COTE For Paris Visitors n°8 décembre 2008
COTE For Paris Visitors n°8 décembre 2008
  • Prix facial : 3 €

  • Parution : n°8 de décembre 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Les Editions COTE

  • Format : (240 x 300) mm

  • Nombre de pages : 148

  • Taille du fichier PDF : 26,7 Mo

  • Dans ce numéro : l'éloge de la gourmandise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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IDÉES GOURMANDISE IDEAS 50 Suppôts de Satan au Moyen Âge, les gourmands ont pris leur revanche. Ils incarnent aujourd’hui, à travers les gourmets, une forme supérieure de l’art de vivre. Ils ne plaisantaient pas, les Anciens. De Platon à Aristote, ils n’avaient de cesse de prôner un style de vie simple et de pensée ardue. Le plaisir n’avait que peu de place dans ce programme. Le corps et ses « bonheurs » étaient suspects. Seul était bon et profitable ce qui pouvait élever la connaissance et la sagesse. La spiritualité était la valeur suprême et tout ce qui en détournait était considéré comme vulgaire et néfaste. Le sensualisme le cédait aux vertus censées élever l’âme et l’esprit. Les Épicuriens se donnaient bien pour but la recherche du bonheur, de l’équilibre, mais ils se défiaient de l’esprit de « débauche » dont on créditait volontiers la gourmandise. Ave Lucullus ! Dans un tel contexte idéologique, il était difficile de se proclamer « gourmand » et « bon vivant », sans risquer d’être taxé de dissolu. L’Antiquité, pourtant, a eu son « gour- mand », en la personne de Lucullus. Lucius Licinius Lucullus, né en 115 av. J.-C., mort en 57 av. J.-C. Il fut général et homme d’État de quelque importance, avant de se retirer à la tête d’une immense fortune qu’il mit à profit pour mener une vie de fêtes et de plaisirs où la bonne chère tenait une place de choix. La postérité l’a ainsi distingué plus pour sa table que pour ses faits d’armes. Ce bon vivant était aussi amateur de beaux jardins, d’arts et de belles lettres. Avec suffisamment d’éclat pour que le biographe Plutarque lui consacre un ouvrage. « La vie de Lucullus, écrit-il, ressemble à une comédie ancienne : on y lit au début le récit d’actions politiques et militaires, puis à la fin on n’y trouve plus que beuveries et soupers, et, peu s’en faut, cortèges bachiques, fêtes nocturnes et toutes sortes de divertissements, car je mets au nombre des divertissements, les constructions somptueuses, les installations de promenades et de thermes et plus encore, l’achat de tableaux et de statues, le soin qu’il prit de décembre 2008 - janvier 2009 www.cotemagazine.com LE gourmets TRIOMPHE DES THE GOURMETS’TRIUMPH ∂Par Michel Franca ∂ The Ancients took life seriously. From Plato to Aristotle they were always banging on about leading a simple life and striving hard. A programme in which there wasn’t much space for enjoyment since the body and its pleasures were considered suspect – only what could improve knowledge and wisdom was good and profitable. Spirituality was the supreme value and everything that distracted from it was considered vulgar and harmful. Sensuality was repressed in favour of virtues supposed to take soul and spirit to a higher plane. The Epicureans did indeed see happiness and balance as their goal but they mistrusted the spirit of debauchery with which gourmandise was often credited. Ave Lucullus ! -/In the Middle Ages food lovers were seen as satanic fiends but they’ve since had their revenge. Today gourmets embody a superior formof the art of living. In such an ideological context it was difficult to proclaim oneself gourmand and bon vivant without risking accusations of being dissolute. Nevertheless, Antiquity had its own famous gourmand in the person of Lucullus. Lucius Licinius Lucullus, born 115 BC, died 57 BC, was a general and statesman of some importance before retiring with an immense fortune that he cheerfully employed to lead a life of partying and pleasure in which good food played a large part. This bon vivant also loved beautiful gardens, the arts and literature sufficiently ostentatiously for the biographer Plutarch to write a book on him. « The life of Lucullus resembles an Old Comedy : in the first part political and military affairs but in the end nothing but drinking and dining, bacchic indulgence, all-night revels and every type of amusement, for I include in amusement the sumptuous buildings, the installation of promenades and baths, and even more the purchase of paintings and statues and the care he took in collecting together at great cost these works of art, and for all this freely employing the immense and splendid fortune he had amassed during his campaigns. »
