COTE Genève n°21 sep/oct 2008
COTE Genève n°21 sep/oct 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de sep/oct 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Les Editions COTE

  • Format : (239 x 301) mm

  • Nombre de pages : 188

  • Taille du fichier PDF : 19,8 Mo

  • Dans ce numéro : Isabelle Adjani en toute intimité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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FEMMES ARTISTES CREATIVE WOMEN 58 ENTRETIEN mais à la théorisation de leur pratique. Quand on ne peut pas aller discuter dans les cafés, passer la nuit dehors, installer son chevalet à l’extérieur du fait de lourds interdits sociaux, on voit à quel point les réseaux féminins qui se développent à cette époque vont être déterminants. Certaines vont partager des ateliers, des appartements quand elles viennent de l’étranger, d’autres des cours, des voyages d’études, etc. Quel est le profil des femmes artistes à cette époque ? La lente et progressive intégration des femmes dans l’art de la première moitié du XX e siècle a défini différentes stratégies de carrière. Les unes ont adopté la tradition pour bénéficier de ses filières officielles. D’autres, en rupture avec leur pays ou leur famille d’origine, ont bataillé pour s’engouffrer dans la modernité. D’autres, enfin, ont choisi d’emblée ces nouveaux moyens d’expression qu’étaient la photographie, la danse, le cinéma, où tout était à inventer. On voit des femmes pratiquer la photo dès les années 1850 puis massivement dans les années 20. C’est un art véritablement nouveau : les femmes le pratiquent volontiers parce qu’il n’y a pas de maîtres, qu’il est accessible à peu de frais et que son appareillage est plus léger que la peinture ou la sculpture. Enfin, la vie moderne, qu’il s’agisse de la mode ou de l’architecture, du reportage ou de la publicité, s’incarne magistralement dans le cadre photographique. Le phénomène se reproduira dès les années 70 avec l’émergence de la vidéo. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, on parle enfin de « création » à proprement parler… C’est exactement ça. Après le désastre absolu de la Seconde Guerre mondiale, les utopies ont fait place à la désillusion. Certes, la République a donné aux citoyennes le droit de vote, mais les catégories artistiques d’avant-guerre ont volé en éclats, rendant invisibles les regroupements du passé, les revendications, etc. Il y a comme une régression. En France, dans les années 50-60 qui connaissent une modernisation brutale et rapide, les femmes sont renvoyées à la maison, confinées à la sphère domestique et à l’« élevage » des enfants. La nouvelle génération d’artistes qui surgit après 1945 n’en est pas une, au sens où elle ne fonde nulle communauté féminine, au contraire des précédentes. Certaines vont pourtant envisager le métier d’artiste de façon égalitaire et tenter d’inscrire leurs travaux en singularité dans un particularisme esthétique des genres et des pratiques. Avec le souci pour quelques-unes d’éliminer tout ce qui ressemble au monde objectif, de « rechercher le vide », comme par exemple, Aurelie Nemours, dont l’alphabet plastique se réduit à la ligne horizontale ou verticale, à l’angle, au carré et à la croix. Vous citez Niki de Saint Phalle comme « la compagne de route » idéale du mouvement de libération des femmes Niki de Saint Phalle a toujours plus ou moins nié le caractère féminin de son travail qui coïncide pourtant avec les actions du mouvement de libération des femmes. Mouve-ment qu’elle a anticipé de peu d’ailleurs en revendiquant la violence et l’agressivité, avec ses premières œuvres où elle incite les spectateurs à lancer des fléchettes ; puis par l’utilisation du tir à la carabine sur des cibles-tableaux ou en créant une image forte et ludique des femmes avec ses Nanas en 1964. C’est quelqu’un d’assez fascinant dans le sens où elle a su faire du caractère privé de son œuvre quelque chose de profondément artistique. En 68, les femmes artistes sont pourtant invisibles et absentes des expositions ou des textes fondateurs. On aurait pu penser le contraire Aujourd’hui, on dit que la grande victoire de 68, c’est le féminisme. C’est vrai mais avec un petit effet retard. C’est justement parce que les femmes n’avaient aucune place dans les débats, dans les manifs, ou étaient seulement considérées comme des égéries, des muses ou des secrétaires, qu’elles se sont révoltées en décidant de se réunir entre elles, rejouant de ce fait les expériences du début du siècle de leurs aïeules. Comment expliquer que les femmes qui ne veulent pas produire de « l’art féminin » sont les premières à utiliser leur corps et leur féminité dans leur œuvre ? septembre-octobre 2008 www.cote-magazine.ch © MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE DIJON. PHOTOGRAPHIE FRANÇOIS JAY Louise Breslau, « Portrait de l’artiste jeune », 1882. Fusain, sanguine et craie blanche, 45 x 38 cm, inv. 3092. groupings and demands etc invisible. There was a sort of regression. In France during the 1950s-60s, which experienced rapid and brutal modernisation, women were sent back into the home. The new generation of artists that appeared after 1945 wasn't really one, meaning it didn't found a female community in the way preceding generations had. Some women nevertheless envisaged the profession of artist in an egalitarian way and attempted to integrate their individual work into aesthetically specific genres and practices. Some of them even strove to eliminate everything that resembled the objective world, to "seek the void", for example Aurelie Nemours who reduced her aesthetic alphabet to the horizontal and vertical line, the angle, the square and the cross. You cite Niki de Saint-Phalle as the women's liberation movement's ideal "fellow traveller". Niki de Saint Phalle always more or less denied the feminine nature of her work, which nevertheless coincided with the women's liberation movement's activities ; she even anticipated that movement slightly by claiming a right to violence and aggressiveness, through her first works in which she incited spectators to throw darts and then by shooting at her picture targets with a rifle. She's pretty fascinating in the sense that she succeeded in turning the private nature of her work into something profoundly artistic. Yet in'68 women artists were invisible and absent from the exhibitions and manifestos. We might have expected the opposite. Today people say that the great victory of'68 was feminism. That's true but it was a little delayed. It's precisely because women played no part in the debates and demonstrations or were only seen as muses, helpers or secretaries that they revolted and decided to join forces, thereby repeating their forebears'experiences at the turn of the century.
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