Code 2.0 n°5 sep/oct/nov 2012
Code 2.0 n°5 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Association Code Magazine 2.0

  • Format : (170 x 250) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : Automne 2012.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Une prise de parole réussie Benjamin Seror 40 Le principe de la rubrique Do It Yourself est de proposer au lecteur de réaliser chez soi une œuvre d'art, suivant pas à pas les conseils d'un artiste. Pensant aux grandes heures des magazines DIY proposant tricots et meubles faciles à réaliser soi-même, je cherchais à proposer quelque chose d'utile pour la maison, mais il s'avère qu'au cours de ces dernières années l'un des domaines dans lesquels j'ai développé le plus de connaissances est celui de la prise de parole publique. Ce n'est donc pas tout à fait un objet pour la maison que je voudrais présenter ici mais quelques conseils utiles pour qui serait tout à fait terrifié ou n'aurait tout simplement pas l'habitude de prendre la parole en public, face à la bête noire, comme on l'appelle dans le théâtre italien, à laquelle chacun de nous aura un jour à faire face, que ce soit pour la publication d'un livre, la participation à un symposium, la présentation d'un objet de votre invention, l'annonce des résultats d'un prix dont vous êtes juré, le remplacement au pied levé d'un ami malade... Les raisons de se trouver face à un public sont multiples et variées, et nombreuses sont les chances pour que cette situation se présente à vous dans un futur très proche. Quoi qu’il arrive, le public sera là pour vous écouter attentivement, vous donnant l'impression de mille paires d'yeux prêts à vous dévorer. Une telle prise de parole devra commencer par une toute petite astuce, celle d'un pied de micro ajusté trop haut. Il faut qu'il donne l'impression d'être ajusté pour quelqu'un de vraiment beaucoup plus grand que vous. Ainsi, en arrivant sur scène, le micro fera face à votre front, il vous faudra l'ajuster à votre taille, comme si un roadie gigantesque l'avait réglé à votre place, ce qui donnera à première vue l’impression que cette prise de parole n'était vraiment pas bien préparée. Symboliquement, cette étape est très importante car elle réduit un peu les attentes vis-à-vis de cette personne sur scène. Non, cette personne n'est pas à la hauteur. Vous êtes un peu plus petit. (Dans le cas où vous seriez très grand, vous pouvez bien sûr inverser le procédé et régler le micro pour qu'il se retrouve d’abord face à votre poitrine). Une fois le micro ajusté, idéalement, vous devrez sortir de votre poche un petit carnet dans lequel vous avez pris vos notes et, de là, un certain nombre de feuilles volantes parfaitement illisibles, que vous aurez bien évidemment préparées, devront tomber de ce carnet. Il est très important de répéter ce geste à la maison, pour que les notes se répartissent tout autour de vous et non pas en un seul bloc. Pour cela, vous choisirez un papier assez léger pour que certaines pages aillent jusqu'à se poser sur les genoux d'une personne au premier rang. Vous devrez laisser échapper un petit « ah » qui n'est pas adressé au public, mais à vous-même, suivi d'un « orh » quand vous vous pencherez pour ramasser les feuilles. Mon conseil est de ramasser ces feuilles en ayant l'air agité, en essayant de faire cela le plus vite possible et de manière confuse pour que tout le monde puisse penser que cet incident trouble votre concentration. Une fois les feuilles dans vos mains, vous passerez une très courte minute à les remettre dans l'ordre, sans vraiment y arriver. Un autre cas de figure idéal est si quelqu'un vous a précédé : arrangez-vous alors pour que ce soit un poète qui aura jeté chacune de ses feuilles au sol. Vous serez ainsi très gêné d'avoir à commencer votre numéro par ramasser ces feuilles qui n'ont absolument rien à voir avec votre intervention. Dans les deux cas de figure, vous avez maintenant un petit tas de feuilles dans vos mains et, de manière évidente, cela vous encombre, voire vous agace très légèrement ; ce n'est pas du tout ce que vous aviez prévu. Vous cherchez donc d'un bref regard un endroit pour les poser. Idéalement, vous ferez
