COTE Marseille Provence n°116 décembre 2008
COTE Marseille Provence n°116 décembre 2008
  • Prix facial : 3 €

  • Parution : n°116 de décembre 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Les Editions COTE

  • Format : (240 x 300) mm

  • Nombre de pages : 164

  • Taille du fichier PDF : 33,0 Mo

  • Dans ce numéro : bijoux exquis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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décembre 2008 - janvier 2009 www.cotemagazine.com
Par Olivier-Jourdan Roulot – Photo Jean-Michel Sordello Jean-Claude ChermannPas nommé/Not namedOn avait perdu sa trace depuis le milieu des années 90. Jusqu’à ce que l’annonce des noms des lauréats du prix Nobel de médecine fasse remonter le sien à la surface, provoquant une énorme polémique au sein de la communauté scientifique. En sport, la morale prétend que la quatrième place est la pire qui soit, son titulaire, premier non médaillé, ne montant pas sur le podium. Lui aussi est resté au pied du podium. Il est l’oublié de Stockholm. Le père Nobel n’avait rien pour lui dans sa hotte au moment de la distribution des prix. Ce drôle de titre, d’ailleurs, peut-être devrait-il le graver sur sa carte de visite : l’oublié du Nobel... Ça aurait de la gueule, assurément. Il a appris la nouvelle par un coup de fil de son épouse. Qui l’avait entendue à la radio. Pendant des années, tous les premiers lundis d’octobre, lui aussi tendait l’oreille en direction de l’académie suédoise. Puis, le temps est passé et il a fini par décrocher. Et voilà soudainement, un quart de siècle plus tard, le plus prestigieux des prix scientifiques qui vient souligner la portée de sa découverte. Mais sans penser à lui. Le plaçant de fait dans une situation intenable. Celle du cocu de l’histoire. L’histoire, pourtant, c’est lui qui l’a écrite. En découvrant, en 1983, le virus du sida. Une découverte fondamentale. Celle d’une maladie épouvantable qui avait commencé à bouleverser le monde, le faisant basculer dans le temps d’après l’insouciance. A l’époque, en blouses blanches à l’institut Pasteur, ils étaient bien trois sur la photo. « Personne n’arrive à en trouver une où Françoise Barré et Montagnier sont seulement tous les deux », lance le chercheur éconduit. « Il n’y en a pas ». Jean-Claude Chermannreçoit dans son bureau, où le soleil pénètre généreusement par de grandes baies vitrées. Le costume est sobre, dans des tonalités qui rappellent le bleu de la moquette au sol. Seule touche de fantaisie, des revers de manches blancs qui sonnent très 90’. Sur un mur, une aquarelle ramène une vingtaine de kilomètres plus loin, jusqu’à Marseille et à sa Bonne-Mère, pendant qu’une sorte de totem indien observe fixement le visiteur. L’œil relève encore un canapé recouvert d’un boutis provençal. Chermannsemble un peu surpris par les sollicitations dont il est l’objet. Comme quelqu’un qu’on sortirait brutalement d’une semiretraite. L’homme pourtant n’a pas abandonné la recherche. La mobilisation et les nombreux témoignages dont il a été l’objet l’ont visiblement touché. Et, passé la surprise, il retrouve ces accents enthousiastes qui lui ont parfois valu, par le passé, des propos acides de certains lui reprochant un manque de prudence. Il n’a pas changé, au fond. Et dénonce l’abandon d’une ambition française sur le sida et en appelle au président, proposant la création d’un prix de la présidence. Surtout, il ne voit pas d’alternative à ses travaux. Pour espérer, un jour peut-être, terrasser la pandémie. On se souvient aussi de son intrusion en politique, derrière un Bernard Tapie à l’époque triomphant - ce qui lui valut d’entrer au palais Bourbon, en héritant du siège du député promu ministre. Depuis, Tapie s’est trouvé d’autres chimères. En 2001, Chermannavait rejoint le privé, comme directeur scientifique d’une société canadienne. L’ancien pensionnaire de Pasteur en est désormais le Pdg, soutenu par des investisseurs suisses. « Je ne veux pas que quelqu’un décide à ma place », prévient-il. C’est à Aubagne, dans la zone des Paluds, qu’il poursuit ses recherches sur la base des pistes développées dans son laboratoire marseillais de l’Inserm, à Luminy, où il s’était réfugié après avoir claqué la porte de Pasteur, en 1988. Un lieu discret, loin de la tempête déclenchée dans les milieux scientifiques par la décision prise à Stockholm par les jurés du Nobel. Sur la porte d’entrée, à peine remarque-t-on une petite plaque qui confirme qu’on est à bon port : « URRMA R&D, Jean- Claude Chermann »... Sur le mur en arrondi qui dessine l’entrée du laboratoire, des dessins d’enfant ont été accrochés. Comme autant d’injonctions contre la terrible maladie : « Protégez notre amour du sida », scande celui-ci. « Le sida casse votre vie », prévient cet autre. La naïveté du trait et du propos fait écho aux messages portés par des pins épinglés sur un tableau en liège, sur le mur d’en face. Le ton se fait plus militant. « Soignez le sida, maintenant ! », exige l’un d’eux, tandis qu’une femme dessinée au crayon et passablement dénudée prévient : « si t’as pas de capote, je garde ma culotte !!! » Un peu plus loin, cet autre dessin d’enfant se fait mobilisateur : « unissons-nous pour lutter contre le sida ». Un slogan qui résonne avec une ironie singulière, au moment où les découvreurs du virus se retrouvent divisés par la décision suédoise. We'd lost sight of him since the mid-1990s, until the announcement of the winners of the 2008 Nobel prize for medicine created a huge polemic in the French scientific community. He's the man Stockholm forgot. His wife gave him the news by phone ; she'd heard it on a radio news flash. For years, every first Monday of October, he too had kept an ear open for news of the year's Nobel prizes. And now, a quarter of a century later, that most prestigious of science prizes has spotlighted the importance of his discovery − without mentioning his name. That betrayal put him in an impossible position. He was one of three at the Pasteur Institute who made history in 1983 with their discovery of the AIDS virus. A discovery of prime importance : the cause of a terrible disease that had begun to shake the world. All three, in their white lab coats, were in the photo. « No-one's found a picture with only Françoise Barré and Montagnier in it, » he says, "there weren't any ». Jean-Claude Chermannreceived us in his office, sunshine pouring in through the big windows. He's visibly moved by active response and the many testimonies in his favour. Then he regains the enthusiastic tone that in the past provoked sharp comments from some, who criticised his lack of prudence. He hasn't essentially changed. And he denounces the abandonment of France's ambitions with regard to AIDS, calling on the President to create a research prize. Above all he sees no alternative to his work, still hoping one day, perhaps, to bring an end to the pandemic. After slamming the door of the Pasteur Institute in 1988, Jean-Claude Chermanncontinued his research at INSERM in Marseille. In 2001 he joined the private sector as scientific director of a Canadian company. He's now a CEO, supported by Swissinvestors. He's pursuing research avenues he first openedup at INSERM. His lab is in the Paluds industrial estate in Aubagne. It's a quiet place, far from the tempest unleashed in scientific circles by the Stockholm jury's decision. décembre 2008 - janvier 2009 www.cotemagazine.com PORTRAIT 15



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