Créateurs n°1 jun/jui/aoû 2007
Créateurs n°1 jun/jui/aoû 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de jun/jui/aoû 2007

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Genilem

  • Format : (230 x 335) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : oser la différence.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 24 - 25  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
24 25
Le débat En 2001, Igor Fisch croise Régis Joly dans le cadre d’une demande de prêt qu’il obtient à hauteur de CHF 100 000. Depuis, Selexis, ce sera plus de dix collaborateurs, des bureaux à Genève, Boston et San Francisco, un chiffre d’affaires de CHF 1,5 million. Nouvelle entrevue entre deux hommes passionnés par le monde des start-up. Igor Fisch : Quels sont les critères objectifs utilisés pour accepter ou refuser des dossiers dans des domaines comme la bio-tech ou le IT ? Régis Joly : Nous avons défini des critères objectifs clairs. Notre fondation a pour but d’apporter un soutien au développement de projets à contenu technologique innovant présentant de grandes chances de faisabilité technique et économique, ainsi que des possibilités d’aboutir à la création ou au développement d’entreprises. Une collaboration avec une des Hautes Ecoles de Suisse romande pour la réalisation du projet est un plus. Enfin au niveau de la maturité du projet, nous soutenons ceux entre les stades du prototype de laboratoire et du produit finalisé et commercialisable. Autrement dit, après la recherche fondamentale, au moment de l’élaboration du prototype commercial. Sur une quinzaine de dossiers reçus par an (soit une centaine au total), nous en retenons environ la moitié pour une présentation au Conseil de fondation. Pour ce faire, selon qu’il s’agisse d’une question d’évaluation technologique, de maturité du projet ou d’existence de la société, c’est notre secrétariat ou l’équipe de coachs du Parc scientifique d’Ecublens (PSE) qui intervient. I.F. : Est-il facile ou difficile de réunir un jury qui décidera du financement ou non d’une start-up ? Quels sont les critères retenus pour proposer un membre ? R.J. : Historiquement, les membres du Conseil de fondation sont nos contributeurs, soit la Banque cantonale vaudoise, Bobst SA, le CHUV, l’EPFL, l’Etat de Vaud, la CVCI, Sandoz Family Office et la Ville de Lausanne. La fondation a été créée en 1995, et au fur et à mesure que les contrats ont été signés, ces institutions nous ont délégué des représentants intéressés par les problématiques des porteurs de projet que nous recevions et à même de juger les dossiers. C’est pourquoi il nous a toujours paru fondamental que ces institutions délèguent des personnalités certes pointues dans leur domaine, mais également douées d’une forte sensibilité entrepreneuriale. Personne cependant n’a la science infuse si grande soit son expertise. Vu la complexité technologique de certains projets, il faut reconnaître que parfois seul le porteur de projet sait si sa technologie est véritablement significative pour 24 Créateurs No 1 Selexis rencontre la Fondation pour Régis Joly, diplômé en économie politique HEC Lausanne, est membre de la direction de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et secrétaire de la Fondation pour l’innovation technologique (FIT). Selexis Création | Mars 2001 Domaine d’activité | Biotechnologie Spécialité | Améliorer les rendements de production de médicaments de type protéines recombinantes de type érythropoïétine ou anticorps actifs dans le traitement de certains cancers Chiffre d’affaires en 2006 | > CHF 1,5 millions le marché. Pour autant, nous faisons très peu appel à des expertises extérieures. Toute l’idée pour le jury consiste à tester la capacité d’empathie et de conviction du scientifique qui est en face. Car celui qui crée une entreprise relève un défi clé : savoir convaincre. I.F. : En 2000, Selexis a gagné le prix de Vigier et en 2001 la FIT nous a accordé un prêt de CHF 100 000. Il a fallu oublier les présentations scientifiques dont nous avions l’habitude et reformuler le tout en quelque chose de simple et d’accessible. Quel exercice ! Pourtant il ne faut pas se décourager car l’argent ainsi gagné nous a permis de créer la société tout en gardant le contrôle, ce qui est vital lors des premières années. Clients | L’ensemble du secteur pharmaceutique et de la biotechnologie Equipe en 2006 | >10 collaborateurs Faits marquants | Prix de Vigier en 2000 à hauteur de CHF 100 000 – Prêt accordé par la Fit en 2001 à hauteur de CHF 100 000 – Entrée d’investisseurs privés dans le capital en 2003 et 2004 I.F. : Lorsqu’un dossier est accepté, quel est le critère le plus important pour le jury ? Faut-il uniformiser les critères de choix ou au contraire essayer d’en définir de plus larges ? R.J. : Au final, c’est la personnalité du porteur de projet qui fait tout : sa motivation, son dynamisme, la conscience qu’il a de lui-même et de ses limites. I.F. : Mais qu’est-ce qui fait qu’une personne est mieux qu’une autre ? Car on peut être bluffé par un individu très convaincant portant un mauvais projet. R.J. : L’intuition, l’expérience... Au fil des rencontres et des auditions, on affine son oreille et son œil sur les compétences humaines et l’attitude du porteur de projet. En général, vu les enjeux – une demande de financement, ce n’est quand même pas rien ! –, les personnes se révèlent rarement fausses. Difficile de bluffer sous la pression. Bien sûr, nous nous sommes trompés, mais la variété des profils constituant notre Conseil réduit les risques. Travailler avec des sensibilités différentes permet de recouper les avis, les incohérences, les points obscurs, les doutes, etc