quelques pas sur votre droite, puis finalement apercevrez une table sur votre gauche. Glissez ici un bref « non » puis dirigez vous vers la table. Hésitez un quart de seconde, amorcez le geste pour poser les papiers sur la table. (Entraînez-vous là aussi plusieurs fois à la maison, pour que ce geste ne soit pas trop brusque.) À mi-course, hésitez, puis posez vos papiers sur la table. Le geste ne doit pas être trop affirmé mais faites bien attention à ne laisser cette fois-ci tomber aucun papier, l'effet burlesque de répétition qui s'ensuivrait ruinerait tous les efforts entrepris jusqu'à présent. Revenez vers le micro. Il est maintenant grand temps de dire quelque chose. L'important ici, même si cela est très tentant, ne serait-ce que par simple politesse, est de ne pas dire « bonsoir ». Préférez plutôt « euh pardon, bonsoir ». L'astuce ultime pourrait être de vous être mis d'accord avec votre ingénieur du son pour que le micro ne fonctionne pas du premier coup. Rien de spectaculaire, simplement, au premier mot, aucun son ne sort de ce micro, de manière à ce que vous ayez à le tapoter une ou deux fois en prononçant un sonore « hein hein », suivi de « tssit tssit ». Ce sera un code convenu avec l'ingénieur qui n'enclenchera votre piste qu'au second ou troisième tapotement. Vous vous écrierez alors avec satisfaction : « ah voilà, ça marche », suivi finalement de « euh pardon, bonsoir ». Vous êtes à ce moment prêt à prendre la parole. Avant de vous lancer et de réaliser votre propre intervention, je ne saurais que trop vous recommander de dire : « juste avant de commencer, j'avais pensé à vous lire une petite note que j'ai écrite en venant ici ». Cet effet est très important car c'est au moment précis où vous commencerez vraiment à parler que vous vous sentirez saisi d'une peur panique, figé par une grande montée d'adrénaline qui vous empêchera de retrouver le fil de votre pensée pour de longues minutes. Mais puisque vous n'avez pas encore commencé, toutes les cartes sont encore de votre côté. Sortez à ce moment cette petite note de votre poche, ou allez la chercher rapidement sur la table sur votre gauche, d'un pas très vif. La note peut être tapuscrite mais écrite à la main, elle sera du meilleur effet. Si le papier est un peu froissé et écorné, ce n’en sera que mieux mais, attention, balancez savamment la patine que vous donnerez à cette note, un papier trop abîmé pourrait entamer votre crédibilité qui, à ce stade, se trouve déjà sur le fil. Le texte écrit sur ce bout de papier peut être un article de journal, les paroles d’une chanson ou un poème que vous avez écrit le matin même. L'important est que cela ait au moins un minimum de sens avec ce que vous direz ensuite. Le morceau de papier doit être tenu droit devant vous, votre main doit trembler légèrement. Le mieux dans ce cas est d'ajuster le tremblement de cette main au chevrotement de votre voix. Ne vous inquiétez pas, votre voix, à ce moment-là, sera très naturellement chevrotante, c'est l'effet de cette montée d'adrénaline due aux tout premiers mots en public. Surtout ne faites pas l'impasse sur ce petit bout de papier. En cas d’improvisation, le chevrotement de votre voix amplifié par le micro vous ferait perdre tous vos moyens et vous n'arriveriez à prononcer qu'un ensemble de mots incohérents dont personne ne pourrait tirer le sens. Lisez aussi tranquillement que possible le texte écrit sur cette petite note jusqu'à sa fin. Les effets de l'adrénaline devraient s'estomper en quelques secondes. À ce moment-là, après cette longue entrée en scène, le public devrait être beaucoup plus effrayé que vous, vous pourrez ainsi lui raconter à peu près tout, je vous fais confiance pour la qualité de ce qui suivra. Maintenant, la parole est à vous. (Dans le cas d'un toast, qui se fait généralement sans micro, à moins qu'il ne s'agisse de l'inauguration d'une salle municipale, essayez de perdre du temps en tapotant votre verre avec un objet dont vous savez pertinemment qu'il ne fera pas assez de bruit pour stopper les conversations autour de vous, comme une boîte d'allumettes ou le morceau de papier sur lequel les notes de votre intervention sont griffonnées. Votre plus proche voisin, embarrassé par cette situation, se mettra tout de suite à la recherche d'un objet plus sonore comme une cuillère ou un stylo. Vous aurez ainsi gagné de précieuses secondes, celles où l'adrénaline vous fera tourner la tête.)• Né en 1979 à Lyon, Benjamin Seror vit à Bruxelles. 41



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