Coolture Y n°3 jui/aoû 2008
Coolture Y n°3 jui/aoû 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de jui/aoû 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : HE! Media

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... les sportif de haut niveau.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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COOLTURE AGIR > 14 Photos COOLTURE DR LA DÉCHIRURE Film de Roland Joffe (1984) avec John Malkovich, Sam Waterston, Haing S. Ngor DVD Aventi - 19,99 € 3 Oscars dont celui du meilleur second rôle, Cambodge, avril 1975. Les troupes Khmers rouges approchent de Phnom Penh. COOLTURE N°3 - JUILLET/AOÛT 2008 HASARD et COÏNCIDENCES LES VIES INCROYABLES D’UN PHOTOGRAPHE DISCRET Dans son film « LA DÉCHIRURE », Roland JOFFÉ retrace la chute de Phnom Penh au Cambodge, en avril 1975. Pendant ces évènements, de nombreux journalistes et photographes, de toutes les nationalités, risquent leur vie pour couvrir les affrontements. Parmi eux Arnaud BORREL, alors âgé de 19 ans, qui a « appris le métier de photographe de guerre » là-bas. COOLTURE a rencontré Arnaud qui nous raconte ces évènements, vus de l’intérieur et plus particulièrement deux anecdotes qui ont été reprises dans le film aux 3 Oscars. La rencontre a lieu dans la banlieue parisienne aisée : belle meulière, joli jardin calme, bien loin des scènes de violence qu’Arnaud a connues dans sa carrière de journaliste de guerre. Autodidacte, il fugue à 17 ans : « j’avais du mal à me résoudre à suivre des études... c’était plutôt les études qui me poursuivaient ! Alors, je décide de partir, sans un mot à mon père. Je pars pour Cherbourg, où je resterai 2 ans ». Là-bas, il vit d’expédients, notamment des reportages photos sur les matchs de foot et de basket pour la presse locale. Le premier contact avec la photo. Après 2 ans, il décide de rentrer à Paris, pour la première fois, il revoit son père. Il sait désormais ce qu’il veut faire : photographe de guerre « car c’est le plus sûr moyen de vivre quelque chose d’excitant, une dose d’adrénaline au quotidien », précise-t-il. > Une vie qui fera un film À cette époque, au Cambodge les combats font rage, les Khmers rouges avancent sur tous les fronts. Il passe à l’ambassade du Cambodge, obtient un visa, et décolle le jour suivant, muni d’une liasse de dollars et de son appareil photo. Il se retrouve bloqué à Bangkok, sans monnaie locale. C’est Patrice de Beer, du journal Le Monde, qui le dépanne de quelques billets, rencontre providentielle. A l’arrivée, il est perçu comme le petit jeune (il n’a que 19 ans), le bleu. Il est le seul à débarquer sans gilet pare-balles. La communauté des photographes le prend en sympathie et l’aide à survivre sur le front. 2 photographes, Don Mac Cullin et Philip John Griffith lui apprennent le métier, lui donnent les trucs et astuces, les grandes règles pour survivre en environnement hostile. Jour après jour, il est présent sur tous les fronts dans la ville assiégée. Jusqu’au moment où elle tombe aux mains des Khmers rouges. Toute la communauté diplomatique, et le personnel local des ambassades trouvent refuge à l’ambassade de France, installée sur un vaste domaine avec de nombreux bâtiments. Arnaud décrit ce véritable état de siège : « Toutes les communications étaient coupées, il était impossible de sortir. Rapidement, les Khmers ont exigé que soient livrés les ressortissants Cambodgiens, pour être rééduqués dans des camps en dehors de la ville. Les diplomates ont dû céder, et d’un coup près de 1000 personnes ont été emmenées ». Arnaud raconte alors deux anecdotes qui lui sont arrivées, et qui ont été reprises par Sydney Schanberg dans ses articles publiés dans le New York Times. « Le consul honoraire de Suisse avec qui j’avais sympathisé vient me voir au petit matin, il me réveille par une phrase choc : Arnaud, es-tu marié ? Non ? alors suis-moi, c’est urgent ! Et en quelques heures me voilà marié à une jeune Cambodgienne. C‘était le seul moyen de lui procurer un passeport français en bonne et due forme, Madame Borrel. Elle est rentrée en France avec moi, et puis naturellement, nous
