Correspondances ferroviaires n°7 jun/jui 2003
Correspondances ferroviaires n°7 jun/jui 2003
  • Prix facial : 8,50 €

  • Parution : n°7 de jun/jui 2003

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : LR Presse

  • Format : (212 x 278) mm

  • Nombre de pages : 76

  • Taille du fichier PDF : 71,4 Mo

  • Dans ce numéro : de l'Est à la SNCF...

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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60 - Correspondances n°7 rapidement la raison. Comme ma physionomie de Russkoff laisse généralement mal déceler ma francité, surtout à l'étranger, et que rares sont, à l'époque, les visiteurs russes en Yougoslavie, on ne peut me prendre que pour un Allemand... En 1960, les souvenirs qu'ont laissés les armées d'occupation dans le pays sont encore cruellement vivaces et les sentiments de la population locale à leur égard demeurent assez inamicaux. Aussi c'est la tête presque rentrée dans les épaules que je continue ma promenade, sous les regards haineux de la foule. Je suis alors accosté par un gamin d'une douzaine d'années, aux yeux intelligents et rieurs et les pieds nus qui, ayant repéré l'étranger un peu dépaysé et poire potentielle, me propose, en un allemand plus que rudimentaire, ses services de guide. Il ne manque pas, bien sûr, de s'étonner en m'entendant lui répondre dans une langue proche de la sienne. Nous voilà donc, déambulant côte à côte, lui me commentant certains sites, tandis que je le photographie. Pendant ce temps, sur notre route, ses compatriotes ne cessent de l'exhorter impérativement à me laisser tomber. Comme je continue à le mitrailler, il me demande s'il lui serait possible d'avoir quelques-unes de ces photos. - Aucun problème, inscris-moi ton nom et ton adresse, lui dis-je, en lui tendant mon carnet et un crayon. Mais à peine a-t-il commencé à écrire qu'à ma plus grande stupeur, nous sommes en un clin d'oeil encerclés par une foule menaçante et vociférante. Certains, particulièrement excités, entreprennent même de me molester. Je riposterais bien, car la plupart de ces abrutis me paraissent plutôt faméliques, mais ils sont tout de même trop nombreux. Et puis, ce serait probablement très mal vu. Par ailleurs, la castagne, quand on est encombré d'un équipement photographique, ce n'est pas l'idéal. Attiré par cet attroupement intempestif et bruyant, survient alors, non pas une dame de charité comme dans la chanson, mais un jeune flic qui, après avoir dispersé la foule de quelques coups de gueule, me demande mes papiers. Ayant pris connaissance de ma nationalité, il ajoute, dans un français impeccable  : - Vous faites des photos de cet enfant qui est pieds nus. Vous allez les publier chez vous et faire une mauvaise publicité pour notre pays. Suivez-moi, je vais contacter mes supérieurs afin de savoir quoi faire à votre sujet. "Nous approchons de la frontière bulgare" Et nous voilà en route à la recherche d'un téléphone. En chemin, j'apprends qu'il étudie à l'université et que, pour payer ses études, il travaille comme milicien quelques heures par jour. Puis il ajoute avec acrimonie  : - J'espère que vous n'êtes pas un partisan de la politique du général de Gaulle ? Je n'ai jamais été gaulliste, tant s'en faut, mais j'avoue qu'à ce moment, j'éprouvais presque quelque sympathie pour le grand Charles. Nous parvenons à une sinistre et monumentale cafétéria, dans un style typiquement stalinien, où il sait pouvoir trouver une cabine. - Attendez-moi ici, dit-il dans l'entrée, je vais téléphoner à mon chef. Me doutant fort bien de ce que seront les consignes, je m'empresse alors de subrepticement rembobiner ma pelloche et de la remplacer par un film vierge. Et en effet, revenant vers moi, le petit flicaillon m'intime l'ordre de lui remettre la bobine qui se trouve dans mon appareil. Je m'exécute en protestant avec véhémence, pour la forme. Puis, s'enquérant consciencieusement de mon lieu d'hébergement, - qu'il m'était difficile, sur le coup, de dissimuler, il m'autorise enfin à disposer. On comprendra qu'ayant de la sorte berné un représentant des forces de l'ordre titistes, je ne tenais pas particulièrement à ce que ses collègues, éventuellement plus professionnels, s'en aperçoivent en développant le film, pendant que j'aurais été encore à leur merci. C'est pourquoi je me dis que, l'auto-stop étant un moyen provisoirement trop aléatoire pour m'extirper du pays au plus vite, mieux vaut pour moi quitter bioutifoul Belgrade par la voie ferrée. C'est de toute façon ce que j'ai prévu comme moyen de transport pour la Bulgarie, l'auto-stop y étant carrément interdit. Je commencerai donc un peu plus tôt que prévu, voilà tout. Dès l'aube, le lendemain, après une nuit plutôt inconfortable sur une table de bibliothèque au Centre Culturel français, j'achète mon billet en classe la moins chère et me retrouve attendant fébrilement le moment de grimper discrètement dans le train pour Sofia. Afin de tromper ma nervosité, je prends quand même - avec cette fois un maximum de prudence - quelques photos de la vive agitation qui règne sur les quais, tandis que de magnifiques locomotives, des 231 et des 232 de fabrication allemande pour la plupart, passent lentement devant moi,
"Une antique locomotive décorée de guirlandes de branchages" "De fréquents travaux de voie" "Des fonctionnaires faussement bon-enfant", L1ECt. OD,11WHIIHAT OT "Dragoman : une gare rustique investie par les poules" Correspond, ces n°7 - 61



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