COTE For Paris Visitors n°24 oct/nov 2011
COTE For Paris Visitors n°24 oct/nov 2011
  • Prix facial : 6 €

  • Parution : n°24 de oct/nov 2011

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Les Editions COTE

  • Format : (239 x 302) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 13,2 Mo

  • Dans ce numéro : alerte rouge.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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RENCONTRE 4 Comme dans Un prophète, le film de Jacques Audiard qui a fait de lui une star il y a deux ans, Tahar Rahim porte sur ses épaules la « responsabilité » des Hommes libres d’Ismaël Ferroukhi, sorti sur les écrans français le 28 septembre dernier, et pour lequel l’acteur – né en 1981 – nous a parlé sans détour de ses rêves et de sa jeune carrière. Inspiré de faits réels – le réalisateur a collaboré sur l’écriture du scénario avec l’historien Benjamin Stora, spécialiste du sujet – le longmétrage évoque pour la première fois l’histoire de l’immigration algérienne en France pendant l’entredeux-guerres. Mais aussi, durant la Seconde Guerre mondiale, la vie de cette communauté reléguée au bas de l’échelle sociale, ces « hommes invisibles » sans patrie, sans nationalité – bien que l’Algérie soit considérée alors comme un territoire de France – dont certains joueront pourtant un rôle primordial auprès de la Résistance. Parmi ceux-ci, Younes, d’origine algérienne comme Tahar Rahim, qui lutte à sa manière contre l’ennemi, aux côtés du fondateur de la Mosquée de Paris, Si Kaddour Ben Ghabrit (joué par Michael Lonsdale), personnage controversé mais emblématique de la France d’alors, proche à la fois des pétainistes et du Sultan du Maroc qui protège les Juifs, à cette époque. COTE : Connaissiez-vous lʼhistoire de ces Maghrébins dans le Paris occupé ? Tahar Rahim : J’ai découvert cet épisode de notre histoire seulement lorsqu’Ismaël m’a parlé du projet. Je savais, bien sûr, que des Maghrébins étaient venus en France dès le début des années vingt mais je n’avais aucune idée de leur implication dans la Seconde Guerre mondiale, et pour certains, dans la Résistance. Je crois n’être pas le seul dans cette ignorance. Le film va permettre un nouvel éclairage sur cette période sombre de notre histoire. Je m’en réjouis. Avez-vous accepté le rôle pour ces raisons « politiques » ? D’abord, je pense, que tout le cinéma est « politique » ; quoiqu’il aborde comme sujet, c’est toujours le point de vue d’un cinéaste, d’un homme. Dans le cas des Hommes libres, l’histoire a été, bien sûr, un élément qui a influencé mon choix, la cause est noble sans nul doute, mais pas autant que le « costume » de ce personnage ambivalent, plein d’aspérités et d’humanité qu’Ismaël me proposait d’endosser. Younes est un homme simple, plutôt humble, à qui la vie va réserver bien des surprises. C’est de plus le seul personnage fictif du film, dont l’histoire s’inspire en fait du parcours de trois résistants algériens de cette période. Younes est en quelque sorte le portedrapeau, le symbole de tous ces hommes invisibles, dont personne ne soupçonnait l’existence jusqu’à présent. Je suis très fier d’avoir pu leur rendre hommage à ma façon. Comment êtes-vous entré dans la peau de ce héros ordinaire ? Par de très longues discussions en amont du tournage, par le visionnage du seul documentaire qui existe, je crois, sur le rôle caché de la Mosquée de Paris... Mais aussi par la consultation de photos d’époque qui sont toujours une source d’inspiration inépuisable. Le tournage ne s’est malheureusement pas fait à la Mosquée parisienne, dont les responsables nous ont refusé l’accès, mais au Maroc, à Rabat précisément, où la lumière est presque la même qu’à Paris en été… On a tourné dans un ancien palais abandonné, ce qui a été plutôt une aubaine pour tout le monde. Durant le tournage, des doutes sur ma crédibilité m’ont parfois envahi lorsque mon personnage, par exemple, voit son cousin touché par une balle en pleine gorge, et mourir sous ses yeux. J’avais peur de ne pas être juste dans mes émotions… octobre-novembre 2011 www.cotemagazine.com D.R. Tahar Rahim est Younes, résistant d’origine algérienne pendant la Seconde Guerre mondiale, dans Les Hommes libres d’Ismaël Ferroukhi. As with A Prophet, the Jacques Audiard film that made him a star, Tahar Rahim carries on his shoulders the "responsibility" of Ismaël Ferroukhi's Hommes libres (Free Men), in cinemas from 28 September. The 30-yearold actor talked openly tous about his dreams, his career and the film. Inspired by real events, this is the first feature film to address the history of Algerian immigration in France between the two wars and during World War II – the life of a community relegated to the bottom of the social scale, "invisible men", some of whom played significant roles in the Resistance even so. One of these is Younes, of Algerian origin like Tahar Rahim, who fights the enemy in his own way alongside the founder of the Paris Mosque, Si Kaddour Ben Ghabrit (played by Michael Lonsdale), a controversial character, close to the Pétainists but also to the Sultan of Morocco who was protecting the Jews at that time. COTE : Did you know the story of these North Africans in occupied Paris ? Tahar Rahim : I only found out about this episode in our history when Ismaël told me about the project. Of course I knew that North Africans had been coming to France since the 1920s, but I had no idea that some had been involved in World War II. I don't think l'm alone in that ignorance. The film will shed new light on that dark passage in our history. l'm delighted to think that. Did you accept the role for "political" reasons ? First of all I think all cinema is "political". With Free Men, of course the story was one factor that decided me, but less so than this ambivalent character, full of rough edges and humanity, that Ismaël was asking me to take on. Younes is a simple man and life throws surprises at him. He's the only fictional character in the film, because the story was inspired by the real-life actions of three Algerians in the French resistance. In a way Younes is a symbol of all those invisible men whose very existence no one suspected until now. l'm proud to be able to pay tribute to them in my way. How did you get inside the skin of this ordinary hero ? By long discussions before filming began, by watching the only documentary that exists, I think, on the hidden role of the Paris Mosque. And by looking at photos from the period, which are always an endless source of inspiration. During the filming I was sometimes overwhelmedby doubts about my credibility, for example when my character sees his cousin shot in the throat and die before his eyes. I was afraid I wasn't getting the emotions right.
Etre juste, faire du cinéma, cʼétait votre rêve de toujours ? Oui et non, parce que je n’ai jamais eu de révélation à un moment précis. Adolescent, à Belfort, je m’emmerdais tellement que je passais ma vie dans les salles de cinéma, jusqu’à voir trois films d’affilée… Ne dit-on pas que le 7 e Art est une maladie contagieuse ? (rires) Au fur et à mesure, j’ai commencé à m’intéresser sérieusement au sens des images qui défilaient devant mes yeux et l’envie m’est tombée dessus. Totalement inconscient, je me suis lancé dans l’aventure, me donnant dix ans pour « réussir ». Plus conscient de ce qui m’attendait, j’aurais peut-être modifié mes plans (rires). Mais, j’ai tenu bon, multipliant les petits boulots et les castings, jusqu’au moment de la grande rencontre avec Jacques Audiard qui m’a donné ma chance sur Un prophète (Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2009 et Césars 2010 du Meilleur Espoir et du Meilleur Acteur décernés ex aequo pour la première fois à un même acteur, en l’occurrence Tahar Rahim, N.D.L.R.). Comment avez-vous géré « lʼaprès-Prophète » ? Plutôt bien, je crois. Après les deux Césars (rangés depuis dans une armoire, nous précisera-t-il en riant, N.D.L.R.), j’ai eu peur d’exploser en plein vol ! J’ai donc choisi de fermer la porte derrière moi, de reprendre une vie normale auprès des miens – dans les yeux desquels je vois toujours mon propre reflet, c’est l’essentiel – de digérer tout ce qui m’arrivait et d’essayer d’appréhender la suite des événements en toute sérénité. J’aime beaucoup mon métier, je veux « en être », et je n’ai pas envie d’être un météore qui brille très haut dans le ciel puis disparaît aussi vite qu’il est apparu… C’est pourquoi je n’ai pas accepté les films qu’on me proposait juste après Un prophète, les mêmes en moins bien, ou les grosses productions du genre « aussitôt vues, aussitôt oubliées » avec des noms qui claquent au box-office... J’ai pris mon temps, choisi un réalisateur chinois pas banal et un film de Jean-Jacques Annaud, parce que ça ne se refuse pas (rires) ! Le réalisateur chinois, cʼest bien Lou Ye qui se confronte depuis toujours avec la censure de son pays ? Oui, c’est bien lui, qui a débarqué avec ce projet décalé et sa manière plutôt libérale de filmer… Love & Bruises (1) évoque une histoire d’amour impossible et dévastatrice entre une jeune professeur chinoise et un ouvrier, dans un drôle de Paris, filmé comme si c’était la Chine ! Ce film répondait totalement à mes attentes : raconter une histoire d’amour autrement, avec de la violence, du rugueux, de l’animalité, pas mal de sexe (rires)… J’ai adoré tourner ce film. Quid du Jean-Jacques Annaud « quʼon ne refuse pas » ? Or noir est une superproduction, une grande fresque épique située dans les années 30 au moment de la découverte du pétrole (2). J’y campe un jeune prince dynamique qui va chasser du royaume un émir vieillissant, un rôle très physique, joué tout en langue anglaise, j’en ai vraiment bavé (rires) ! Le tournage a duré 79 jours, un mois au Qatar et trois autres passés en Tunisie, en pleine révolution ! Le lendemain de la révolte, impossible de lâcher mes répliques sur le plateau tant l’euphorie m’avait contaminé… (1) sortie le 2 novembre 2011. (2) sortie le 23 novembre 2011. D.R. Tahar en prince du désert, dans Or noir de Jean-Jacques Annaud. [RENCONTRE] Getting it right, acting in films : was that always your dream ? Yes and no. I didn't have a revelation at a particular moment. In my teens I was so bored I spent my life in cinemas. Don't they say the Seventh Art is an infectious disease ? (laughs) Little by little I became intrigued by the meaning of the images unreeling on the screen and the desire to act just came on me. I threw myself recklessly into the adventure ; I gave myself ten years to "succeed". I did dozens of casual jobs and answered dozens of casting calls until the great moment when I met Jacques Audiard, who gave me a chance with A Prophet". (The film won the Grand Prix at the Cannes festival in 2009 and scored all the main Caesar awards in 2010, including Best Actor and Most Promising Actor (in tied place) for Tahar Rahim – the first time both had been awarded to the same actor). How did you handle the post-Prophet period ? Fairly well, I think. After the two Caesars I was afraid l'd explode in full flight ! So I decided to shut the door behind me, get back to normal life with my family and friends, digest everything that had happened and try to get a grip on the sequence of events. I love this business, I want to be a part of it (laughs). That's why I didn't accept the films I was offered just after A Prophet ; they were the same role but not as good, or the kind of big production with big box-office names that's no sooner seen than forgotten. I took my time, I chose an remarkable Chinese director and a film by Jean-Jacques Annaud because you just can't refuse that ! (laughs). The Chinese director is Lou Ye who has always had trouble with the censorship in his home country ? Yes, that's him. He turnedup with an offbeat project … Love & Bruises is about an impossible, devastating love story between a young Chinese woman teacher and a manual worker, in a strange Paris filmedas if it was China. The film was just what I wanted : telling a love story differently, with violence, rough corners, animality, quite a lot of sex (laughs) … I loved making that film. What about Jean-Jacques Annaud whom "you just can't refuse" ? Or noir (Black Gold) is a superproduction, a great epic fresco set in the thirties when oil was discovered. I play an energetic young prince who drives an ageing emir from his kingdom. It's a very physical role and played entirely in English, I had a really rough time of it ! (laughs) The filming lasted 79 days, including three months in Tunisia in the middle of the revolution there. The day after theuprising I was so infected by the euphoria I couldn't say my lines. octobre-novembre 2011 www.cotemagazine.com MEET 5



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