rassembler à grands frais ces œuvres d’art, prodiguant à cette fin sans compter l’immense et splendide fortune qu’il avait amassée dans ses campagnes. » Vade retro Satanas ! Les penseurs et théologiens chrétiens reprennent en pire la mauvaise opinion que les Anciens se faisaient du gourmand. Présenté comme un suppôt de Satan, il est cloué au pilori. La gourmandise figure en bonne place parmi les sept péchés capitaux aux côtés de la paresse, l’orgueil, de la luxure, de l’avarice, de la colère et de l’envie. Cette qualification est sans appel : un péché capital n’est rien moins que mortel ! Le démon de la gourmandise est Belzébuth qui mène la danse macabre des ripailleurs invétérés. Boire et manger encouragent à toutes les mollesses et les perversions. Cela vous corrompt l’âme plus sûrement encore que le corps. Car la sensualité du ventre est communicative. Elle encourage toutes les autres, à commencer par cette luxure que les chrétiens, on l’imagine, subodorent derrière le bâfreur aviné, enclin à prolonger au lit les turpitudes de la table. Le sacre du gourmet En 1789, la Révolution française consacra les droits de l’Homme et la laïcisation des mœurs politiques, mais aussi du goût. Satan fut renvoyé à des mondes plus spirituels et, du coup, mets et spiritueux purent entrer en odeur de sainteté. La Révolution du goût suivit de quelques décennies la révolution politique. L’artisan de cette mutation décisive avait participé, comme Girondin, à celle-ci avant de parfaire celle-là. Son nom : Jean Anthelme Brillat-Savarin. Né le deux avril 1755 à Belley, il fut député du tiers état avant de connaître l’exil, pourchassé par les Montagnards. La tourmente passée, il retourne en France et en 1826, il fait paraître un ouvrage promu à l’immortalité : Physiologie du Goût, ou Méditations de Gastronomie Transcendante ; ouvrage théorique, historique et à l’ordre du jour, dédié aux Gastronomes parisiens, par un professeur, membre de plusieurs sociétés littéraires et savantes. Le titre est à rallonge mais l’esprit de l’ouvrage est net et sans détour : il réhabilite le gourmand en le distinguant du glouton et du goinfre qui péchent par excès et mangent sans discernement. Dans sa onzième Méditation, il écrit ainsi : « J’ai parcouru les dictionnaires au mot gourmandise et je n’ai point été satisfait de ce que j’y ai trouvé. Ce n’est qu’une confusion perpétuelle de la gourmandise proprement dite avec la gloutonnerie et la voracité… » L’acte de manger est revalorisé. Il peut devenir un art et la gourmandise se hisser au rang de vertu. Tout est dans la façon d’opérer. Au bâfreur sans foi ni loi, Brillat-Savarin oppose le fin gosier qui choisit ses mets avec minutie et les apprécie avec goût. Vive la gastronomie ! La postérité ne fut pas avare de louanges à l’égard de ce précurseur audacieux qui osa tourner le dos à plusieurs siècles d’obscurantisme alimentaire. La cuisine pouvait accéder au Paradis de la Gastronomie, avec ses chantres : les cuisiniers et ses disciples, les gourmets. Hoffmannsalua la Physiologie du Goût comme un « livre divin, qui a porté à l’art de manger le flambeau du génie ». Alexandre Dumas ne fut pas moins élogieux : « À côté de cette gourmandise, qui est celle des estomacs robustes, il y a celle… des esprits délicats : c’est celle que chante Horace et que pratique Lucullus. C’est parmi les modernes, celle des Grimodde la Reynière et des Brillat-Savarin ». Plus près de nous, enfin, Roland Barthes, fin analyste des passions humaines, note avec perspicacité : « Le livre de Brillat-Savatin est de bout en bout le livre du proprement humain, car c’est le désir (en ce qu’il se parle) qui distingue l’homme. » Rien ne pouvait endiguer la Révolution gastronomique en marche. Les thèses chrétiennes durent subir de plein fouet ses assauts. En janvier 2003, 28 personnalités ont remis à Jean-Paul II une requête demandant que le terme de gourmandise comme péché capital, soit remplacé par celui de gloutonnerie, d’intempérance ou de goinfrerie. En 2007, le bruit a couru que la liste des péchés capitaux avait été modifiée. Mais non, le Saint-Siège fit savoir qu’elle s’était enrichie de nouveaux péchés : la pollution, la manipulation génétique, le trafic de drogue, les injustices économiques et sociales. La gourmandise demeure donc sur la liste. Même si, depuis longtemps, les faits ont submergé la lettre de l’orthodoxie chrétienne. Pour le plus grand bonheur de nos papilles ! Vade retro Satanas ! Christian thinkers and theologians