COTE Genève n°21 sep/oct 2008
COTE Genève n°21 sep/oct 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de sep/oct 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Les Editions COTE

  • Format : (239 x 301) mm

  • Nombre de pages : 188

  • Taille du fichier PDF : 19,8 Mo

  • Dans ce numéro : Isabelle Adjani en toute intimité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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FEMMES ARTISTES CREATIVE WOMEN 64 Sonia et Robert Delaunay devant la toile de Robert Delaunay « Hélice » (1923). Photo prise lors de l’exposition « Sonia et Robert Delaunay » à la BN en 1977. d’intérieurs. À Neuilly, elle édite des écrivains dadaïstes, elle crée en 1924, les costumes pour Le Cœur à gaz, la pièce de Tristan Tzara. Elle dessine avec Robert les costumes et décors de films de Marcel L’Herbier. En 1932, elle revient à la peinture et participe à Abstraction-Création et en 1939, elle expose aux Réalités nouvelles, galerie Charpentier. À la mort de Robert en 1941, elle rejoint à Grasse ses amis Jean Arp, Sophie Taeuber et Alberto Magnelli. De retour à Paris en 1945, elle se consacre à la reconnaissance de l’œuvre de son mari. En 1964, elle fait don à l’État français de cent quatorze œuvres de Robert et d’elle-même. Avec Louise Bourgeois, on nage à nouveau en plein pathos ! Ne dit-elle pas : « Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que mon anxiété s’exerce sur des formes que je pouvais changer, détruire et reconstruire. » Quand quelqu’un appelle son père Fillette et sa mère Araignée, pas besoin d’être le bon papa Freud pour dire : Attention, psychanalyse ! Si vivre des tensions familiales est le lot de tout à chacun, il n’est donné qu’à un petit nombre d’en faire du grand art et Louise, ce petit bout de femme de presque cent ans aujourd’hui en fait partie ! Louise Bourgeois, qui se dit américaine, naît pourtant à Paris en 1911 et vit son enfance auprès de ses parents restaurateurs de tapisseries anciennes. Après son baccalauréat, elle étudie les mathématiques, puis l’art aux Beaux-Arts et à l’École du Louvre. En 1937, elle épouse l’historien d’art américain Robert Goldwater. Son œuvre met en scène le corps, non pas comme modèle esthétique mais comme le réceptacle d’organes qu’elle rend autonomes, qu’ils soient féminins, seins, vagins, ou masculins, phallus, réalisés dans une grande diversité de matériaux, les plus nobles comme le marbre et le bronze, mais aussi les plus communs - plâtre, cire, résine, matière plastique - afin de donner à ces sculptures le caractère intime des parties du corps qu’elles évoquent. Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, l’œuvre de Louise Bourgeois réveille en nous un mélange d’effroi et d’émerveillement. On peut dire que l’art d’Annette Messager prend sa source dans Mai 68 et qu’à sa façon, elle est l’un des éléments du mouvement de libération des femmes. Elle naît en 1943 à Berck-sur-Mer et choisit d’étudier l’art à Paris, aux Arts Décoratifs plutôt qu’aux Beaux-Arts, deux institutions où elle est admise. Elle dit d’ailleurs avec une septembre-octobre 2008 www.cote-magazine.ch In 1888 she received a Société Nationale prize for her sculpture Sakountala. Thanks to her dealer Eugène Blot, she was given her first retrospective in 1905, with texts written by her brother Paul, then another in 1909. In 1913 she was committed to a mental hospital where she remained until her death in 1943, believing herself persecuted by « Rodin’s band ». Whatever happened to this artist that Octave Mirbeau declared to be « the greatest female genius of her time », that she should live a living death for more than 30 years, her anonymity dispelled only by a little retrospective organised by the Association des Femmes Artistes Modernes in 1934 ? What made an artist with such temperament go silent ? A lover too famous, a family too reactionary, a psychiatric system too harsh ? Fortunately Sonia Delaunay’s destiny was not so dire. From Ukraine she retained a nostalgia for colour. She said: « I’m attracted to