COTE For Paris Visitors n°8 décembre 2008
COTE For Paris Visitors n°8 décembre 2008
  • Prix facial : 3 €

  • Parution : n°8 de décembre 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Les Editions COTE

  • Format : (240 x 300) mm

  • Nombre de pages : 148

  • Taille du fichier PDF : 26,7 Mo

  • Dans ce numéro : l'éloge de la gourmandise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ART GOURMANDISE 66 Gilles Stassart, critique d’art et fondateur du restaurant nomade Le Transversal. En juillet dernier, en hommage à César, barbu légendaire, la joyeuse équipe du Transversal réalisait la plus grande barbe à papa du monde dans les jardins de la Fondation Cartier à Paris. C’est dans l’air du temps. Les arts plastiques et la cuisine n’ont jamais été aussi proches. « Nombre d’artistes utilisent aujourd’hui dans leurs installations des matériaux alimentaires, dans leurs photographies ou leurs vidéos les emblèmes de l’alimentation de masse », analyse Gilles Stassart, critique d’art et fondateur du restaurant nomade Le Transversal (1). L’engouement ne date pas d’aujourd’hui, toute l’histoire de l’art est jalonnée du regard des artistes sur l’aliment et la manière dont les sociétés diverses le consomment et le « jugent ». Dans les grottes préhistoriques, les premiers hommes représentaient déjà sur les parois le produit de leur chasse. Élément fondamental de la vie quotidienne, la nourriture fut très longtemps représentée dans des scènes religieuses porteuses de fortes connotations symboliques. Largement pratiquée durant l’âge d’or de la peinture flamande, la nature morte, composition d’objets organiques, évoquait la vie tout en représentant une métaphore de la vanité. Plus loin dans le temps « parce qu’ils se veulent les artistes d’un monde moderne prônant la technique et la vitesse, explique Gilles Stassart, les futuristes italiens s’emparèrent également de la cuisine jusqu’alors discipline esthétique plutôt figée et peu considérée ». décembre 2008 - janvier 2009 www.cotemagazine.com Manger l’art ∂EATING ART Par Mireille Sartore Contenant une importante signification symbolique et universelle, la nourriture a depuis toujours influencé les artistes. Les cuisiniers s’inspirent-ils pour autant du monde artistique ? -/Food has always influenced artists since it has an important symbolic and universal significance. Does that mean cooks take inspiration from the art world ? D.R. Admitting the idea that food has entered art and vice versa is to accept the notion that what can be eaten may be envisaged as a real object, « like paint on a palette » as Gilles Stassart, art critic and founder of the itinerant restaurant Transversal, puts it. The process began in France with the Nouveaux Réalistes in the 1960s. « Guided by art critic Pierre Restany, Klein, César and Tinguely founded this deliberately provocative, antibourgeois movement that liked to introduce commonplace objects into art, » Stassart explains. Among those artists was Daniel Spoerri, who composed « snare pictures » by sticking everyday things onto boards, starting in 1960 with the remains of his own meal fixed onto a vertical board. A year later he transformeda Swedish gallery into a grocer’s shop where visitors were invited to purchase foodstuffs. From 1970 this Swiss artist born in Romania in 1930 launched Eat Art, of which he is both inventor and principal proponent. « That period of experimentation manifested itself through two different forms of expression : the production of artworks and happenings focused on food and eating habits, » explains Géraldine Girard-Fassier. Spoerri even went so far as to open his own eponymous restaurant in Dusseldorf in 1968. D.R.
Daniel Spoerri à la « Eat Art Galerie » de Düsseldorf dévorant un multiple des Éditions Eat Art, un ange en pain d’épices de Richard Lindner, octobre 1970. Collection privée. La table devient tableau Admettre l’idée que la nourriture est entrée dans l’art et vice versa, c’est agréer l’idée selon laquelle le comestible peut s’envisager comme un véritable objet, « à l’instar d’une couleur sur une palette », confirme Gilles Stassart. Le processus s’amorce en France dans les années soixante grâce aux Nouveaux Réalistes qui décident de s’exprimer selon le principe du « réalisme d’aujourd’hui » à l’image de leurs « confrères » américains lancés dans l’aventure du Pop Art. « Guidés par le critique d’art Pierre Restany, raconte G. Stassart, Klein, César, Tinguely et les autres créent ce mouvement volontairement provocateur, militant, antibourgeois, qui se plaît à introduire dans l’art des éléments du quotidien. » À l’image de Marcel Duchamp avec ses ready made, le tout premier qui ouvrira un espace de liberté artistique incomparable. Les objets de la vie réelle, prélevés dans la réalité de leur temps, deviennent des matériaux ; Arman accumule, César compresse, Tinguely assemble et Daniel Spoerri compose des tableaux-pièges en collant sur des planches des objets usuels. Avec point de départ, les restes de son propre repas fixé sur une planche placée à la verticale, alors qu’il loge à l’Hôtel Carcassonne, rue Mouffetard à Paris, en 1960. La table devient tableau et la nourriture une œuvre d’art. Un an plus tard, il transforme une galerie suédoise en véritable épicerie où les visiteurs sont invités à acheter des produits alimentaires considérés comme des œuvres d’art. Michel Onfray qualifia ce procédé de « ready made alimentaire ». À partir de 1970, ce plasticien suisse né en Roumanie en 1930 lance le Eat Art, littéralement « manger l’art » dont il est à la fois l’inventeur et le principal acteur. Ce « moment d’expérimentation, explique Géraldine Girard-Fassier (2), se manifeste à travers deux formes d’expression différentes : la production d’œuvres et les happenings mettant en scène la nourriture et les habitudes alimentaires ». Spoerri ira même jusqu’à créer en 1968 son propre restaurant éponyme à Düsseldorf où « il laissera au client la liberté de le percevoir comme un établissement ordinaire ou bien comme un lieu de happening permanent », explique Géraldine Girard-Fassier. La cuisine contextuelle Dans la lignée de Spoerri l’artiste, Gilles Stassart le critique d’art, propose en 2005, avec les chefs Inaki Aizpitarte et Laurent Chareau, le concept d’une « cuisine contextuelle » dans les murs du MAC/VAL, le musée d’Art contemporain de Vitry-sur-Seine, situé en banlieue parisienne. Leur idée ? « Faire de l’espace de cuisine, de la salle de restauration, un espace expérimental au même titre que la salle d’exposition, l’atelier d’artiste. Une sorte de « démagogie intelligente » proposant de pénétrer le monde de l’art réputé hermétique par le biais de sensations gustatives inédites. Une cuisine contextuelle en relation avec l’activité fondamentale du musée, et non avec sa forme institutionnelle qui l’aurait automatiquement projetée dans la dialectique insipide de la restauration collective », argumente le cofondateur du Transversal, contraint depuis de stopper ses activités au sein du musée. Le directeur artistique pensait avoir réussi à COURTESY GALERIE FRAÎCH’ATTITUDE Spoerri, « Table du banquet Henkel », reconstitution 2004 pour la galerie fraîch’attitude (Mondrian, Christo, Warhol, Arman et Niki de Saint Phalle) Hösel, 1970, collection privée. La bibliothèque de livres de recettes, 1986-1898 de Daniel Spoerri, collection privée. Courtesy galerie fraîch’attitude. Contextual cuisine In 2005 Gilles Stassart introduced the concept of contextual cuisine at the Mac/val contemporary art museum in the Paris suburbs, the idea being « to turn the kitchen and dining room into places for experimenting along the same lines as exhibition space. Contextual cuisine relating to the museum’s fundamental activity, not to its institutional formthat would have automatically projected it into the insipid dialectic of collective catering, » specifies Transversal’s cofounder, who has since been obliged to halt his museum activities. Today this nomadic restaurant pursues its activities through happenings and educational programmes. This summer, as part of the César, Anthologie par Jean Nouvel exhibition, it held the world’s biggest candyfloss happening at Fondation Cartier. Gilles Stassart is presently pondering a new restaurant project for the future school of fine arts in Caen. décembre 2008 - janvier 2009 www.cotemagazine.com ART GOURMANDISE 67 COURTESY GALERIE FRAÎCH’ATTITUDE



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