Correspondances ferroviaires n°2 jui/aoû 2002
Correspondances ferroviaires n°2 jui/aoû 2002
  • Prix facial : 8,50 €

  • Parution : n°2 de jui/aoû 2002

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : LR Presse

  • Format : (212 x 278) mm

  • Nombre de pages : 76

  • Taille du fichier PDF : 95,2 Mo

  • Dans ce numéro : chemin de fer du Nord.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Nouvelle de MAURICE LEMOINE Ir fr out de suite après s'être hissé dans la voiture, le contrôleur prit l'atmosphère du train. Le collègue étant descendu en tête et lui monté en queue, ils ne se croisèrent pas. Dommage, ils se connaissent, ils auraient pu échanger quelques mots sur le match de la veille, oh peuchère, un sacré match de rugby, con. Même si leur équipe favorite avait été battue. Pour une fois que le match était télévisé... De toute façon, elle méritait de gagner, on pouvait le dire sans être chauvin. L'essai de la trente-cinquième minute, avé le déploiement de toute la ligne d'avants... Oh, boudiou. Le collègue aurait pu aussi, et même surtout, lui donner les consignes de la relève. Lui signaler les groupes éventuels, les cas particuliers. Mais ils s'étaient ratés. Ce n'était pas très grave au demeurant. Il jeta un coup d'oeil afin de s'assurer que les voyageurs qui venaient de monter avaient trouvé leur place, que chacun était bien installé. Question confort, il faisait plutôt tiède. Par les portières ouvertes, la canicule s'était glissée. En état, dans le Midi, les gens aiment la chaleur, mais il suffit qu'ils montent dans le train pour lui préférer la fraîcheur. Les gens sont comme ça. En revanche, au départ de Paris, dans un TGV, ils vous diront toujours qu'ils ont un peu froid. Ils se sont couchés tard, ont préparé leurs valises jusqu'au dernier moment, se sont levés très tôt, ont peu dormi, de ce fait, ils ont froid. On monte légèrement la température. Les thermostats sont faits pour cela. Dans un doux glissement, la gare se déplaça lentement vers l'arrière, puis disparut. Le fonctionnaire reprit tranquillement sa progression le long de l'allée centrale. Il ne cherchait rien, il observait, sentait vite dans le regard si quelqu'un se trouvait en difficulté. Alors, il se mettrait à sa disposition. En apparence, pas de difficulté particulière sauf bien sûr, un remue-ménage qu'il perçut tout de suite en pénétrant dans la voiture 13. Il ne fallut pas cinq secondes pour qu'il se retrouve bombardé arbitre dans une guerre des valises qui avait peu à voir avec une bataille d'avant  : - Monsieur, je suis désolé, j'ai réservé la place 32, voilà mon billet, le rack à bagages, au-dessus, est totalement monopolisé. Regardez, je n'invente rien ! Un jeune type aux cheveux blonds délavés haussa les épaules, tranquillement méprisant. - On est arrivé les premiers, on s'installe, normal. Le contrôleur estima l'étendue des dégâts. Pas possible, ils déménageaient, ces jeunes gens ! - Monsieur, un voyageur a droit à un bagage de moins de trente kilos. - Oh ! On n'est pas dans un avion. - On vole plus bas, je vous l'accorde, mais il y a quand même un règlement. - Oui, bah, je vais pas les prendre sur mes genoux, quand même ! - Vous avez un emplacement à bagages, au bout de la voiture. Utilisez-le, et je fermerai les yeux sur le supplément. - Vous fermerez les yeux... C'est la meilleure, celle-là. - Soyez gentil, cette dame a droit à un espace pour son petit sac. - Ah, putain, le troisième âge... 66 - Correspondances n°2 Le jeune se leva de mauvaise grâce et entreprit de libérer le rack. Sa compagne, méchamment vissée sur son siège, jetait au ciel des yeux excédés. Le contrôleur resta sur place, attentif et souriant, repensant vaguement au coup de pied franc de la vingtseptième minute. Avé un peu de chance, le sort du match en eût été changé. Puis il revint au centre du terrain. Ou plutôt, du train. Il voyait de tout dans ce métier. En matière de bagages, il avait eu, pour ne prendre que les derniers exemples lui venant à l'esprit, un vélo démonté, des roues de voiture, un poste de télévision, une machine à laver. Un singe qui lui était monté le long de la jambe et lui avait collé une trouille terrible. Des hippies conviviaux en diable, promenant leurs rats sur l'épaule, flanquant une petite panique dans une voiture à compartiments. Des quantités d'alcool, aussi, sur Vintimille. Des bouteilles de gaz à l'aide desquelles un petit groupe de campeurs se firent chauffer un certain matin, dans l'étroit boyau du couloir, un petit-déjeuner. C'est interdit. Le plus extraordinaire, c'était sur le Paris-Istanbul. A chaque départ, il se demandait ce qu'il allait trouver. Un jour, il était tombé sur un voyageur qui partait en Yougoslavie et tentait de monter... une moto. Un excédent de bagages, je veux bien, mais il y a quand même des limites. Il était intervenu, pour des raisons de sécurité. D'autant que, pendant ce temps, les fourgons voyagent vides. N'empêche, les fabricants de sacs voyaient de plus en plus grand. Le jeune revint, après deux allers-retours qui lui permirent de transbahuter son chargement. Il se laissa tomber sur son siège, jeta au contrôleur un regard dénué d'aménité. Celuici se pencha gentiment vers la fille qui l'accompagnait et, avé son bon accent du Midi  : - Vous venez chez nous, l'été, vous avez besoin d'une serviette, d'un maillot, et encore, sur certaines plages, le maillot est facultatif. Essayez de voyager léger. Il releva sa casquette, se lissa les cheveux et repartit vers l'avant du convoi, légèrement soucieux. La semaine suivante, son équipe jouait le Toulouse RC en 8e de finale et, manque de chance, il avait un roulement. Entre train et rugby, fallait souvent choisir, c'est le seul aspect de son métier peut-être qui le chagrinait vraiment. Car dans ce match infernal, malheureusement, c'est toujours le chemin de fer qui l'emportait. Sans être chauvin, face à la toute-puissance de la SNCF, le rugby ne faisait pas le poids. Il remontait les quatre-vingt-huit places assises de chaque voiture de 2e classe, sa pince à la main. Le voyant arriver, certains voyageurs anticipaient, préparaient leurs billets. D'autres, les petites tables rabattables logées dans le dossier des sièges dépliées devant eux, pris par la lecture d'une revue, ne découvraient sa présence qu'au dernier moment. Commençait alors une fébrile recherche dans toutes les poches, celles des vêtements comme celles des sacs - sauf dans la bonne, évidemment. Observant discrètement la portion de voiture qu'il lui fallait encore parcourir, le contrôleur attendait patiemment. Un homme mûr, en cravate, le fixa brièvement, clignota des yeux, regarda par terre, puis le fixa à nouveau, visage fermé. Le contrôleur sourit intérieurement. D'un seul regard il était capable de déceler un voyageur en infraction.
I I j 1 Se rapprochant, il soupesa l'individu. Allure aisée, visage cassant. Il tendit la main, détailla sans surprise le document présenté. - Votre billet n'est pas composté, monsieur. L'homme ne fit aucun effort pour se montrer aimable ou même simplement désolé. - J'ai eu à faire, j'ai oublié. - Un billet doit être composté. - Excusez-moi, mais je n'ai pas que ça à penser. Je ne suis pas fonctionnaire, moi ! - Des tas de voyageurs qui ne sont pas fonctionnaires compostent leurs billets. Une poussée d'adrénaline empourpra le visage du contrevenant. Vous n'allez pas me faire tout un cinéma pour un simple oubli ! Le contrôleur avait sorti son carnet à souches, sans un mot. - Ah ! Pour coller des amendes, vous êtes forts, hein, mais pour respecter les horaires... Le buste penché au-dessus de l'allée centrale, l'homme prit ses voisins immédiats à témoin  : - J'habite en banlieue. Je vous conseille de prendre le train, en banlieue ! En un mois et demi, six retards supérieurs à une heure ! Et là, je peux vous dire, on ne les voit pas les contrôleurs, ils se font tout petits ! Soucieux de conserver son calme, le contrôleur inspira longuement, comme on le fait avant de frapper un coup de pied.4, il > 4>e, - te,Arere ir/,'11'  : r Illustration de JEAN-MICHEL REGAD arrêté. Il reprit la rédaction de la contravention. L'autre s'excitait tout seul. - Six retards en un mois et demi ! Pourquoi imprime-t-on des horaires ? Il n'y a qu'à indiquer qu'il y a des trains qui passent sur la ligne et c'est tout ! - Vous me réglez en liquide, monsieur ? - Sûrement pas. - Alors, je vais vous demander une pièce d'identité. D'une certaine manière, lorsque le contrevenant le prenait ainsi de haut, la tâche du contrôleur s'en trouvait simplifiée. Il est plus difficile, avec des gens aimables et de bonne foi, de concilier clémence et encaissement. Beaucoup descendaient en vacances et possédaient peu d'argent. Il le décelait immédiatement à la rusticité de leurs bagages, à la façon dont ils étaient vêtus. Ce qui n'empêchait, en tout état de cause, que le règlement doit être appliqué. Comment se montrer indulgent sur une ligne comme celle-ci ? Enormément de voyageurs. A Montpellier, il allait en monter trois cents, en descendre deux cents à Béziers, en remonter cinquante plus loin, pas le temps de contrôler tout le monde, si vous laissiez glisser les compostages ce n'était même plus la peine, autant demeurer assis. Parce que, en plus, fallait vivre. Il y a le traitement tel qu'il est prévu dans la grille, fondé sur l'ancienneté, le niveau et l'indice. Ensuite, les déplacements, les heures de nuit. Enfin, ce qu'on appelle les primes de perception, 4% ou 10% en fonction de l'argent récupéré. Plus le contrô- Correspondances n°2 - 67



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