pure colour. The colour of my childhood. The colour of Ukraine. Memories of peasant weddings in my homeland. » Like many Russian artists in the early 20th century, Sonia was deliberately modern, starting with the way she chose to live her life: she married solely in order to stay in Paris then divorced to wed Robert Delaunay in 1910. When in 1913 she painted her « simultaneous » masterpiece Le Bal Bullier, she also made her first « simultaneous dress », thereby linking the noble art of painting with the profession of couture. She tackled the book as object with Blaise Cendrars and designed posters for Zenith, Pirelli and others. In 1917 Russia’s revolutionaries confiscated her assets so she earned her living designing dresses and interior decoration. She published Dadaist writers in Neuilly and in 1924 designed the costumes for Tristan Tzara’s play The Gas Heart. With Robert she designed costumes and sets for some of Marcel L’Herbier’s films. In 1932 she tookup painting again and participated in Abstraction-Creation then in 1939 she exhibited at the Charpentier gallery’s Réalités Nouvelles. When Robert died in 1941 she joined her friends Jean Arp, Sophie Taeuber and Alberto Magnelli in Grasse. Returning to Paris in 1945 she devoted herself to obtaining recognition for her husband’s work and in 1964 she donated 114 works by Robert and herself to the French state. © RUE DES ARCHIVES/AGIP
Annette Messager, « Chimères », 2007. Courtesy Galerie Marian Goodman Paris/New York. certaine fierté avoir été renvoyée de son école. Mettant en cause la construction sociale des genres, dont elle souligne le caractère factice, elle n’épargne pas la peinture et par là même, la condition de femme-artiste. Elle l’explique : « Mai 68 est arrivé et j’ai réalisé que la peinture était finie, qu’il fallait travailler avec le quotidien, avec ce qui se passe, qu’il me fallait en passer par l’intime. À ce moment-là, l’intime était très mal vu, ou plutôt pas vu du tout. » Elle va alors abandonner les matériaux conventionnels pour travailler avec la matière chronique du quotidien. Le cliché, l’expression populaire se matérialisent sous diverses formes, objets, albums de photographies contenant des coupures de journaux, constituant des collections à thèmes où elle utilise son propre nom mais d’une façon impersonnelle. Elle colle, recopie, rature et cette mascarade n’affecte pas que l’humain, des animaux, eux aussi, sont à leur tour dénaturés… Alors, au regard de ces femmes qui ont lutté pour que leur art soit reconnu au même titre que celui des hommes, où en sont les artistes femmes aujourd’hui ? Peut-on vraiment parler d’égalité ? Si on se place à l’échelon international peut-être. Ne cite-t-on pas abondamment les Marlene Dumas, Cindy Sherman, Elizabeth Peyton ? En Europe c’est moins évident, bien qu’on remarque davantage de noms féminins dans les expositions de groupe. Mais que dire alors de ce dialogue que relate Marie Darrieussecq, écrivaine ? Il s’agit des propos de Xavier Veilhan qu’elle a lus dans le catalogue consacré au peintre Jean-Marc Bustamante (collection La Création contemporaine, éditions Flammarion, 2005). Christine Mancel (Dyonisiac, 2005, Centre Pompidou) demande à Veilhan pourquoi les femmes « ne tiennent pas la distance », pourquoi si peu « dépassent les dix ans ». « Vous (Bustamante, Veilhan ou Thomas Hirschhorn,ndlr), vous produisez beaucoup, vous expérimentez dans des dimensions différentes, il y a une sorte de flux. Je me demandais récemment pourquoi ce n’était pas le cas chez les femmes. » Réponse de Veilhan : « (…) Oui, l’homme a besoin de conquérir des territoires, la femme trouve son territoire et elle y reste... Les femmes cherchent un homme, un homme veut toutes les femmes. La femme, dès qu’elle a trouvé son territoire, elle y reste... Les hommes sont toujours dans la recherche de territoires vierges. » Égalité ? La route est encore longue hélas ! PHOTOGRAPHIE MARIE CLÉRIN, 2007. Louise Bourgeois’s story takes us into the depths of pathos again. She herself said: « To express the