citoyenne à la recherche, pour mettre en question les formes de domination des savoirs, les risques liés au développement technoscientifique, l’ancrage politique et économique du système de recherche et les responsabilités collectives et individuelles du champ scientifique dans les crises sociales et environnementales actuelles. Ainsi, le désenclavement de la science et de ses institutions est une revendication plus politique que scienti - fique pour les membres de l’association Sciences Citoyennes 1, qui réunit depuis 2002 des citoyens soucieux du pouvoir de la science et de sa construction avec tous, pour tous. Pour favoriser l’appropriation citoyenne et démocratique de la science, l’association plaide pour l’élaboration démocratique des choix scientifiques et techniques, par la mise en débat et l’instauration de dispositifs délibératifs sur les politiques publiques en matière de recherche. Elle cherche à créer les conditions garantissant la liberté d’expression et de débat dans le monde scientifique, en particulier concernant les controverses aux multiples enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Elle vise l’accroissement des capacités de recherche et d’expertise de la société civile non marchande et soutient depuis sa création la recherche participative comme mode de production des savoirs 2. La recherche participative rassemble des pratiques d’implication d’acteurs de la société civile organisée La participation  : un enjeu de société Pour une co-construction des savoirs L’association Sciences Citoyennes revendique le désenclavement de la science et de ses institutions. Elle plaide pour l’élaboration démocratique des choix scientifiques et techniques, par la mise en débat et l’instauration de dispositifs délibératifs sur les politiques publiques en matière de recherche. dans des processus de recherche scientifique visant l’intérêt général. Ces processus se caractérisent par une collaboration entre des utilisateurs de la recherche et des chercheurs académiques aux différents stades du projet de recherche, de la co-construction de la problématique en amont jusqu’à la diffusion et l’utilisation des résultats en aval, en passant par la défi - nition des protocoles de recherche, les modalités de recueil des données et leur analyse. Si elle reste encore marginale en France – elle est plus développée au Canada par exemple – la recherche participative a été reconnue institutionnellement à travers une diversité d’initiatives prises par les conseils régionaux d’Île-de-France (programme PICRI), des Hauts-de-France (programme Chercheurs-Citoyens) ou encore du ministère de l’Environnement (programme REPERE). Plus récemment, un dispositif multibailleur de recherche participative a vu le jour  : « CO 3 » (Co-Construction des Connaissances pour la Transition écologique et solidaire) porté par l’ADEME, la Fondation de France, Agropolis Fondation, la Fondation Carasso et la Fondation pour le Progrès de l’Homme. Si l’on se réfère à la description des différents modes de participation proposée par Arnstein 3, on dépasse dans le cas de la recherche participative les stades de participation plutôt symbolique, où la participation peut être de type informationnel (I), consultatif (II) ou de consultation (III). Dans le cas de sciences participatives où l’implication des citoyens se situe à l’échelle de l’individu pris isolément et où leurs rôles sont très restreints, on retrouve les mêmes limites déjà identifiées dans de nombreuses procédures de démocratie participative, à savoir une possible instrumentalisation des citoyens ou des désillusions quant au réel pouvoir d’action. Des participations peuvent être plus actives grâce à un partenariat (IV), une délégation de pouvoir (V) ou un contrôle citoyen (VI). Dans un objectif de démocratisation de la science, ce sont vers ces modèles que l’on tendra pour permettre un partage du pouvoir décisionnel et une reconnaissance de la légitimité de toutes les formes de savoir dans un processus de recherche. Ces nouvelles façons d’appréhender la recherche scientifique vont nécessiter des changements de
