COTE Genève n°22 novembre 2008
COTE Genève n°22 novembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°22 de novembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Les Editions COTE

  • Format : (237 x 300) mm

  • Nombre de pages : 172

  • Taille du fichier PDF : 17,8 Mo

  • Dans ce numéro : numéro spécial égoïste.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PORTRAIT 14 Michel Halpérin Par Raphaël Klemm COTE  : Pouvez-vous, en introduction, nous définir le métier d’avocat et nous évoquer brièvement l’historique de cette fonction ? M.H.  : Etymologiquement, le mot avocat vient du latin « ad vocatus », c’est-à-dire celui qui parle, qui s’exprime pour quelqu’un d’autre. Dans l’Antiquité, et c’est encore vrai aujourd’hui, l’avocat est un défenseur. Il assiste un accusé. Dans la Grèce du siècle de Périclès et de Socrate, les « logographes » rédigeaient la plaidoirie de leurs clients que ces derniers lisaient ou récitaient euxmêmes. Plus tard, à Rome, Cicéron, Hortensius, et même Jules César ont été des avocats célèbres pour la qualité de leurs plaidoiries et leur talent oratoire, à l’accusation comme à la défense. Si cette activité ne s’est jamais interrompue, son étendue a varié avec le temps. L’évolution de la notion de procès équitable a considérablement accru les responsabilités de l’avocat, non seulement dans la plaidoirie proprement dite, mais dans la préparation du procès, dans sa tâche de confident et dans le développement de son secret professionnel qui est en quelque sorte la garantie d’un Etat de droit, libéral, non totalitaire, qui réserve une place privilégiée à la confidence et au secret. Avec les temps modernes, c’est toute la place du droit dans la vie sociale qui s’étend. Codes civils, commerciaux, droit administratif  : les normes qui régissent la vie sociale se multiplient et deviennent de plus en plus complexes. Il suffit de songer à la protection de l’environnement, aux transports aériens ou à la réglementation financière. L’on comprend aussitôt que l’avocat n’est plus seulement un représentant, un porte-parole, mais aussi, et peut-être d’abord, novembre 2008 www.cote-magazine.ch Côté Cour Michel Halpérin  : called to court Du droit à la politique, du rôle de ténor du Barreau à celui de Pater familias, Michel Halpérin sait tout embrasser sans mal étreindre. C’est Michel Halpérin l’avocat que nous avons rencontré, et interrogé sur sa vision de ce qui est à ses yeux, bien davantage qu’un métier  : un office, un ministère. Lawyer and politician, star'tenor'of the Bar and dedicated family man, Michel Halpérin is all of these and more.. COTE talked to Michel Halpérin the advocate, about what he sees as so much more than a profession – a calling, even a ministry. COTE  : Could you start by telling us how you define the profession of advocate today, and outline its history ? M.H.  : The word'advocate'comes from the Latin'ad vocatus', or'he who speaks', someone who speaks on behalf of another person. In the ancient world – and it's still true today – advocates (or barristers) acted first and foremost for the defense of the accused. In Greece, at the time of Pericles and Socrates, so-called'logographers'drewup their clients'pleas, which were then read aloud by the client, or recited by the advocate. Later, in ancient Rome, Cicero, Hortensius and even Julius Caesar were advocates celebrated for the quality of their pleas, and their talent as orators, speaking for both the prosecution and the defense. The profession has continued unbroken down the centuries, but its scope has varied over time. The concept of a'fair trial'gave lawyers greatly increased responsibilities, not only with regard to the plea itself, but also in terms of preparation, in their role as the defendant's confidant, and the development of the concept of professional secrecy, which is really the guarantee and hallmark of a just, liberal, non-totalitarian state. In modern times, the role of the law in everyday life has expanded vastly. Our lives are governed by the increasingly complex civil, penal and administrative codes. Just think about environmental protection, air transport or financial regulation. It soon becomes clear that an advocate is not simply a representative, a spokesperson, but also – perhaps above all – an advisor drawing on a wide range of expert knowledge, a skilled writer of contracts, and a negotiator whose activities touch every sphere of family and business life.
un conseiller au savoir diversifié, un rédacteur de contrats et le négociateur touchant à tous les domaines de la vie familiale ou économique. COTE  : Quelles sont, selon vous, les qualités qui caractérisent un bon avocat ? M.H.  : L’avocat est d’abord un juriste. Il doit donc avoir maîtrisé le savoir qu’on lui a enseigné à l’Université. Le stage, puis la pratique, feront la différence. Il ne suffit pas d’appliquer son savoir aux problèmes que l’on vous soumet. Derrière le problème, ou plutôt devant lui, il y a une femme, il y a un homme, dont l’interrogation exprime parfois anxiété, angoisse, désarroi, même souffrance. Les enjeux sont importants  : relations conjugales, famille, succession, ou organisation d’une entreprise ou d’un emploi, négociations d’un contrat. Souvent, c’est la liberté même qui est en jeu, ou l’honneur. Dans tous ces cas, l’avocat n’est bon que s’il maîtrise la technique et la transcende, s’il discerne outre les enjeux, les désirs profonds du client. COTE  : Et son rôle ? J’imagine qu’il est multiple… M.H.  : L’avocat prête serment, à Genève, d’oeuvrer avec « conscience, dignité, indépendance, et humanité », il défend aussi « sans compromission » les intérêts qui lui sont confiés.Dans un procès pénal, il est le porte-parole de la victime ou de l’accusé. Il est la voix des sans-voix et le rempart contre l’injustice. Dans les affaires civiles, il est un guide, un négociateur, et un confident. Dans tous les cas, il est d’abord à l’écoute de son client. Il arrive qu’il soit pour un temps son ami d’enfance. Par une écoute attentive, il le décharge de son fardeau. La connaissance du droit et la capacité rédactionnelle feront le reste. C’est donc en effet une activité extraordinairement diverse, par laquelle, à tour de rôle, en fonction des circonstances, l’avocat est d’un côté ou d’un autre de la barre des passions humaines. Ce qui n’en fait pas pour autant « une conscience de louage », pour reprendre le mot cruel de Dostoïevski. COTE  : La rémunération des avocats n’apparaît-elle pas parfois choquante, dès lors qu’elle n’est en principe pas en relation avec l’issue de la cause qu’il défend ? M.H.  : Le coût de la justice, le niveau élevé des rémunérations d’avocat choquent parfois. Il fut un temps – le XIX ème siècle - où la profession n’était constituée que de bourgeois bien nantis. Les honoraires, alors, étaient l’expression de la reconnaissance spontanée des clients. Depuis lors, les choses ont changé, en même temps que le barreau s’est démocratisé, ce qui implique que ceux qui l’exercent puissent en vivre. Et comme l’indépendance est une des qualités primordiales de l’avocat, il est non seulement juste, mais aussi nécessaire, qu’il bénéficie d’une situation économique suffisante pour garantir son indépendance. Ceci dit, il n’est pas exact que la rémunération soit indépendante de l’issue de la cause ou de son importance. La réglementation permet souvent à un avocat, et c’est notamment vrai en Suisse, de tenir compte du résultat d’une affaire, soit en cas de succès pour en tirer luimême un avantage, soit dans le cas contraire pour minorer le coût de ses prestations, notamment pour tenir compte de la situation personnelle du client. Il est normal que dans une affaire où les enjeux économiques sont très importants, les honoraires de l’avocat le soient aussi. Il s’impose en contrepartie que dans des affaires où l’enjeu économique est modeste, une affaire de famille difficile ou un procès pénal par exemple, les honoraires soient modérés pour que prévale le principe d’humanité que j’évoquais plus haut. COTE  : What makes a good advocate, in your view ? M.H.  : An advocate (or barrister) is a legal adviser above all. He must master the Law as taught at university and law school, of course, but practical experience makes all the difference. It's not enough to apply your theoretical knowledge to the problems that are put before you. Each problem involves a man and/or a woman experiencing anxiety, anguish, confusion, suffering. There are important issues at stake  : marriages, families, inheritance, the organisation of a business or the definition of an individual job, contractual negotiations. Often, an individual's freedom or reputation is at stake. In every case, a good lawyer is one who masters the situation and is capable of rising above it, to see beyond his client's individual issues and heart-felt desires. COTE  : The barrister's role is increasingly complex, multi-faceted… M.H.  : Barristers in Geneva take an oath to work with'conscience, dignity, independence and humanity.'They also swear to defend their client's interests'without compromise'. In a penal trial, the barrister acts as the spokesperson for the victim (the prosecution) or the accused (the defense). He or she is the voice of those who have no voice ; he stands as a bastion against injustice. In civil cases, he acts as a guide, a negotiator, a confidant. In all cases, he is there first and foremost to listen attentively to his client, and share his or her burden. His legal knowledge and powers of synthesis will do the rest. And so it's an extraordinarily diverse job, in which the barrister may find himself standing oneither side of the'fence'of human passions. But that doesn't make him a'conscience for hire', in Dostoevsky's cruel phrase,either. COTE  : Advocates'fees can sometimes seem shockingly high, particularly when, as a rule, they bear no relation to the outcome of the cause they are defending. M.H.  : The price of justice, and the high fees charged by barristers, can be shocking. There was a time, back in the 19th century, when the profession consisted entirely of wealthy gentleman on private incomes. Fees in this case were a spontaneous expression of their clients'gratitude. Things have changed since then. Anyone can be called to the Bar now, which means that practicing advocates have to be able to make a living. And since independence and impartiality are among the most important qualities for a barrister, it is right – indeed essential – that his income should guarantee his independent status. That said, it is not strictly true to say that a barrister's fee bears no relation to the outcome of a case, or its importance. The rules often allow a barrister – and this is particularly true in Switerland – to take account of the outcome of a case,either to charge more in the event of a successful result, or to discount his fee, frequently to reflect his client's personal financial situation. It seems natural that in a case with huge financial implications, the barrister's fees should reflect that. But this also means that in a case where relatively little money is at stake – a difficult family case or a criminial trial – for example, barristers should moderate their fees, as an expression of the'humanity'I described earlier.



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