Culture et Recherche n°140 sep à déc 2019
Culture et Recherche n°140 sep à déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°140 de sep à déc 2019

  • Périodicité : annuel

  • Editeur : Ministère de la Culture et de la Communication

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 104

  • Taille du fichier PDF : 4,5 Mo

  • Dans ce numéro : recherche culturelle et sciences participatives.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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1. Vidéos des interventions  : www.academie-sciences.fr/fr/Seances-publiques/rencontrerecherche-associations.html 2. Vidéos du colloque  : www.academiesciences.fr/fr/Colloques-conferenceset-debats/la-science-hors-murs-au- 21e-siecle.html 18 CULTURE ET RECHERCHE n°140 hiver 2019-2020 Recherche culturelle et sciences participatives Astrid Brandt-Grau  : La science participative a été un des thèmes proposés par les académies des sciences à la réunion du G7 qui s’est tenue les 27 et 28 août 2019 à Biarritz. Pourquoi ce choix et quelle est la position de l’Académie des sciences sur ce sujet ? Alain-Jacques Valleron  : L’Académie des sciences s’intéresse à la science participative depuis longtemps mais de façon plus poussée depuis décembre 2017, lorsque l’Insermet l’Académie nationale de médecine ont organisé une réunion sur l’implication des associations de malades dans la recherche médicale 1. Nous avons alors eu un débat sur l’apport de ce type de recherche et l’attention que l’Académie devait lui porter. J’avais été chargé d’organiser cette réunion car j’avais lancé en 1984 une recherche participative en épidémiologie, le réseau « Sentinelles », qui implique aujourd’hui plus de 1 500 médecins généralistes volontaires qui fournissent des données en temps réel pour la recherche sur les épidémies de maladies fréquentes (grippe, varicelle, etc.). J’avais aussi invité à cette réunion des experts d’autres domaines que la médecine, en particulier Yvan Le Maho pour les sciences de l’environnement. Les académiciens présents ce jourlà se sont montrés très intéressés. L’année suivante, j’ai organisé un colloque intitulé « La science hors murs au 21 e siècle 2 » portant à la fois sur la recherche participative et sur la recherche hors murs, définie comme celle faite hors des laboratoires professionnels par des personnes ayant une solide for - mation scientifique. La science hors murs est un phénomène que j’ai vu naître il y a longtemps aux États-Unis, et j’avais le sentiment que cela prendrait de plus en plus d’importance, qu’il y aurait de plus en plus de recherche scientifique dont l’origine ne serait pas dans les labo - ratoires universitaires ou dans ceux des entreprises. Par ailleurs, les conditions de la recherche ont profondément changé ces dernières années, avec le mouvement de la science ouverte. De plus en plus de revues scientifiques sont accessibles à tout le monde, les citoyens ont La participation  : un enjeu de société Recherche participative et recherche hors murs Le point de vue de l’Académie des sciences Entretien avec Alain-Jacques Valleron, membre de l’Académie des sciences, professeur émérite à Sorbonne Université. À la jonction entre sciences de l’information et biomédecine, les travaux d’Alain-Jacques Valleron ont porté sur l’épidémiologie des maladies infectieuses. Il a notamment créé en 1984, dans une démarche de recherche participative en médecine générale, le réseau « Sentinelles » de surveillance des maladies transmissibles fréquentes, qui fait appel à des médecins volontaires et bénévoles. ainsi accès aux résultats de la recherche. La recherche « reproductible » prend aussi de l’ampleur, après le retentissement médiatique qu’ont eu quelques cas de fraude annonçant des résultats inventés. Aujourd’hui les chercheurs mais aussi, grâce à Internet, tous les citoyens, peuvent accéder aux données, aux méthodes, aux codes des programmes informatiques qui ont permis de rédiger un article. Le lecteur peut vérifier la véracité de ce qui est exposé  : s’il prend les mêmes données, les mêmes méthodes, les mêmes codes, il doit trouver les mêmes résultats. Les citoyens ont ainsi les moyens de faire de la recherche hors des laboratoires. Ce qui m’intéressait aussi, dans la recherche participative, ce sont les nouvelles possibilités offertes par Internet et le numérique. Dans le domaine de la pollution par exemple, on voit des citoyens volontaires et avertis utiliser des capteurs sophistiqués qui ne coûtent presque rien, avec lesquels ils surveillent l’environnement et enregistrent des données avec une grande finesse et des détails qui n’étaient pas envisageables avant. Il m’a donc paru important que l’Académie des sciences attire l’attention sur tous ces changements, sur le fait qu’aujourd’hui une recherche n’est pas toujours encadrée par un chercheur d’un laboratoire public ou privé. Pensons par exemple à la « biologie de garage ». Ce phénomène est lié à un mouvement libertaire qui se développe dans nos sociétés, qui veut s’affranchir des règles des organismes et institutions. Certains contestent les revues scientifiques et ne veulent pas y publier leurs travaux, sans pour autant renier le principe d’une science ouverte, car ils rendent publics sur Internet leurs données et leurs résultats. A.B.-G.  : La science ne doit-elle pas être aussi ouverte que possible et aussi fermée que nécessaire, y compris pour des raisons de sécurité et de confidentialité sur le plan industriel ? A.-J.V.  : Les raisons qui conduisent à faire de la recherche hors murs sont diverses. La motivation peut