La participation  : un enjeu de société posture de l’ensemble des acteurs  : chercheurs, associations, bailleurs, pouvoirs publics. Plutôt que de représenter des contraintes supplémentaires, les dispositifs de soutien à la recherche participative doivent permettre des alliances fructueuses, pour la production de connaissances utiles à toutes les parties prenantes. Pour cela il faut penser les adaptations nécessaires sur les critères et les comités d’évaluation et de suivi des projets, sur les contraintes administratives et de trésorerie, sur la temporalité des projets, sur la formation des acteurs et la reconnaissance des travaux dans les parcours professionnels. La recherche culturelle pourra montrer la voie en approfondissant la dynamique enclenchée. Les sociétés savantes au cœur des sciences participatives L’ouverture aux amateurs éclairés est l’un des principes fondateurs des 3 500 sociétés savantes membres du réseau animé par le Comité des travaux historiques et scientifiques. Le Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS), dès sa création, fut pensé dans une logique participative. Il avait notamment pour mission de mobiliser le réseau des érudits locaux, au bénéfice de recherches nationales qu’il coordonnerait. Cette ambition originelle, d’une étonnante modernité, est aujourd’hui au cœur des projets que le CTHS entend porter. Elle est aussi, probablement, la clé de voûte du renouveau des sociétés savantes. Le CTHS, une institution qui se veut dès son origine participative Le Comité des travaux historiques et scientifiques fut créé en 1834 par le ministre de l’Instruction publique François Guizot. Il constatait  : « Depuis quinze ans environ, l’étude des sources historiques a repris une activité nouvelle. Des hommes d’un esprit clairvoyant, d’une science rare, d’une constance laborieuse, ont pénétré, les uns dans le vaste dépôt des Archives du royaume, les autres dans les collections de manuscrits de la Bibliothèque royale ; quelques-uns ont poussé leurs recherches jusque dans les bibliothèques et archives des départements. Partout il a été prouvé, dès les premiers essais, en fouillant au hasard, que de grandes richesses étaient restées enfouies. […] Au Gouvernement seul il appartient, selon moi, de pouvoir accomplir le grand travail d’une publication générale de tous les matériaux importants et encore inédits sur l’histoire de notre patrie […] ». Le CTHS se voyait donc confier une mission essentielle de coordination du travail de recherche et de publication de documents inédits capables d’éclairer l’histoire de la nation sous un jour nouveau. Dans l’esprit de Guizot, rien ne pouvait se faire sans le soutien des érudits locaux. Il insistait sur la nécessité de les associer à la « vaste entreprise » pour laquelle le Comité avait été créé. « Tant de richesses enfouies dans les départements ne peuvent être recueillies que sur les lieux et par les soins des hommes qui sont restés, en quelque façon, les seuls dépositaires des anciennes traditions locales. C’est principalement dans cette circonstance que la coopération active des sociétés savantes et de leurs nombreux correspondants pourra fournir beaucoup de lumières, épargner beaucoup de missions spéciales, de temps, de dépenses, et concourir puissamment à l’illustration de notre histoire nationale. » Certes, l’ambition d’associer les amateurs à l’élaboration de la science n’est pas née avec le CTHS. Condorcet, par exemple, avait déjà cherché à mobiliser le réseau des astronomes provinciaux, particulièrement utile pour les observations du ciel, et leur offrait en retour quelques privilèges symboliques (notamment le droit d’assister aux séances de l’Académie des sciences). Cependant, à partir de 1834, cette volonté d’utiliser toutes les énergies intellectuelles du royaume était quasiment institutionnalisée. Tous les repré - sentants de l’État étaient réunis autour de cet objectif  : les recteurs d’académie devaient prendre contact avec les présidents des sociétés savantes pour leur apporter les « concours de leurs lumières et de leur autorité ». Un peu plus tard, le ministre Fortoul ordonnait à « Messieurs les professeurs des facultés de devenir membres actifs des associations savantes et d’imprimer aux recherches de leurs confrères la direction la plus conforme aux véritables intérêts de la France ». En CHRISTOPHE MARION Délégué général du Comité des travaux historiques et scientifiques (Institut de l’École nationale des chartes) CULTURE ET RECHERCHE n°140 hiver 2019-2020 Recherche culturelle et sciences participatives 23



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