Code 2.0 n°5 sep/oct/nov 2012
Code 2.0 n°5 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Association Code Magazine 2.0

  • Format : (170 x 250) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : Automne 2012.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Des objets en bois et de l’ameublement Vincent Loiret Que dire des objets en bois ? Qu’ils ont toujours existé, ou presque. Nous imaginons souvent à tort, du fait de leur conservation, que les silex étaient les premiers outils fabriqués par l’homme. Mais l’homme a sans nul doute commencé par utiliser le bois, plus tendre à la mise en œuvre. Et puis les objets en bois ont toutes les formes possibles, ou presque, et il y en a partout. Il en existe en définitive de toutes sortes : pour la cuisine, pour le travail, pour les loisirs, pour la maison… Il y a même des chaussures en bois, des vélos en bois, et il est sûrement possible, en cherchant un peu, de trouver des vêtements en bois. La question de l’ameublement, évoquée en titre, pourrait nous engager à parler dès à présent des meubles en bois, mais le problème n’est pas du tout là ! Avec l’avènement du plastique et des matériaux composites, le statut des objets en bois a muté. Ils sont peu à peu devenus le symptôme d’une forme de propreté qui siérait à la bonne morale. Certains pays, tels les pays nordiques, sont traditionnellement et culturellement plus liés à ces objets. Mais en France ? Les objets en bois y sont devenus une image. Le bois serait écologique, sain, bien. C’est beau. Ces objets en bois sont-ils cependant si bons, si justes ? Une forme d’usurpation n’est-elle pas en train de se jouer ? Si les années 1980 ont été le vaste terrain de jeu d’un optimisme euphorique, les années 1990 ont en revanche vu s’installer une crise générale : les promesses d’un troisième millénaire radieux s’y sont révélées de plus en plus ternes. La pollution, l’épuisement des matières premières et des ressources énergétiques ont commencé à être évoqués avec inquiétude. L’époque s’engage alors à réfléchir plus sérieusement à l’écologie. Le plastique ne fait plus bonne figure. Le bois, la pierre et le métal deviennent des matériaux nobles, synonymes de durabilité. À un moment où tout le monde est en recherche de valeurs sûres, s’opère un retour à la nature. Quelques designers se sont rapidement immiscés dans cette brèche. De toute évidence, les objets en bois seraient plus propres que les objets en plastique. On commence alors à fabriquer tout et n’importe quoi à partir de ce matériau. Et puis l’on se rend compte que les objets en bois sont aussi synonymes de déforestation, que le bois utilisé est souvent exotique et exploité dans des conditions fort éloignées d’un développement durable. De plus, c’est un matériau lourd et qui, lorsqu’il vient de loin, n’est ni économique, ni écologique. 22
Enfin, les traitements multiples auxquels il est soumis ne le rendent pas toujours recyclable. Bref, le sujet est épineux, d’une évidente complexité. De fait, le plastique peut être parfois plus « propre » que le bois, question de bilan énergétique. Mais ce sont le plus souvent les logiques commerciales qui triomphent. Déjà, en son temps, Montesquieu remarquait que « le commerce guérit des préjugés destructeurs ; et c'est presque une règle générale que partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces. » 1 Pour le marketing, le bois reste synonyme de matériau propre, écologique, conforme à cette idée de développement durable désormais incontournable. Le green washing est en marche – on parle aussi d’« éco-blanchiment » – : si c’est naturel, c’est écologique, et si c’est écologique, c’est bien. La question de l’utilité des objets produits ne se pose pas, puisqu’ils sont propres ! Ces objets sont-ils toutefois nécessaires ? Qu’en est-il de leur réelle légitimité ? La prétendue propreté du bois semble masquer un vrai problème de fond. Questionner l’usage est un exercice ardu. Le design s’enferme trop souvent dans l’idée que « la forme suit la fonction », célèbre maxime proférée par l’architecte Louis H. Sullivan en 1896. Une fonction peut être amorale et sa forme pourtant juste. Pour travailler avec le bois, il faut penser le projet dans son ensemble, en profondeur et de manière complexe. L’usage du bois ne suffit pas à effacer tous les autres problèmes. Il y a, en ce domaine, beaucoup d’effets d’annonces et de tentatives avortées. Ainsi, Philippe Starck décide dans les années 1990, à l’époque où il travaille pour les 3 Suisses, de produire un maximum d’objets à partir du bois : citons sa Maison en bois (1994) ou la table « tronc d’arbre » Boboolo (1996). Puis, il change radicalement de posture en affirmant qu’il ne faut plus utiliser de bois : c’est l’époque du catalogue Good Goods pour La Redoute (1998). La vérité est évidemment entre les deux. L’objet en bois serait un objet sans provision comme les chèques en bois sont sans provision. Ce qui revient à dire que l’objet en bois tire son crédit d’une usurpation basée sur une absence de vision à long terme (pro-vision). Cela nous engage à penser la véritable utilité de chaque objet en même temps que cela donne la possibilité de redonner aux objets en bois leur véritable place. En effet, il n’est pas question de faire ici le procès de tous les objets en bois ! 1 Montesquieu, De l'esprit des lois, livre XX, chap. I., 1748. Citation d’un article du Monde du 16 décembre 2007, concernant la venue en France du colonel Kadhafi. Les Assistants domestiques. Objet en bois, 2009 Pour toutes les photos : Thomas Mailaender, 2010 23



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