Correspondances ferroviaires n°7 jun/jui 2003
Correspondances ferroviaires n°7 jun/jui 2003
  • Prix facial : 8,50 €

  • Parution : n°7 de jun/jui 2003

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : LR Presse

  • Format : (212 x 278) mm

  • Nombre de pages : 76

  • Taille du fichier PDF : 71,4 Mo

  • Dans ce numéro : de l'Est à la SNCF...

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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66 - Correspondances n°7 Devant mon incompréhension évidente, il répète, avec une sorte de complicité égrillarde  : Bilighit Baldat, tout en mimant des mains, au niveau de la poitrine puis des hanches, des formes agréablement arrondies. - Ah, Brigitte Bardot ? - Evet ! evet ! Puis, partant d'une tonitruante rigolade, il m'assène une énorme claque amicale sur l'épaule, comme si, étant Français, j'avais automatiquement le privilège de bénéficier des faveurs de notre sexe-symbole national. Pour lui, en somme, je suis un sacré veinard. À l'époque je ne connaissais pas un seul mot de turc et pas grand-chose sur le pays et ses habitants. Ce n'est que des années plus tard que je prendrai un intérêt profond et enthousiaste pour ce peuple, sa langue, son histoire et sa culture. Toujours est-il qu'avec mes quatre nouveaux compagnons, je ne dispose pour le moment que du langage des gestes pour communiquer, et pourtant, cela suffira merveilleusement. Je ne me rappelle pas tous les sujets que nous avons abordé ce jour-là, mais je sais que nous avons presque été en mesure d'échanger des idées sur chacun. Vers la mi-journée, le train s'arrête pour la énième fois dans une toute petite gare, au coeur de ce qui semble être un village. S'étant renseigné, l'un de mes moustachus me fait comprendre, en me montrant sa montre, que nous en avons pour près d'une heure avant de repartir. Aussi me propose-t-il de m'emmener à la çay lokantasi du coin, une sorte de maison de thé faisant gargote, à quelques mètres du quai. Je fais part de l'invitation au Pakistanais, mais celui-ci préfère attendre dans le compartiment. Je lui confie donc la garde de mon baldat, pardon, mon barda, et je rejoins les autres. Nous pénétrons dans un bouge sombre et enfumé, où il n'y a absolument que des hommes. Tous sont coiffés d'immenses casquettes et dégustent tranquillement leur thé abondamment sucré çok sekerli, comme je l'aime. Nous commandons quelques bôrek, délicieux beignets frits fourrés au beyaz peynir, l'équivalent de la feta grecque que nous emportons, avec nos verres de thé, pour les consommer dehors, sur ce qui sert de terrasse. Continuant notre conversation mimée, l'un de mes compagnons il se prénomme Orhan et ses amis l'appellent respectueusement Orhan Bey me tapote les épaules et me fait comprendre qu'il ne me trouve pas trop chétif. - Sport ? demande-t-il. - Evet, rétorqué-je. J'ai au moins appris comment dire oui. - Ben pehlivan, ajoute-t-il en se désignant. Alors, légèrement arc-bouté, les pieds écartés et les deux mains en avant, il se place dans la position en garde du lutteur. Ce qui ne m'étonne pas du tout  : l'homme a quatre ou cinq centimètres de moins que moi, mais un gabarit de livreur d'enclumes. Il a l'air, comment dit-on déjà, oui c'est ça  : fort comme un Turc ! Il se trouve que j'ai fait un peu de lutte gréco-romaine, deux ans auparavant. Cela a duré quelques mois, jusqu'à ce qu'un doigt malencontreusement cassé en moto me force à interrompre cette activité qui démarrait bien. Et c'est à l'âge de trente ans que je reprendrai pour de bon ce sport merveilleux, en style libre, pour le pratiquer jusqu'à mon quarante-neuvième anniversaire. Je lui fais donc comprendre que, moi aussi, j'ai fait de la lutte, sans, bien sûr, être en mesure de préciser le caractère rudimentaire de mes compétences. Avec une exclamation de surprise joyeuse, il me plaque aussitôt une main sur la nuque et, de l'autre, m'agrippe le triceps gauche. Je ne peux donc que l'imiter, et nous voilà tous deux en train de virevolter dans la poussière du terre-plein, sous les rires et les applaudissements ravis de deux bonnes douzaines de spectateurs. Heureusement pour moi, la démonstration ne va pas plus loin que le stade de cette ronde d'échauffement, mais elle aura suffi à me valoir la soudaine estime de ces gens, dont la lutte est le sport national. Nous remontons dans notre voiture et le train reprend sa route. Tout au long de l'après-midi, nous traversons, presque au pas, d'innombrables villages, tandis que les voies adjacentes à notre convoi sont encombrées par des ribambelles de marmaille souriante. Nous apercevons également bon nombre de soldats, dépenaillés et désoeuvrés, car le pays est en plein soulèvement militaire. Celui-ci aboutira au renversement, puis à l'exécution l'année suivante du premier ministre Adnan Menderes. Pourtant, nulle part durant mon court séjour je ne remarquerai le moindre trouble. Et puis soudain  : Kara Deniz, la Mer Noire et ses myriades d'embarcations apparaissent à nos regards. Nous sommes à Yesil Kôy, le village vert, en banlieue d'Istanbul, où nous arrivons finalement une vingtaine de minutes plus tard, après avoir aperçu quelques vagues vestiges de la muraille de Constantin. Je débarque enfin dans cette fameuse gare, que j'ai vue si souvent dans les films sur le prestigieux Orient Express. Mon tortillard n'avait certes rien de prestigieux, mais il m'a rendu, j'en suis convaincu en cet instant, un fier service. Et je suis soudain sacrément soulagé de me trouver là. Alors, tandis que le mécanicien de notre bonne vieille locomotive purge ses cylindres dans un sifflement de vapeur triomphant, le chef de gare, glorieusement moustachu, comme il se doit, qui surveille diligemment l'arrivée des voyageurs de derrière le Rideau de Fer, me salue d'un cordial  : - Istanbula hos geldiniz Efendim, bienvenue à Istanbul, Monsieur. Et moi, au lieu de répondre Hos bulduk, comme c'est la coutume, je me contente, faute de mieux, d'un  : - Thank you vert'much, Sir. Mais, croyez-moi, le coeur y était ! Alexandre Zelkine Photographe en Israël, chanteur de protest-songs outre-Atlantique à l'époque de la guerre du Viet-Nam, traducteur polyglotte au Québec, guide interprète dans une URSS qui était en train de redevenir la Russie, la vie d'Alexandre Zelkine s'est passée"sur la Route"et ressemble à un roman de Kerouac !
"Istanbula hos geliliniz" "Orthan Bey, fort comme un Turc" DENIZCILIK BANKASI T. A. O. D ENIZY AM i*LET ta E Si fiXPLOIT A 110N DENCLYOLLARI Us, Correspond



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