La participation  : un enjeu de société être le plaisir de mener un travail scientifique sans être censuré par de vieux professeurs qui créent des comités ! Ce sont des scientifiques amateurs, comme au XVIII e siècle, mais qui bénéficient d’une diffusion mondiale, sans frontières, grâce à Internet. Souvent aussi ces recherches visent un but commercial, surtout aux États-Unis  : il s’agit de créer un nouveau produit et une start-up pour le vendre, en s’affranchissant de l’environnement bureaucratique de l’Université. Étant donné que la création d’une startup est contrôlée, cette recherche est malgré tout encadrée, mais pas au niveau des recherches menées à l’Université. Enfin, il faut remarquer que le niveau scientifique du citoyen « lambda » a beaucoup évolué depuis le XX e siècle  : beaucoup de gens aujourd’hui ont une thèse ou un master, ont acquis des compétences scientifiques. Bien sûr, certaines dérives peuvent inquiéter, pensons au bioterrorisme. Pour lutter contre cela, les États affectent de gros moyens et développent des outils de surveillance. A.B.-G.  : Comment le sujet des sciences participatives a-t-il été inscrit au programme du G7 ? A.-J.V.  : Pour le G7, le processus est le suivant  : les académies des sciences du G7 se réunissent vers novembre et discutent des sujets à débattre lors de la réunion plénière qui se tient vers le mois de mai. À l’issue du colloque de novembre 2018, la science participative a été un des trois sujets retenus pour la réunion du G7 d’août 2019. Le pays hôte, donc cette année la France, prépare ensuite un projet (draft) qui circule entre les différentes académies, afin d’aboutir à un texte commun 3. C’est à ce stade que nous avons été amenés à distinguer plus nettement la « recherche participative » et la « recherche hors murs » (recherche de haut niveau menée par des chercheurs qui ont une formation scientifique), une question de vocabulaire que je n’avais pas prise en compte auparavant. Le groupe international du G7 utilise finalement le terme « science citoyenne » qui regroupe les deux. Je tiens à dire que les discussions entre les aca - démies du G7 sont intenses, menées par des experts de haut niveau qui approfondissent toute la complexité des sujets abordés. La question du financement de la recherche participative, par exemple, a été longuement débattue, car certains craignent que cela se fasse au détriment de la recherche classique. A.B.-G.  : Les sujets scientifiques touchent bien souvent des questions qui engagent l’humanité. L’expertise des scientifiques est-elle entendue par les politiques, les recommandations émises lors du G7 peuvent-elles avoir un impact sur la législation ? A.-J.V.  : Chaque année, le G7 des académies des sciences donne lieu à un texte final écrit à plusieurs mains et voté en groupe, académie par académie. Il n’en sort rien d’immédiat. Ce sont des textes qui marquent un intérêt pour une question. Ils sont distribués par les différents gouvernements, ils circulent dans les ministères. Ils énoncent des recommandations, mais celles-ci doivent souvent être explicitées, donc portées par des personnes. Le 23 octobre 2019 s’est tenue à Paris une réunion sur les sciences participatives avec l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), organisée par l’Académie des sciences et l’Académie nationale de médecine. Les députés et les sénateurs présents ont débattu du sujet, et cette réunion a permis une prise de conscience. C’est le rythme lent des décisions politiques. A.B.-G.  : Une autre préoccupation est la défiance du grand public vis-à-vis des sciences et des technologies. Pensez-vous que la recherche participative peut inverser cette tendance ? A.-J.V.  : Oui bien sûr, nous l’avons d’ailleurs écrit. Un des autres volets de la réflexion du G7 était  : « Science et confiance », sujet très interactif avec le nôtre. Un système ouvert où le public participe à la recherche contribue à une meilleure compréhension de la démarche scientifique et au développement de l’esprit critique. C’est un moyen de combattre les croyances en tout et n’importe quoi. A.B.-G.  : Les chercheurs ne sont-ils pas réticents à s’engager dans des projets de recherche participative ? Certains semblent douter de la qualité des contri - butions des citoyens, d’autres allèguent que les compétences nécessaires pour mener à bien de tels projets ne sont pas prises en compte dans leur évaluation en tant que chercheur. A.-J.V.  : Ce n’est pas le sentiment que j’ai. La méfiance des chercheurs concerne surtout la recherche hors murs, non contrôlée. Dans certains domaines, il est aujourd’hui évident que nombre de sujets ne pourraient être étudiés autrement qu’avec la participation de citoyens. En médecine, en biologie de l’envi ron - nement, ou encore dans des domaines comme l’espace, la physique, le magnétisme… il existe beaucoup de projets participatifs, avec de grands réseaux d’observation tout à fait remarquables ; les observateurs apportent des données inimaginables autrement. Même dans le domaine des mathématiques, on trouve des amateurs qui font un petit bout de quelque chose. Ce mouvement me semble irréversible. Les recommandations des académies des sciences du G7 Repenser l’enseignement scientifique afin qu’il permette aux élèves et étudiants d’entreprendre plus tard des recherches scientifiques, qu’elles soient dans un cadre professionnel ou citoyen. Identifier les mesures permettant à la science citoyenne d’éviter ou d’atténuer d’éventuels écarts aux règles éthiques, ou des risques en matière de sécurité. Promouvoir le codéveloppement de la science citoyenne et de la recherche menée en laboratoire. 3. www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/Citizen_G7_2019_FR.pdf Permettre aux praticiens de la science citoyenne d’adopter la culture existante en matière de communication et d’évaluation de leurs contributions scientifiques. Créer des programmes de financement spécifiques pour la science citoyenne. Promouvoir des systèmes d’information permettant de documenter les thèmes et les résultats de la science citoyenne. CULTURE ET RECHERCHE n°140 hiver 2019-2020 Recherche culturelle et sciences participatives 19



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