nous sommes séparés, l’essentiel était ailleurs. Autre histoire, moins drôle : nous avons essayé de tirer des photos pour faire un passeport à Dith Pran, l’assistant de Sydney Schanberg, correspondant du New York Times, à Phnom-Penh. Problème, le matériel de développement des photos était inaccessible. Nous avons essayé les polaroïds, mais l’image disparaissait lorsqu’on découpait la photo, une vague histoire de réaction chimique. Du coup, nous n’avons pas pu lui faire de papiers, et il a été emmené par les Khmers rouges. Sydney Schanberg n’a jamais cessé de le rechercher. Plusieurs années plus tard, il le retrouvera dans un camp de réfugiés au hasard d’une expédition dans un pays voisin ». Ces deux histoires poignantes sont reprises intégralement dans le roman. Arnaud détaille également le rationnement organisé par les Khmers. « Nous avions droit à une poignée de riz par jour et par personne. Autant vous dire qu’après ça, les sushis et moi, ça fait deux. Nous étions ravitaillés en eau par un camion citerne, qui lui donnait un goût d’essence, car la cuve n’avait pas été nettoyée. Au moment de la libération, nous avons découvert que l’eau était pompée directement dans le fleuve à quelques centaines de mètres de là. Dans l’eau, au pied du pont, des dizaines de corps en décomposition flottaient... ça a dû me vacciner, je n’ai jamais été malade par la suite, quels que soient les pays où j’ai travaillé... » Enfin arrive le jour de l’évacuation, en deux convois. Les nombreux journalistes décident de tous se regrouper dans le deuxième convoi, afin d’éviter fuites et scoops au dépend des autres. L’évacuation vers la très proche Thaïlande prendra des heures, les camions tournant en rond, « une dernière petite gâterie avant de nous lâcher ». > Une bonne étoile toujours là Par la suite, Arnaud couvrira les évènements au Liban dans les années 75-90. Là, il sera notamment victime de l’explosion d’un montier COOLTURE qui criblera son corps de 80 éclats. « Sur ce coup, j’ai oublié tous les fondamentaux de survie que je connaissais par cœur. Dans une zone montagneuse, nous avions marché pour nous éloigner du front. Après une demi-heure, nous avons quitté la route pensant être suffisament loin. Mais en fait la route serpentait dans la montagne et à vol d’oiseau, nous étions encore proches du front. Nous avons été fauchés par l’explosion, j’ai eu la chance de survivre, contrairement à plusieurs des combattants qui étaient là. J’ai été rapatrié ». Par la suite, hasard de voiturage, il échappera de peu à l’enlèvement de Philippe Rochot, qui restera près de 3 ans en captivité. Ne faisant pas partie de la liste des journalistes à enlever, il sera quand même kidnappé le temps d’une nuit. « J’avais raccompagné un collègue et je rentrais à mon hôtel. Je suis passé par un itinéraire moins éclairé, erreur. Une voiture m’a dépassé, ils m’ont fait monter. Pas le choix. Ils ne parlaient pas français, ils m’ont demandé mon nom en anglais, j’ai fait signe que je ne comprenais pas. Alors ils ont commencé la tournée des acheteurs potentiels d’otages ! Mais ils n’ont pas réussi à me vendre. Avec du recul, c’est presque un peu vexant ! A l’aube, ils m’ont relâché, m’ont fait signe de partir. J’ai refusé de leur tourner le dos, je leur ai demandé de partir, eux. Surpris et énervés, ils sont partis. Je flageolais un peu... Je suis rentré à l’hôtel, le bar était fermé, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que d’aller dormir ». Finalement, Arnaud abandonnera ce métier à la naissance de son fils Maxime, 19 ans qui était présent ce soir là et qui a encore appris des choses sur la vie de son père, qui a tant à raconter… Aujourd’hui photographe de cinéma, Arnaud pourrait raconter des histoires jusqu’au bout de la nuit. Je lui demande s’il n’a jamais pensé à en faire un livre. Il y pense, je l’encourage. Merci Arnaud pour ce pur moment d’enthousiasme, de jeunesse, et de volonté d’agir - EG - Studio Canal Arnaud BORREL COOLTURE AGIR > 15 » SON ACTU LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES Réalisé par Nicolas et Bruno Avec Daniel Auteuil, Alain Chabat, (Studio Canal) > depuis le 18 juin « Il faut que nous soyons très nombreux à aller voir le film, cela nous donnera le poids suffisant pour faire interner Nicolas et Bruno qui sont complètement fous ! » Arnaud BORREL, (Photographe du film) www.coolture.fr



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