unsupportable family tensions I had to exercise my anxiety on forms I could change, destroy and reconstruct. » When someone calls their father Girlie and their mother Spider you don’t have to be a Freud to think: psychoanalysis ! Although living with family tensions can be anyone’s lot, only a very few have the gift of turning it into great art ; Louise, now a little old lady of nearly 100, is one of those. Louise Bourgeois says she’s American but was born in Paris in 1911 and spent her childhood with her parents, who were antique tapestry restorers. After her baccalauréat she studied mathematics, then art at the Beaux-Arts and École du Louvre. In 1937 she married the American art historian Robert Goldwater. Her work focuses on the human body, not as an aesthetic model but as the receptacle of organs that she renders autonomous ; female organs (breasts, vaginas) and AU REGARD DE CES FEMMES masculine organs (phalluses) created ‘‘ QUI ONT LUTTÉ POUR QUE LEUR from extremely diverse materials, the ART SOIT RECONNU AU MÊME most noble (marble, bronze) but also the TITRE QUE CELUI DES HOMMES, most ordinary (plaster, wax, resin, plastics), imbuing her sculptures with the OÙ EN SONT LES ARTISTES intimacy of the body parts they represent. We may love it or hate it but Louise FEMMES AUJOURD’HUI ? PEUT-ON VRAIMENT PARLER D’ÉGALITÉ ? Bourgeois’s oeuvre awakens a mixture » of dread and wonderment in us all. We can say that the source of Annette Messager’s art is May ‘68 and that in her own way she is a part of the women’s liberation movement. Born in 1943 in Berck-sur-Mer, she was accepted by both the school of fine arts and the school of decorative arts in Paris but chose the latter, somewhat proudly stating that she was later thrown out of it. She points her finger at the social construction of gender, highlighting its contrived nature, without sparingeither painting or consequently the condition of women artists. As she explains: « May ‘68 arrived and I realised that painting was finished, that I had to work with everyday life, with what is happening, and that I had to do that through the personal. At that time the personal was really looked down on, or rather it wasn’t looked at at all. » So she abandoned conventional materials to work with the « media material » of everyday life. Clichés and popular expressions are materialised in diverse forms – objects, photo albums of snippets from newspapers etc – constituting themedcollections in which she uses her own name but impersonally. She pastes, copies and scratches out, creating a travesty that affects not only human beings since animals too are in turn « denatured ». So returning to those women who fought for their art to be recognised alongside men’s, what is the position of women artists today ? Can we honestly talk of equality ? On an international level perhaps – aren’t the Marlene Dumas, Cindy Shermans and Elizabeth Peytons of this world talked about abundantly ? In Europe the situation isn’t so clear, although we are seeing more women’s names in group exhibitions. So what about the following dialogue that the writer Marie Darrieussecq read in a catalogue of the painter Jean-Marc Bustamante (« La Création contemporaine » collection, Flammarion, 2005) ? Christine Mancel (Dyonisiac, Centre Pompidou, 2005) asks Xavier Veilhan why female artists « don’t last the distance », why so few « are still in the running after 10 years ». « You [Bustamante, Veilhan, Thomas Hirschhorn ; Ed] are enormously productive, you experiment with different dimensions, there’s a sort of flow. I was wondering recently why the same isn’t true of women. » Veilhan replies: « Yes, men need to conquer territories, women find their territory and stay there. Women seek one man, men want all women. When a woman finds her territory she stays there. Men are always seeking virgin territories. » Equality ? Alas, there’s stilla long road ahead ! septembre-octobre 2008 www.cote-magazine.ch FEMMES ARTISTES CREATIVE WOMEN 65



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