l’innovation technologique Igor Fisch, docteur ès sciences (mention biologie), crée en 2001 Selexis SA, spécialisée dans le développement d’outils et de technologies permettant à l’industrie pharmaceutique et la biotechnologie de mettre plus rapidement sur le marché des médicaments dits recombinants (par ex. l’EPO ou les anticorps monoclonaux) et aussi d’améliorer les rendements de production de ce type de médicaments. propos recueillis par Sandrine Mottier Régis Joly : Qu’est-ce qui pousse un jeune chercheur à créer son entreprise dans la biotechnologie ? Igor Fisch : Le besoin d’indépendance tout simplement. La seule chose que je regrette, c’est de m’être lancé si tard ! J’ai longtemps travaillé dans le milieu universitaire, à Genève, Cambridge en Angleterre, puis à l’EPFL. En tant que scientifique, ma première ambition était de devenir professeur. Mais ce milieu est tel qu’il est, tourné vers lui-même. Une sorte de fantasme règne... La recherche pour la recherche, l’exercice de style prévaut. Ce n’est pas une critique, juste un constat qui, à un moment donné de ma vie, ne m’a d’autant plus satisfait que je m’étais frotté au monde entrepreneurial lors mes études postdoctorales à Cambridge. J’ai en effet été consultant pour une grande société. Ainsi progressivement j’ai compris qu’il fallait sortir, trouver des financements ailleurs pour mener à bien des idées, notamment améliorer et rendre plus efficace la découverte des nouveaux médicaments issus de la biotechnologie. Sous nos latitudes, les scientifiques transformant une idée en technologie utile pour l’industrie sont considérés comme le « diable » … Le mot est fort certes, mais en tant qu’étudiants ou doctorants, nous n’avons pas été sensibilisés aux ponts entre académie et entreprise. Rechercher c’est comprendre, et comprendre c’est guérir, donc réduire des souffrances et pas uniquement « faire » de l’argent. R.J. : Le risque effraie, et c’est tout. FIT Création | 1995 Spécialité | Financement de projets à contenu technologique innovant visant la création d’une entreprise Conseil de fondation | BCV : Claude Suard Bobst SA : Roger Roch CHUV : Agnès Oertli EPFL : Gabriel Clerc, Jan-Anders Manson Etat de VD : François de Coulon CVCI : Daniel Liechti Sandoz Family Office : Gabriel Prêtre Ville de Lausanne : Yves Dijamatovic Fonds de départ | CHF 70 000 Contribution annuelle | CHF 50 000 par fondateur Mode de financement | Prêt sans intérêt remboursable sur 3 ans Projets financés | Une cinquantaine Pourtant plus il est élevé, moins les montants levés sont importants... Ce devrait alors plutôt encourager les investisseurs car, si avec CHF 100 000 on ne fait pas les mêmes choix qu’avec un million, au moins ceux-ci seront plus raisonnables et iront plus dans le sens d’une croissance progressive. R.J. : Les forces et ses faiblesses de l’entrepreneur... Laquelle est la plus dangereuse pour la pérennité de l’entreprise ? I.F. : L’ego du dirigeant... Si la réussite est au rendez-vous, on a vite tendance à se croire bon. Au début, le dirigeant fait tout de A à Z, cette boulimie ne peut toutefois durer. A mesure que son entreprise prend de l’ampleur, il doit déléguer… donc perdre un certain pouvoir. Ce qui signifie se remettre en question. R.J. : Et savoir s’entourer des bonnes personnes. C’est une qualité absolument déterminante ! I.F. : Le deuxième danger est propre à nous scientifiques qui sortons d’un cocon comme nous disions plus haut. A l’Université, c’est le projet qui guide la vitesse de travail, alors que dans une entreprise, on travaille en fonction d’impératifs dictés par une logique industrielle. La difficulté ? Comprendre que le monde est fait de multiples facettes, que les besoins des autres sont différents des nôtres. Le débat R.J. : Où voyez-vous Selexis et vous-même dans 5 ans ? I.F. : Toujours à la tête d’une entreprise ! Fondamentalement, diriger c’est convaincre, échanger, négocier. J’ai toujours aimé cet aspect même si les interlocuteurs sont exigeants. Parfois il faut savoir « mordre » et dire non quand ça s’impose. On parle souvent des qualités d’écoute d’un dirigeant, certes c’est essentiel. Cependant il ne faut pas céder à tout. Je me rappelle d’un investisseur potentiel qui, venant d’un grand groupe, avait des idées bien arrêtées sur mon business. Je n’ai pas hésité à mettre les limites là où il fallait. R.J. : Attention également à bien cerner les intérêts qui sous-tendent l’implication de partenaires dans un projet. Un capital-risqueur réfléchit à court terme, il veut récupérer une plus-value rapidement, alors qu’un dirigeant construira à plus long terme. I.F. : Rien n’est jamais acquis et chaque stade de développement comprend sa part d’incertitudes. Aujourd’hui après 6 ans d’activité, allons-nous susciter l’intérêt de grands groupes pour un rachat éventuel, augmenter notre portefeuille de technologies, ou carrément nous lancer dans la production et soutenir les grands groupes dans cette voie ? Les jeux ne sont pas encore faits, et c’est bien ce qui est passionnant dans le monde des start-up ! Créateurs No 1 25



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :