Créateurs n°2 sep/oct/nov 2007
Créateurs n°2 sep/oct/nov 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep/oct/nov 2007

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Genilem

  • Format : (230 x 330) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : le juste équilibre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 10 - 11  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
10 11
DOSSIER - Des hauts et des bas Personne n’est à l’abri d’un accident de parcours. Chaque création d’entreprise est un engagement difficile qu’il faut apprendre à gérer pour le meilleur et parfois pour le pire. En créant la fondation Philias il y dix ans, Bettina Ferdman Guerrier a fait œuvre de pionnière. Elle a été la première à développer en Suisse romande le concept de responsabilité sociale des entreprises. Son succès professionnel, sa félicité familiale ne l’ont pourtant pas protégée d’une crise soudaine et violente: le burn out. Non seulement vous avez créé une entreprise mais en plus vous avez dû inventer le métier sur lequel elle repose. Qu’est-ce que cela a signifié en terme d’investissement? Bettina Ferdman Guerrier: L’investissement est le même pour tout créateur d’entreprise, spécialement dans la phase initiale, la plus périlleuse. Pendant les trois premières années, vous ne pouvez rien créer si vous ne mangez pas, si vous ne dormez pas, en fait si vous ne vivez pas pour votre société. Il est vrai que j’ai dû, en plus, développer un marché qui n’existait pas encore en Suisse. J’ai donc passé du temps à expliquer la nature de mon idée et à essayer de convaincre mes futurs partenaires de sa pertinence, sans me rendre compte des difficultés que cela représentait. De toute façon, les difficultés, tous les créateurs d’entreprise vous le diront, on ne les voit qu’après. Si on les voyait avant, on ne ferait rien. Comment équilibriez-vous votre vie professionnelle et privée? Pas idéalement! Il est vrai que je n’ai jamais compté mes heures. Je faisais 12, parfois 15 heures par jour. Une entreprise, c’est votre bébé! D’ailleurs, je n’ai commencé à réduire mes horaires qu’à la naissance de ma fille. Quand vous devenez maman, vous êtes obligée d’équilibrer votre univers. Vous travaillez moins mais vous avez une double journée à gérer. A la responsabilité professionnelle s’ajoute la responsabilité familiale. Il y a une accumulation de tâches. 10 Créateurs No 2 Un moment cette accumulation est devenue trop lourde, comment est-ce que cela s’est déroulé? Du jour au lendemain. Ça a été très rapide. J’étais devant mon ordinateur. Je me suis dit: «Si tu continues comme ça tu vas finir à l’hôpital.» Je n’en pouvais plus. J’ai envoyé un mail à mes collaborateurs, un mercredi, pour leur dire que j’allais me reposer et que je ne reviendrai que le lundi. Je suis revenue trois mois plus tard. Que s’est-il passé pendant ces trois mois? Pendant une semaine, j’ai perdu l’usage de mes jambes. Je ne pouvais plus marcher. Je suis allée voir des neurologues qui n’ont rien trouvé, et pour cause, il n’y avait rien de physique. J’ai passé beaucoup de temps alitée. Je devais me reposer car je n’avais pas conscience de la fatigue qui s’était accumulée. J’ai également entamé une thérapie. Qu’avez-vous appris de ce burn out? Une année après, je pense que ce fut une chance. C’était un avertissement envoyé par mon corps qui m’a empêché d’avoir quelque chose de plus grave. Quand vous arrivez au stade où vos jambes vous laissent tomber, au sens propre, vous vous décidez à faire plus attention à vous. J’ai soudainement pris conscience que je m’étais oubliée pendant trop longtemps. J’ai commencé alors un travail personnel qui ne se terminera probablement qu’à la fin de ma vie. Les deux faces Est-ce que vous redoutez une rechute? Oui. J’y pense parfois. Surtout lorsque j’ai réintégré mes fonctions. Après, ça s’amenuise. Quand vous avez des périodes plus chargées alors vous y repensez. Voilà pourquoi c’est une chance: ça devient un garde-fou. Vous vous promettez de ne plus jamais revivre de tels moments. Je voulais toujours tout bien faire. Maintenant, j’ai appris à être plus transigeante. Quel est votre avis sur le burn out? Il est important pour moi de le dire: je ne crois pas à un burn out uniquement professionnel. Il s’agit d’un ensemble de facteurs qui font que le physique ne suit plus. Ce n’est pas parce que l’on est entrepreneur, que l’on se dédie à son travail, que l’on finit avec un burn out. Cela dépasse un problème de déséquilibre professionnel et familial. Je crois que le burn out est lié au franchissement de limites. Je suis allée au-delà des limites parce que j’ai voulu, et professionnellement et familialement, faire le plus et le mieux possible. J’ajouterais que sortir de ses limites est unisexe. Je ne voudrais pas qu’il ressorte de cette interview qu’on ne peut pas créer une entreprise et faire des enfants, si l’on est une femme. C’est malheureusement encore plus difficile que pour les hommes mais c’est possible et tellement gratifiant.
d’une même médaille Qu’est-ce qui a été le plus difficile au commencement du Paléo Festival? Daniel Rossellat: Après quelques concerts déficitaires, l’équipe et moi-même avons dû nous remettre en question. Tout le monde gagnait de l’argent alors que nous en perdions. La situation l’imposait et on a choisi une autre voie. Nous avons transformé notre passion en métier. Vous avez dû composer avec le stress. Comment le gérez vous? A la fin des premiers festivals, j’étais dans une extrême fatigue. Ça provenait d’une faiblesse de l’organisation car on improvisait beaucoup. A chaque problème qui survenait, on devait inventer une solution. Il a fallu insister sur la préparation pendant l’année pour perdre le moins d’énergie durant le festival. J’ai aussi appris à déléguer en confiance lorsque je me suis occupé d’Expo.02. Absent durant deux ans, j’ai dû admettre que les gens fonctionnent différemment. Or rien n’est moins naturel ! Autant de facteurs qui m’ont permis de garder le stress éloigné. Je n’aurais pas tenu 30 ans dans un environnement hostile. A ce propos, comment comprenez vous les gens qui cèdent sous la pression de leur environnement et qui finissent en burn out? C’est quelque chose de complexe. Personne n’est à l’abri. Ce phénomène s’étale sur une longue durée et les signaux, peu perceptibles, sont souvent niés. Ça arrive souvent à des gens extrêmement exigeants avec eux-mêmes. L’entourage joue un rôle essentiel car il doit soutenir la personne fragilisée. Le monde professionnel doit aussi se remettre en question en s’interrogeant sur le poids qu’il fait supporter au travailleur, sur sa responsabilité dans la crise qu’il subit. J’ai été à l’abri car j’ai admis que je n’étais pas capable de tout faire et que je devais déléguer. L’idéal est de bien mettre en valeur le talent des gens, de les pousser, sans exiger d’eux plus qu’ils ne peuvent offrir. D’ailleurs, à Paléo, nous avons développé une charte d’entreprise très progressiste qui favorise une ambiance de travail efficace. Je suis sûr qu’un climat favorable permet aux gens d’augmenter leur capacité de 20 à 30%. Vous semblez loin de toute pression. Vous paraissez avoir trouver un véritable équilibre. Quelle est votre philosophie? Ma philosophie est simple: je me concentre sur ce que je peux changer et je ne perds pas d’énergie sur ce que je ne peux pas maîtriser. Je cultive aussi mon équilibre en veillant toujours à prendre une pause de midi, en conservant mes heures de sommeil et en pratiquant une activité sportive, même lorsque je travaille intensivement. La remise en question me paraît nécessaire dans la recherche d’un équilibre, sinon on s’enferme dans un système où il y a des tabous et des intouchables. L’humain n’aime pas se remettre en question. C’est pourtant un excellent moyen de progresser, c’est d’ailleurs le seul, me semble-t-il. J’ai beaucoup appris des remises en question et des échecs. On apprend plus de ses échecs que de ses réussites parce que les réussites viennent parfois par chance mais jamais les échecs. Fondateur du Paléo Festival, Daniel Rossellat pratique une profession qui n’en semble pas une, tant son activité s’apparente, pour tout un chacun, à un loisir. Pourtant, elle requiert, comme tout autre métier, une hygiène de vie contrôlée. DOSSIER - Des hauts et des bas propos recueillis par Frédéric Vormus C’est la passion qui vous anime, non? Durant mon apprentissage, j’ai travaillé en usine. Je me suis rendu compte de ce que je ne voulais pas faire. J’ai le sentiment de n’avoir jamais vraiment commencé à travailler. J’ai transformé ma passion en mon gagne-pain. Je me suis inventé mon métier donc j’en ressens moins les difficultés. Il est impensable pour moi, dès le lundi matin, de ne parler que du week-end ou de parler des vacances dès le 26 août. J’ai la chance d’avoir une activité rémunératrice que je ne considère pas comme un travail. Tant mieux! Pouvoir pratiquer un métier avec passion, c’est un magnifique facteur d’équilibre. Toutefois, il faut faire attention et toujours rester en accord avec soi-même. Quelles sont-elles les règles à respecter pour durer? Comme c’est un métier prenant, il faut se remettre en question, prendre du recul, conserver une bonne hygiène de vie en faisant attention à son sommeil, à sa nourriture et à l’alcool. On peut faire la fête tous les soirs, mais c’est finalement au détriment de sa lucidité et de sa créativité. Créateurs No 2 11



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :