Coopération n°47 22 nov 2016
Coopération n°47 22 nov 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°47 de 22 nov 2016

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Coop Société

  • Format : (215 x 297) mm

  • Nombre de pages : 132

  • Taille du fichier PDF : 41,7 Mo

  • Dans ce numéro : bon pour la mémoire, entrez dans la danse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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LA GRANDE INTERVIEW Autrefois, il était impensable pour moi d’admettre que je n’arrivais pas à faire certaines choses ou que j’étais fatiguée. Aujourd’hui, je reconnais que je suis faillible, comme tout être humain. À quel moment avez-vous su que votre album serait consacré à la condition de la femme ? J’ai d’abord commencé par me demander comment et où le créer. Puis j’ai reçu les premières propositions de chansons et de textes  : Ma tristesse est n’importe où, que j’aime particulièrement, Cogne et La maison en bord de mer. Le jeune directeur artistique m’a demandé s’il m’était possible de les chanter. J’ai répondu « bien sûr ! », ce sont des thèmes d’actualité et qui touchent la femme que je suis. Avez-vous déjà été confrontée à la violence domestique ? J’avais déjà chanté Cogne, il y a quelques années, pour une campagne contre la violence envers les femmes. À l’époque, j’avais hésité, me disant que ce ne serait pas une chanson qui empêcherait un homme de frapper sa femme. Puis j’ai compris qu’il fallait libérer les femmes de la peur et de la honte de parler de ce qu’elles avaient vécu. C’est pour cela que j’aborde aussi l’inceste. Il faut briser le tabou qui entoure ces thèmes dans le débat public. Votre manière de chanter, intimiste et lancinante, sert parfaitement ces sujets. Je ne me suis pas retenue en chantant, mais je me suis limitée à l’essentiel, faisant 104 Coopération N°47 du 22 novembre 2016 Patricia Kaas lors de notre interview à Paris  : « J’ai davantage confiance en moi. Je chante, tout simplement. Et mon vécu m’aide. » confiance à la force évocatrice des textes. Peut-être sent-on une certaine maturité dans l’interprétation. C’est en tout cas la première fois que j’aime autant un album juste après avoir terminé l’enregistrement… qui a été long et ardu. Aussitôt rentrée à la maison, j’ai appelé mon manager, qui se trouvait en Thaïlande, et lui ai dit, avec des larmes de joie  : « Cyril, cet album est si beau ! Il m’émeut, j’en suis très fière. » Qu’est-ce qui a changé ? J’ai davantage confiance en moi. Je ne cherche pas quelque chose de bien léché et commercial. Je chante, tout simplement. Et mon vécu m’aide. Avec Adèle, je me sentais un peu dans le rôle de ma mère, quand elle me donnait des conseils  : « La vie n’est pas facile, et lorsque tu es une femme elle est encore plus difficile ! » (Rires) Adèle est-elle un personnage de fiction ? Un soir, j’ai mangé avec le poète slameur Ben Mazué. Il a écrit cette chanson pour moi. Il y a donc un peu de moi dans Adèle. J’avais même eu l’idée de donner son nom à l’album, mais la maison de disques a jugé que ça induirait le public en erreur. Ou il aurait fallu y inclure un duo avec la star anglaise… C’est une belle idée, mais ce serait un sacré défi, parce qu’elle a une très belle voix. Cependant, avec ma nouvelle confiance en moi, ça devrait aller ! (Rires) En fait, j’aimerais beaucoup chanter en duo avec une femme. J’ai aussi déjà pensé à Anna Calvi ou Skin, la chanteuse de Skunk Anansie. Il y a quelques années, vous disiez que vieillir ne vous faisait pas peur, mais que vous appréhendiez votre 50 e anniversaire. Or le voilà qui approche, avec décembre… Quel est votre sentiment maintenant ? Cela reste un cap difficile à franchir, pour une femme encore plus que pour un homme – de nouveau. Je me dis que ce n’est qu’un chiffre, parce que je ne me sens pas si vieille, mais je mentirais en disant que ça me laisse indifférente. J’essaie de voir le bon côté des choses, de me réjouir d’être parvenue jusque-là en bonne santé. Que souhaitez-vous pour les dix ans à venir ? Pendant la thérapie suivant mon burn-out, j’ai dû inscrire sur une feuille blanche ce qui me manquait. J’ai alors pensé à la visite d’une kermesse ou du marché de Noël de Munich. Des choses simples de ma jeunesse, les sentiments qui y sont liés et qu’on ne peut pas acheter. Il y a dix ans, vous avez quitté la Suisse pour la Provence. Qu’est-ce qui vous a manqué ? Les amis, la cuisine ? Les impôts moins élevés ?
J’ai toujours aimé la fondue, même avant de vivre en Suisse, mais ce n’est pas le menu idéal en tournée, sinon on a un poids sur le ventre et toujours soif. Évidemment, je payais bien moins d’impôts qu’en France, mais pour moi, ce n’était pas déterminant. J’ai choisi Zurich comme havre de paix, pour récupérer. Dans ces conditions, on ne se constitue pas un large cercle d’amis. Être la cadette de sept enfants, comment ça vous a marquée ? Mes frères aînés ayant déjà quitté la maison, ma mère a eu plus de temps pour moi et m’a beaucoup gâtée. C’est pour cela que ça a été particulièrement dur lorsqu’elle est morte du cancer. Je n’ai pas vraiment savouré mes premiers succès, assombris par ce deuil. Mais ressentir l’amour du public m’a aidée pendant cette période. Vous n’avez pas encore trouvé le grand amour… Quand tu ne t’acceptes pas toi-même, que tu ne t’aimes pas assez, il est difficile de partager ton amour. Mais probablement que ça ne dépend pas que de moi. J’imagine que ce serait plus facile si je rencontrais quelqu’un avec un certain vécu. Je me sens en tout cas prête pour un nouveau départ et j’ai célébré ça par mon premier tatouage. Comment l’idée vous en est-elle venue ? Jusqu’à présent, j’avais toujours douté qu’un tatouage soit beau sur ma peau claire. Mais après avoir enfin surmonté mon burn-out, cela Patricia la enfant. Sur la photo, il est écrit « une fille de l'Est ». l’Est ». Patricia Kaas as est née en Lorraine, à Forbach, d’une mère allemande et d’un père français. m’était égal. Je voulais un petit souvenir. Je l’ai fait le jour de l’anniversaire de Tequila  : une fille qui me ressemble et que l’on tire de l’abîme... Elle ne mesure toutefois que 60 cm, et à présent, je l’ai sur le dos ! (Rires) Souhaiteriez-vous à nouveau un chien ? Je prendrai probablement la décision à la fin de cette tournée. Bien que mes amis m’aient tous conseillé de reprendre tout de suite un chien, je m’y suis refusée et leur ai interdit de m’en offrir un. J’ai interprété la disparition de Tequila en me disant qu’elle voulait que je mette à profit le grand vide qu’elle a laissé dans ma vie pour m’occuper de moi-même. Tequila est de toute manière irremplaçable. Photos Francine Bajande, DR Patricia KaasKaas, le chemin du blues Elle est la cadette d’une famille de sept enfants et naît le 5 décembre 1966 à Forbach (Moselle). Elle grandit à Stiring- Wendel, une ville frontière avec l’Allemagne. Sa langue maternelle est le platt, une langue régionale de Lorraine et elle ne parle le français que vers ses 6 ans. Dès son enfance, sa mère l’encourage à devenir chanteuse. À 8 ans, elle est déjà sur la scène des bals et interprète des chansons de Sylvie Vartan, Claude François. À 13 ans, elle est engagée par un cabaret allemand, à Sarrebruck. Elle enregistre son premier 45 tours, « Jalouse » en 1985. Il est produit par Gérard Depardieu. Le succès l’attend en 1987 avec « Mademoiselle chante le blues », trois millions de disques vendus. Elle enchaîne ensuite albums et scènes, décroche des prix, fait des tournées internationales. Elle publie sa première autobiographie en 2011, « L’Ombre de ma voix ». Treize ans après « Sexe fort », Patricia Kaas revient avec un dixième album « Patricia Kaas » (Musikvertrieb). En tournée européenne dès janvier. À Genève le 4.2.17, à Zurich le 5.2.17 et à Lucerne le 8.2.17. ⊲ www.cooperation.ch/interview Coopération N°47 du 22 novembre 2016 105



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