COTE For Paris Visitors n°27 avr/mai 2012
COTE For Paris Visitors n°27 avr/mai 2012
  • Prix facial : 6 €

  • Parution : n°27 de avr/mai 2012

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Les Editions COTE

  • Format : (240 x 300) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 13,7 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre avec Juliette Binoche.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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RENCONTRE 4 Juliette est une journaliste qui enquête sur la prostitution estudiantine dans Elles, film de Malgorzata Szumowska, sorti en février dernier. Après un Tchekhov à Paris – La Mouette mise en scène en 1988 par Andreï Konchalovski – un Pirandello à Londres et un Pinter à New York, Juliette Binoche remonte sur les planches de l’Odéon-Théâtre de l’Europe (1) pour Mademoiselle Julie d’August Strindberg, créé l’été dernier au Festival d’Avignon, et mis en scène par Frédéric Fisbach. Traits tirés, teint d’albâtre, ferveur intacte et fou rires qui emportent tout, l’actrice débarque tout juste de Saint-Rémy de Provence, où elle vient de terminer le tournage éprouvant de La Créatrice de Bruno Dumont. Après des décennies de cinéma – presque vingt-cinq ans de carrière, une soixantaine de films au compteur – la comédienne de Carax, Malle, Kielowski, Kiarostami, Hou Hsiao-hsien, Gitaï, Haneke, poursuit son chemin avec la même dévotion. Guest-star dans le prochain film de David Cronenberg, l’actrice a déjà tourné Un singe sur l’épaule de Marion Lainé aux côtés d’Edgar Ramirez. En projets, une comédie romantique avec Clive Owen et un film avec un réalisateur japonais. Mademoiselle Julie : une histoire de rencontres « D’abord, il y a Strindberg, un auteur de l’intérieur, du désir, du désespoir, de la solitude, des extrêmes. Un comédien plonge forcément à corps perdu dans une œuvre pareille, écrite en 1888, mais qui fait un écho si grand à notre monde contemporain. Les personnages sont tellement puissants qu’ils donnent suffisamment d’espace et de liberté à ses interprètes pour créer leurs propres univers. Peu importe que l’action se passe hier ou aujourd’hui – Frédéric Fisbach a transposé l’action de nos jours, NDLR. Pour moi, il n’est pas ici question de hiérarchie des classes – Mademoiselle Julie couche avec son valet pendant la nuit de la Saint- Jean, une tragédie va s’ensuivre, NDLR – mais du rapport compliqué du fémininmasculin, de l’identité. En quête éperdue de liberté, Julie est une orpheline qui cherche famille. Lors de notre première entrevue, Frédéric, un peu nerveux et très enthousiaste, m’a parlé quarante-cinq minutes non-stop du projet qu’il comptait créer au Festival d’Avignon. Après deux lectures pour nous rassurer l’un et l’autre, avril-mai 2012 www.cotemagazine.com -/After Chekhov in Paris, Pirandello in London and Pinter in New York, Juliette Binoche is back on stage at the Odéon-Théâtre de l’Europe for a production of Strindberg’s Miss Julie, created last summer for the Festival d’Avignon and directed by Frédéric Fisbach. Face drawn, complexion pale, fervour intact, carried away by fits of laughter, the actressis just back from shooting La Créatrice by Bruno Dumont. After decades of filming – almost 25 years and some 60 films to date under Kielowski, Kiarostami, Haneke, Gitaï etc. – Juliette Binoche continues on her way with the same devotion as ever. Miss Julie : meetings « First of all with Strindberg, writer of the inner world, desire, despair, solitude, extremes. An actor can’t fail to throw themself heart and soul into such a work, written in 1888 but resonating so strongly in today’s world. The characters are so powerful they give their actors space and freedom to create their own worlds. It makes no difference whether it’s happening in the past or now. For me, it’s not about class distinctions [Miss Julie spends a night with her footman and tragedy ensues] but about the complicated relations between man and woman, and identity. Julie is an orphan looking for a family. » Theatre and cinema « When I was at the Conservatoire we talked about plays more than we acted in them. Coming back to the stage I didn’t want that. I wanted to be in action. An actor embodies their role with the same intensity whichever the medium. I don’t make any distinction between theatre and filming. It’s true that when I started out I wanted to do theatre like my parents [her father was a sculptor and stage director, her mother an actress] but filming came into my life and I went with the flow. I have no D.R.