exacerbated the poor opinion the Ancients had of gourmands, presenting them as satanic fiends and pillorying them. They equated gourmandise with gluttony, one of the seven deadly sins along with pride, lust, covetousness, envy, anger and sloth. [Translator's note : the French word gourmandise means both gourmandise and gluttony so denotes the sin as wellas the enjoyment of good food and drink.] This left no room for argument since a deadly sin was nothing less than mortal ! The demon of gluttony is Beelzebub, who leads the macabre dance of inveterate feasters. For the stomach’s sensuality is communicative, encouraging all other kinds of sensuality starting with the lust that we imagine that saintly man detected in inebriated feasters inclined to continue in bed the depravities of the table. The gourmet’s revenge From 1789 the French Revolution enshrined the rights of man and the secular nature of political mores but also of taste. Satan was restricted to the purely spiritual world so consequently food and drink became acceptable and the taste revolution came a few decades after the political one. The man behind this about-turn had, like Girondin, taken part in the latter before instigating the former. His name was Jean Anthelme Brillat-Savarin, born on 2 April 1755 in Belley. Brillat-Savarin was a Third Estate deputy before being hounded into exile by the Montagnards. Once the stormhad abated he returned to France and in 1826 published a book that went down in history : Physiologie du Goût, ou Méditations de Gastronomie Transcendante ; ouvrage théorique, historique et à l’ordre du jour, dédié aux Gastronomes parisiens, par un professeur, membre de plusieurs sociétés littéraires et savantes. The title may be overlong but the spirit of his book is clear and precise : he rehabilitates gourmands by distinguishing them from the gluttons and greedy who sin through excess and eat without discernment. In his 11th « Meditation » he writes thus : « I have explored the word gourmandise in dictionaries and have been by no means satisfied with what I have found in them. There is only perpetual confusion between true gourmandise and gluttony or voracity. » And the first foodie stigmatises lexicographers because « they have forgotten, completely forgotten, social gourmandise that brings together Athenian elegance, Roman luxury and French delicacy, that dispenses wisely, executes skilfully, savours energetically and judges profoundly ». The act of eating was revalorised ; it could become an art and gourmandise could be raised to the status of virtue. It was all in the approach. To the indiscriminating guzzler Brillat-Savarin opposed the discerning palate choosing nourishment meticulously and appreciating it tastefully. Let’s hear it for gastronomy ! Posterity wasn’t miserly in its praise of this audacious precursor who dared to turn his back on several centuries of dietary obscurantism. Cooking could attain the paradise of gastronomy along with its bards, the cooks, and its disciples, the gourmets. Hoffmannhailed La Physiologie du Goût as « a divine book that has brought the flame of genius to the art of eating ». Alexandre Dumas was no less laudatory : « Alongside the gluttony of robust stomachs there is the gourmandise of delicate minds ; this is what Horace lauds and Lucullus practised. In modern times it is the gourmandise of such as Grimodde la Reynière and Brillat-Savarin. » Closer to the present day, Roland Barthes, a perceptive analyst of human passions, noted perspicaciously : « Brillat- Savarin’s book is from beginning to end a book of the truly human, for it is desire (insofar as it is expressed) that distinguishes man. » Nothing could curb the ongoing gastronomy revolution and those Christian theses had to bow their heads before itsonslaughts. In January 2003, 28 celebrities submitted a petition to Pope John Paul II asking that in the French version of the seven deadly sins the word gourmandise be replaced by one more specifically denoting gluttony. In 2007 rumour went around that the list of deadly sins had been modified but it transpired that the Holy See had in fact expanded the list to include the new sins of pollution, genetic manipulation, drug trafficking, and economic and social injustice. So for the French gourmandise remains on the list, even though the facts have long since overwhelmedthe letter of Christian orthodoxy. And aren’t our taste buds glad about that ! décembre 2008 - janvier 2009 www.cotemagazine.com IDEAS GOURMANDISE IDÉES 51



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