CNRS Le Journal n°301 sep/oct/nov 2020
CNRS Le Journal n°301 sep/oct/nov 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°301 de sep/oct/nov 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 15,3 Mo

  • Dans ce numéro : Françoise Combes, médaille d'or 2020 du CNRS.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LES IDÉES J.-C. MOSCHETTI/LS2N/CNRS PHOTOTHÈQUE La médiation robotique consiste à utiliser un robot comme intermédiaire entre une personne et le monde qui l’entoure. Dans le cadre des programmes Rob’Autisme et Rob’Zheimer, initiés par l’association loi 1901 Robots !, notre équipe mène depuis 2014 des recherches sur la médiation robotique dans l’accompagnement thérapeutique d’adolescents présentant des troubles du spectre autistique (TSA) et de personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Une progression jugée spectaculaire des participants en termes d’habiletés sociales a été constatée dès les premiers ateliers. Innovation internationale, la façon dont nous utilisons les machines est bien particulière, en marge du robot dit « compagnon » souvent décrié du point de vue éthique et qui a montré ses limites. L’intérêt pour un médium robotique est apparu dans les années 1990 et, en 2000, la chercheuse anglaise Kerstin Dautenhahn introduisit le concept jugé prometteur de robot compagnon, avatar mécanique en mesure de solliciter son interlocuteur comme le ferait un thérapeute. Les recherches qui ont suivi depuis ont proposé des déclinaisons d’exercices classiques se concentrant sur la communication volontaire, la concentration, le soin aux objets ou aux personnes, la gestion des émotions, etc. Les limites du robot compagnon Le projet Aurora mettait quatre robots à disposition  : deux véhicules à roues et deux humanoïdes à visages expressifs. D’autres robots d’apparence animalière ont également été utilisés en dehors du projet. Toutes machines ASSOCIATION ROBOTS ! Autisme et Alzheimer  : des robots médiateurs ? Par Sophie Sakka, chercheuse en robotique au Laboratoire des sciences du numérique de Nantes (LS2N) 1. confondues, l’analyse montre que les affinités entre l’enfant TSA et le robot sont bien plus fortes avec la forme humanoïde. Mais aucun lien n’a été établi avec la capacité verbale de la machine (toutes se limitaient aux sons, clignotements de différentes couleurs et mouvements). Selon les observations, la progression de la communication des enfants a été plus rapide qu’avec une médiation reposant sur des animaux ou une musicothérapie. L’évolution cependant reste lente, estimée de plusieurs mois à plusieurs années pour en voir les effets en dehors des séances, alors que les publications scientifiques relatant ces expériences mentionnent souvent des temps d’interaction courts et peu fréquents. Enfin, les expériences publiées ne concernent qu’un à cinq participants, pour un nombre d’inter actions limitées en face-à-face avec la machine, avec des conclusions géné ralement tirées sur peu de séances et souvent mal décrites. L’association Robots ! propose les ateliers Rob’Autisme depuis 2014. Difficile donc de conclure sur les recherches utilisant le robot compagnon. De fait, il n’existe pas de réel programme thérapeutique d’interaction construit sur celui-ci et permettant d’être reproduit. Pour la systématisation des exercices, des entreprises développent plutôt des « auticiels », programmes informatiques pour supports numériques variés. Et une importante question demeure  : comment obtenir la même qualité de réponse et d’interaction entre le participant et l’être humain qu’avec le robot compagnon ? Ou encore  : comment réintroduire l’être humain dans la démarche de communication avec la personne autiste ou souffrant de troubles cognitifs ? Une aide à la communication En 2014, notre équipe a proposé une alternative  : le robot extension. Plutôt qu’un interlocuteur robotique qui sollicite le participant, le robot extension est vu comme une prothèse en communication  : le participant le programme pour lui faire dire ou faire tout ce qu’il veut, dans les limites technologiques de la machine. Si le parti cipant ne le programme pas, le robot ne fait rien. Très rapidement, le LS2N et l’École centrale de Nantes sont devenus des soutiens au projet expérimental. Alors que le monde médical considère que l’accompagnement individuel est nécessaire, les ateliers Rob’Autisme, réalisés tous les ans depuis 2014, se Une fois par mois, retrouvez sur lejournal.cnrs.fr les Inédits du CNRS, des analyses scientifiques originales publiées en partenariat avec Libération. 1. Unité CNRS/Centrale Nantes/Univ. de Nantes/IMT Atlantique/Inria. 2. « A robotic puppet master application to ASD therapeutic support », S. Sakka, R. Gaboriau, International Journal of Mechanical, Aerospace, Industrial, Mechatronic and Manufacturing Engineering, vol. 11, 2017, p.1483-1491. 3. « Rob’Autism  : how to change autistic social skills in 20 weeks », S. Sakka, R. Gaboriau et al., International Workshop on Medical and Service Robots, 2016. 60 CNRS LE JOURNAL