notamment sur le fait que nous n’adopterions pas une « posture » trop cérébrale vis-à-vis de l’œuvre, j’ai plongé ! » Cinéma et théâtre « Quand j’étais au Conservatoire, on parlait plus des pièces qu’on ne les jouait. Je n’avais pas envie de ça pour mon retour sur scène. Je voulais être dans l’action, dans le mouvement. Oublier le côté mental, découvrir l’intériorité de la pièce au fur et à mesure des répétitions avec mes partenaires Nicolas Bouchaud et Bénédicte Cerutti. L’incarnation de l’acteur dans un rôle est d’égale intensité, quel que soit le médium au travers duquel il s’exprime. Je ne fais aucune différence entre le théâtre et le cinéma. Dans mon cas, c’est vrai que j’ai eu, au début, le désir de faire du théâtre, comme mes parents – un père sculpteur et metteur en scène, une mère comédienne, NDLR – mais le cinéma a surgi dans ma vie et je me suis laissée porter là où les vents me poussaient. Je n’ai aucun regret, sauf peut-être de ne pas avoir travaillé avec Peter Zadek que j’ai eu néanmoins l’immense privilège de côtoyer dans le privé. L’enrichissement est le même. » La première fois « Participer au Festival d’Avignon pour la première fois m’a procuré quelques appréhensions, bien sûr. La ville et son atmosphère m’étaient familières, mon père s’est rendu très souvent au Off. Je me revois encore galopant dans les rues de Villeneuve-lez-Avignon… Malgré les nombreuses répétitions, on ne se sent jamais tout à fait prêt. Le théâtre est un grand saut dans l’inconnu, avec des centaines de caméras rivées sur vous ! Mais j’ai maintenant le bonheur de pouvoir transformer mes peurs d’autrefois. Quand j’ai dansé avec Akram Khan, en 2008, le challenge était d’autant plus grand que j’avais choisi d’aller en zone totalement inconnue. Les difficultés physiques ajoutées aux charges émotionnelles à ressentir, à partager avec son partenaire, à transmettre au public, me semblaient insurmontables. C’était l’expérience que je voulais vivre, j’ai été servie ! (rires) Au théâtre, c’est pareil. S’abandonner pour livrer enfin quelque chose de caché, de sacré, c’est tout l’enjeu. Pour « atteindre » Mademoiselle Julie en profondeur, il me faut plus de deux heures de concentration ; allongée par terre, je franchis peu à peu les différents paliers qui me conduisent jusqu’à elle. » Camille Claudel « J’avais 16 ans quand j’ai lu Une femme d’Anne Delbée, dont j’ai vu ensuite le spectacle à la Cartoucherie de Vincennes. Camille Claudel m’a depuis subjuguée : sa fougue, ce feu intérieur… J’avais beaucoup aimé le film avec Isabelle Adjani (2) qui nous faisait percevoir la passion qui animait cette artiste géniale, mais avec Bruno Dumont, nous explorons l’après-création, au moment où Camille perd pied, atteinte de délire de persécution, elle est enfermée dans un asile où son frère, l’écrivain Paul Claudel, la visite de temps à autre, sans grande régularité. Le film parle de son incarcération dans cet asile, dont elle ne sortira jamais, sauf à sa mort, trente ans plus tard. Avec Bruno, qui réalise pour la première fois un film sur un personnage ayant existé, le tournage fut extrêmement concentré, tous les deux partagions une grande responsabilité par rapport à l’histoire de cette femme exceptionnelle. C’est une des expériences les plus fortes que j’ai vécues. » (1) Du 18 mai au 24 juin 2012, Théâtre de l’Odéon, 2 rue Corneille, Paris 6 e (2) Camille Claudel de Bruno Nuytten (1987) [RENCONTRE] Juliette Binoche et Nicolas Bouchaud dans Mademoiselle Julie de Strindberg, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. regrets, except perhaps that I’ve never worked with Peter Zadek, though I’ve had the immense privilege of knowing him in private life. Which is just as enriching. » First time « Taking part in the Festival d’Avignon for the first time was intimidating, of course. I knew the town and its atmosphere because my father often went. However much you rehearse you never feel quite ready. But now, luckily, I can transformthose fears. When I danced with Akram Khan, the challenge was all the greater because I’d chosen to go into totally unknown terrain. The physical difficulties and the emotive power of it seemedinsuperable. I wanted the experience and I got more than I asked for ! [laughs]. It’s the same in theatre. The thing is to let go of yourself to deliver something hidden, something sacred. To reach Miss Julie’s depths I needed over two hours of concentration ; I lay on the floor and gradually went down the levels until I reached her. » Camille Claudel « Camille Claudel has always enthralled me : her mettle, her inner fire… I loved the film with Isabelle Adjani, who put across all the passion that drove that genius of an artist. But with Bruno Dumont we’re exploring what came after her creative time : when Camille loses her footing, is overcome by persecution mania and is lockedup in an asylum where her brother, the writer Paul Claudel, visits her from time to time. The film tells of her internment in the asylum, which she never left until she died, thirty years later. With Bruno, the filming was extremely concentrated, we both felt a high degree of responsibility for the story of this exceptional woman. It’s one of the most powerful experiences I’ve had. » CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE avril-mai 2012 www.cotemagazine.com MEET 5



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