Code 2.0 n°5 sep/oct/nov 2012
Code 2.0 n°5 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Association Code Magazine 2.0

  • Format : (170 x 250) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : Automne 2012.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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« Image Objects » prend à revers les qualités singulières qu’acquiert un objet lorsqu’il est placé dans un contexte artistique. Dans le champ de l’art moderne et contemporain, nous sommes habitués à la « transmutation » des œuvres, aussi infime qu’ait été le geste ou le processus ayant présidé à la création de l’objet. Ce respect s’affirme dans le soin apporté à la conservation de tout ce qui sort de l’atelier de l’artiste et dans une documentation photographique professionnelle des œuvres. La simple description des matériaux d’une œuvre, sur cartel ou sur certificat, traduit le soin porté à son intégrité et à son intangibilité. Toute la mise en place des « Image Objects » rend extrêmement complexe la réponse à cette question centrale de l’art contemporain de ce qui constitue l’œuvre « à la fin ». En un sens, en raison du volume supérieur d’informations qu’elle contient et parce qu’elle est « plus vue », la documentation peut ici être jugée plus significative que l’œuvre. La remise en cause de l’expérience physique – de la rencontre avec l’œuvre – comme la valorisation de l’image par sa circulation reflètent évidemment un phénomène d’acculturation à Internet et aux réseaux sociaux. En ce sens, le concept de « mème », omniprésent dans la culture Internet, est utile. Le « mème » est un élément culturel reconnaissable – par exemple, un concept, une habitude, une information, un phénomène, une attitude –, répliqué et transmis par l'imitation du comportement d'un individu par d'autres individus. Pour exemple, la célèbre vidéo du chat jouant du piano sur YouTube, visionnée des millions de fois et sujet de multiples redites. Transposé dans le domaine de l’art, le « mème » pose une question de valeur. On pourrait le relativiser et penser que l’effet de célébrité créé par un élément maintes fois reproduit convient à la fois à la carrière de l’artiste et à l’effet de « déjà-vu » qui caractérise l’expérience d’une œuvre connue. Pourtant, la reproduction pour la reproduction, la diffusion pour la diffusion – pensons ici au précurseur qu’a été la télé-réalité – contredisent l’idée même d’auteur et d’avant-garde. L'un des sites web 1 d’Artie Vierkant recense des images similaires à celles de la série « Image Objects ». Pour une grande part, la recherche de l’artiste s’effectue à l’aide de moteurs de recherche. La prise de vue épurée sur fond blanc qui caractérise la documentation artistique aboutit à un faisceau de ressemblances associant art, design, art de vivre et matériel high tech. Si l’on postule qu’une œuvre consiste en grande partie, du point de vue du public, 8 1 www.similarobjects.com
en son image, ces similarités dépassent la coïncidence et deviennent un contexte. On a pu associer l’invention de la présentation en « white cube » – l’épure et la spectacularisation qui lui sont attachées – à la « Semaine du blanc » créée au XIX e siècle par le Bon Marché, au sens où un nouveau système de présentation des objets aurait relevé d’un phénomène social et historique large. La plateforme commune de présentation qu’est le monde digital associe des domaines qu’il était auparavant impossible de rapprocher sans analyse. On poste sur Facebook aussi facilement une image d’œuvre que de publicité. Dans le domaine des images, les similarités dessinent un vaste réseau diffus d’interactions qui donnent un aperçu « en coupe » d’une culture visuelle outrepassant massivement les limites de l’art. Tout autant que les outils digitaux contemporains, le mode de communication choisi par l’artiste oriente sa pratique, au sens où l’image peut être aujourd’hui considérée comme proprement agissante par sa circulation même. Une image très vue sera référencée de sorte à être facilement accessible, et donc plus vue encore. L’effet cumulatif des réseaux sociaux est plus évident encore. L’idée de devoir réaliser une œuvre pour en avoir une image peut, dans ce contexte, être considérée comme quasi superflue. L’entreprise artistique collaborative Jogging, conçue par Artie Vierkant et douze autres artistes, prend en compte cette nouvelle donne. Jogging est un tumblr 2 où les différents artistes postent, à la suite, des images légendées. Les « images-œuvres » ne sont pas expressément signées, quoiqu’un lien permette d’accéder au site de celui qui les a postées. Surtout, aucun signe n’indique une possible exposition de ces images-œuvres. Il est alors extrêmement difficile de savoir si l’on a affaire à une esquisse, une pièce d’occasion, une note ou une œuvre proprement dite. Seule apparaît cette notice laconique : « ceux qui participent à Jogging créent des travaux matériels et immatériels destinés à être vus librement sur Internet ». Brad Troemel, l’un des artistes participant à Jogging, adopte une démarche différente concernant la matérialité de ses œuvres, puisque celles-ci sont à vendre sur Etsy pour moins de 100$ chacune. Elles existent donc. Etsy est un site présentant des objets réalisés à la main et vendus par des particuliers. La logique d’une déconstruction de l’aura de l’œuvre d’art, et son assignation au rang d’objet culturel parmi d’autres, parvient ici à son terme. Sous une forme finalement assez classique, ceci rappelle le travail 2 http://thejogging.tumblr.com 9



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