composent d’une microsociété de six adolescents présentant des TSA, d’un responsable opérationnel (doctorant LS2N), de trois accompagnants et de deux référents techniques, et ce sans limitation à une partie spécifique du spectre autistique si ce n’est la notion de lettre. Ils sont accompagnés pendant 20 heures d’ateliers pour coconstruire un spectacle mettant en scène un ou plusieurs robots et restitué publiquement en fin de programme. Les vingt ateliers alternent à parts égales activités de construction du spectacle (son, décors, histoire, contexte et voix) et activités de program mation des robots. Les effets sur les participants montrent une amélioration rapide et permettent en quelques semaines d’en constater des effets à l’extérieur des séances 2,3. Des progrès significatifs et rapides Le travail de recherche mené sur ces ateliers a également permis de mieux comprendre les mécanismes mis en jeu, le rôle du robot dans l’évolution des participants, et, lors de Rob’- Zheimer portant sur la maladie d’Alzheimer, les apports exacts du robot. Grâce à ce programme-ci, les participants ont montré un apaisement conséquent de l’angoisse découlant de leurs ruptures cognitives, donc une augmentation de la capacité à se socialiser  : meilleure capacité pour se concentrer et se rappeler, augmentation de la communication volontaire, du suivi de conversation cohérente, avec plus de soin aux objets et personnes les entourant pour lier des relations affectives, etc. Une participante Alzheimer a même reconnu son fils, ce qui ne lui était pas arrivé depuis deux ans. Ils ont ainsi pu reconstruire, au travers de la microsociété, un groupe soudé où la place sociale de chacun était redéfinie. Ils ont retrouvé un sens de l’humour et un désir de séduire l’autre, s’identifiant mieux et en conséquence l’identifiant mieux. Loin du robot compagnon, avatar auquel on cède le rôle de thérapeute, nos robots extensions gardent leur place de machine et permettent de réintroduire l’être humain dans la démarche de communication. C’est ainsi qu’ils semblent en mesure d’apporter le plus de bienfaits à l’accompagnement thérapeutique. ii À lire 11111111111111111111111111111111111111111111111111111111 H E La Revue'Autant de musiques, autant de mondes Musique COMME LES GARÇONS ? L'ÉCONOMIE DU FOOTBALL FÉMININ 86 Des pop-idoles japonaises (à qui l’on demande surtout de ne pas sortir du rang, de sourire et d’être célibataires...), au reggae (souvent « message » de résistance au service de luttes émancipatrices), en passant par l’Eurovision, les musiques occitanes et le métal, cette nouvelle publication de la revue Hermès fait le tour des musiques du monde. Musicologues, chercheurs en communication, anthropologues et philosophes ont voix au chapitre pour interroger cet objet universel qui peut servir à endoctriner comme à résister. Leur question centrale  : dans quelle mesure la mondialisation de la musique démultiplie-t-elle les facteurs d’(in)communication ? Autant de musiques, autant de mondes, Damien Ehrhardt, Tom Dwyer et Éric Dacheux, Hermès, n°86, CNRS Éditions, août 2020, 350 p., 25 € . Médias Rumeurs et légendes urbaines avant les fake news, puff (promotion tapageuse via des hommes-affiches) avant le buzz, plagiat artisanal avant l’ère « industrielle » du copier-coller, cet amusant ouvrage s’attache à montrer que tout ce que nous croyons directement lié à notre modernité, à Internet et aux réseaux sociaux a existé, à d’autres échelles, depuis des décennies ou parfois des siècles. Signé sous le pseudonyme de Roy Pinker, collaborateur fictif de l’hebdomadaire Détective, créé par Gallimard en 1928, il a en réalité été commis par trois universitaires spécialistes de l’histoire de la presse. Fake news & viralité avant Internet, Roy Pinker, CNRS Éditions, mai 2020, 234 p., 20 € . Économie du sport ROY PINKER MIS ENTIdhli LES IDÉES Après avoir connu ses premières heures de gloire au sortir de la Première guerre mondiale, le football féminin est tombé dans l’anonymat avant de redevenir l’objet, ces dernières années, d’un réel intérêt. À ce titre, la Coupe du monde en France en 2019, véritable succès populaire et économique, a sans doute marqué un tournant. Deux économistes décortiquent dans ce livre l’économie du football féminin, rappelant l’histoire de ce sport avant de dresser un panorama de ses structures, des budgets, des salaires, sans oublier l’analyse des leviers permettant d’envisager un développement d’ampleur. Comme les garçons ? L’économie du football féminin, Luc Arrondel et Richard Duhautois, Éditions Rue d’Ulm, en librairie le 22 octobre 2020, 184 p., 12 € . N°301 61



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