CNRS Le Journal n°301 sep/oct/nov 2020
CNRS Le Journal n°301 sep/oct/nov 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°301 de sep/oct/nov 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 15,3 Mo

  • Dans ce numéro : Françoise Combes, médaille d'or 2020 du CNRS.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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LES IDÉES JEAN-CHARLES SEXE Régis Aubry Benoît Eyraud entretien Interdiction des visites dans les Ehpad, isolement dans les chambres… Certaines mesures de protection des personnes âgées ou vulnérables prises durant la pandémie de Covid-19 posent question. Entretien avec le gériatre Régis Aubry et le sociologue Benoît Eyraud. PROPOS RECUEILLIS PAR CARINA LOUART « Le risque est d’oublier la dignité des personnes vulnérables » Le 11 mars, les visites ont été interdites dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Le 28 mars, des directives d’isolement des résidents dans leurs chambres furent demandées, avant que des visites soient de nouveau autorisées le 20 avril. Que pensez-vous de ces décisions ? Benoît Eyraud 1  : Durant cette période, l’inquiétude s’est focalisée sur les capacités sanitaires et la nécessité de protéger la filière de soins. Les pouvoirs publics ont vite répondu aux alertes des services hospitaliers et notamment des urgentistes qui disposent de relais forts, contrairement aux établissements médico-sociaux (Ehpad, foyers d’accueil spécialisés...) qui peinent à se faire entendre. L’adaptation des mesures sanitaires y a, au final, été plus lente. Cela illustre la difficulté de notre pays à apporter une réponse qui ne soit pas seulement hospitalo-centrée. Régis Aubry 2  : Les personnes vivant dans les établissements médico-sociaux ont en effet été les grands oubliés du système de santé. Ces lieux sont pourtant des foyers de contamination importants car ils concentrent les sujets les plus à risque. On aurait pu imaginer qu’ils soient protégés en priorité. Sans qu’on le dise, les personnes les plus vulnérables ont été laissées au bord du chemin... ADESM C’est ce qui vous a incité à créer une unité de soins palliatifs Covid-19 au CHU de Besançon ? R. A. Oui. Il était impératif de penser aux patients âgés et fragiles trop faibles pour supporter les traitements en réanimation. Ils méritent autant que tout autre d’être traités avec humanité et accompagnés en fin de vie. Certains, qu’on croyait perdus, ont d’ailleurs pu être sauvés. Le risque avec ces crises sanitaires, c’est qu’au motif de sauver des vies, on oublie le respect de la dignité humaine, pour les personnes les plus vulnérables notamment. Vous avez aussi initié une cellule d’écoute téléphonique à destination des acteurs de la prise en charge à domicile, des établissements médico-sociaux et des médecins libéraux... R. A. Cela avait été recommandé par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE). L’idée était d’aider ces professionnels à assumer leurs décisions, à analyser les situations, au travers du prisme de l’éthique et d’apporter des réponses adaptées, par exemple pour maintenir un patient dans la structure ou l’hospitaliser. L’objectif était aussi d’accompagner la prise en charge de la détresse respiratoire asphyxique pour ceux qui décédaient dans ces structures. Cette cellule a reçu une cinquantaine d’appels par jour. 1. Chercheur au Centre Max Weber (CNRS/ENS de Lyon/Univ. Jean Monnet Saint-Étienne/Univ. Lumière Lyon 2), chercheur associé au CEMS (CNRS/EHESS/Inserm), maître de conférences à la faculté de sociologie et d’anthropologie de l’université Lyon 2, initiateur de la démarche de recherche citoyenne Capdroits. 2. Médecin-chef du pôle Autonomie-Handicap du CHU de Besançon, membre du Comité consultatif national d’éthique, président de la Plateforme nationale de recherche sur la fin de vie. 3. Au 7 mai 2020, ils étaient 9 600 dans les Ehpad eux-mêmes et 3 400 après un transfert à l’hôpital, soit déjà 13 000 au total, selon « Coronavirus  : les résidents d’Ehpad représentent la moitié des décès comptabilisés en France », Le Monde, 8 mai 2020. CNRS LE JOURNAL 56
Les décès de résidents d’Ehpad 3 représentent près de la moitié des 30 661 décès à ce jour en France. Que pensez-vous de ces chiffres ? R. A. Au regard de l’état dramatique de certains établissements, la situation aurait même pu être pire… On s’est adapté, mais on aurait pu faire beaucoup mieux si le plan Grand âge, annoncé en janvier 2020 dans la perspective d’un projet de loi présenté l’été suivant, avait été enfin mis en place ! Dans les pays du nord de l’Europe qui ont une autre politique, dirigée vers le maintien à domicile des personnes âgées dès que possible, le nombre de décès a été beaucoup plus bas. Il est urgent de penser à des alternatives aux Ehpad en France. Des familles endeuillées saisissent la justice et certaines ont créé le Collectif 9 471, d’après le nombre de morts recensés dans les Ehpad au 5 mai 2020… R. A. L’absence de masques explique pour partie la contagion dans les Ehpad. Le personnel soignant a été fortement touché d’où un fort absentéisme dans ces structures. Associé aux mesures de confinement, cela a eu de graves répercussions chez les résidents parfois privés de soins de base, comme la toilette, du fait de la Résidents et personnels de l'Ehpad Herold, à Paris, écoutent le concert offert par deux membres de l'Orchestre de Chambre de Paris, le 18 Mai 2020. L LES IDÉES PHILIPPE LOPEZ/AFP raréfaction des personnels. Certains résidents très dépendants n’étaient plus assistés par leur proche pour les repas et d’autres étaient totalement délaissés dans leur chambre. Cette absence de soins de base peut s’apparenter à une forme d’abandon ou de maltraitance. Il y a une sorte de déni collectif autour des situations de vieillissement et de fin de vie. Espérerons que la mise en place du plan Grand âge va s’imposer avec notamment des moyens mis pour le maintien à domicile. Aujourd’hui, on contraint des personnes à vivre dans des endroits où elles n’ont souvent pas envie d’aller. Et au nom de la sécurité, on les prive de leur ultime liberté. Les mesures sanitaires ont-elles été suffisantes et adaptées ? B. E. Elles sont venues s’abattre de manière administrative et verticale, renforçant encore le sentiment de relégation et de disqualification des plus vulnérabilisés. Il aurait été judicieux de consulter aussi les professionnels (aidessoignants, auxiliaires de vie, travailleurs sociaux, médecins…), les personnes résidant en hôpitaux psychiatriques ou en établissements médico-sociaux et leurs familles. Cette attention participative aurait facilité une appropriation et un ajustement plus rapides des règles. N°301 57



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