CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°300 de jun/jui/aoû 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial covid-19.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DR. unemedu gower some e/LES IDÉES SPÉCIAL COVID-19 Histoire. De la peste noire au Covid-19, nos sociétés ont souvent été traversées par des crises sanitaires, comme nous le rappelle l’historienne Anne Rasmussen. PROPOS RECUEILLIS PAR LOUISE MUSSAT Quelle est la dernière pandémie à avoir marqué l’histoire avant la crise actuelle ? Anne Rasmussen 1  : Sans aucun doute la grippe dite « espagnole », apparue au printemps 1918. La situation de guerre mondiale, avec ses déplacements incessants, facilita la propagation d’un virus respiratoire très contagieux. Les épidémiologistes soupçonnaient que, comme aujourd’hui avec le coronavirus, des « porteurs sains » – une notion alors toute nouvelle – contribuaient à disséminer le virus. Le bilan s’établit aujourd’hui autour de 50 millions de morts, estimation basse. C’était la première pandémie à une échelle aussi globale. La révolution industrielle au XIX e siècle a eu un impact sur la circulation épidémique… A. R.  : Oui, par exemple lors de la pandémie grippale de 1889-1890, on dit que « la grippe prend le train ». On fait déjà le constat que ce qui survient en Ouzbékistan, par exemple, peut avoir un impact sur un village en France. Avant 1889, l’Europe avait certes déjà été confrontée à des maladies qui sortent de leur bassin d’origine  : peste noire au XIV e siècle, fièvre jaune en 1822, choléra en 1832. Mais la 1. Directrice du Centre Alexandre Koyré (CNRS/EHESS/MNHN). 2. Il en existerait un quintillion, c’est-à-dire 1 suivi de 31 zéros, à la surface du globe. 44 CNRS LE JOURNAL « L’humanité a toujours vécu avec les virus » BIANCHETTI COLLECTION/BRIDGEMAN IMAGES révolution des transports étend et accélère leur diffusion, avant même que l’avion l’amplifie encore. Quelles ont été les stratégies pour les contenir ? A. R.  : Pour la grippe espagnole, les mesures de quarantaine, adoptées en Australie ou, localement, dans des villes américaines, ont été peu pratiquées en Europe  : on y est encore en guerre, le déplacement des troupes prime. D’ailleurs, la censure militaire en France et en Allemagne laisse l’Espagne, neutre à l’époque, donner les premières informations publiques sur cette grippe qui est ainsi qualifiée d’« espagnole ». Auparavant, dans l’Europe du XVII e siècle, par exemple, on déployait des « mesures barrières », comme les célèbres costumes des « médecins de peste », et on évitait de fréquenter les malades. À l’époque du choléra de 1832, on déployait des cordons sanitaires (tenus par des militaires autorisés à tirer sur les contrevenants) pour empêcher la progression de la maladie sur le territoire, et les gens se calfeutraient d’eux-mêmes chez eux.
/0/1/1/1/10/01001/11/11/1/10z PICTURES FROM HISTORY/BRIDGEMAN IMAGES Mesures de désinfection contre une épidémie de choléra en 1884, à la gare de Lyon (Paris). Les premières quarantaines remontent aux épidémies de peste noire du Moyen Âge et n’étaient pas toujours respectées… A. R.  : Le non-respect des consignes de quarantaine, dans le port de Marseille, est en effet à l’origine de la dernière grande peste en France, en 1720. Déjà à l’époque, ces précautions sanitaires pouvaient entrer en conflit avec des intérêts économiques. Et si l’on interrompt les circuits d’approvisionnement, les gens sont aussi susceptibles de mourir de faim ! Au XIX e siècle, le principe de la quarantaine était d’ailleurs critiqué par certains, même en temps de choléra, comme contraire aux libertés individuelles. Le XIX e siècle est aussi l’époque de grandes avancées scientifiques... A. R.  : Absolument. Dans le dernier tiers du XIX e siècle, la théorie des germes permet d’étayer de multiples recherches sur l’étiologie des maladies infectieuses (étude de leurs causes, Ndlr). On sait désormais qu’à une maladie infectieuse correspond un'14 er.E.1.31K el ; emetent kr aere_7,4> MÎràln. - ro.ma rieirercalq elnàge.— ! anbietun F*11.1911 P.gysy% rem, 1..1A...tai... aq.,r. Anne-Marie Moulin médecin et philosophe À écouter sur lejournal.cnrs.fr Gravure dite de « Dr Schnabel » (« docteur bec ») de 1656. Ces « médecins de peste » portaient masque et costume. « Les premières mesures ont été prises au XIV e siècle, dans des ports commerçant avec l’Orient. Les bateaux circulaient avec des passeports sanitaires remis au départ par des consuls, souvent médecins. En cas de doutes, équipages et marchandises étaient obligatoirement stationnés à l’arrivée dans un lazaret, sorte d’hôpital-prison isolé, pendant un délai symbolique de quarante jours. » germe spécifique. L’école allemande de Robert Koch (qui a découvert l’agent de la tuberculose appelé bacille de Koch, Ndlr) et la française, menée par Louis Pasteur, sont en compétition. Pour le choléra, la dysenterie, la peste, on identifie, isole et met en culture le germe associé pour fabriquer les premiers vaccins. Sur cette base scientifique, on met en place des mesures prophylactiques  : on désinfecte, on aseptise… La mortalité, infantile en particulier, régresse. L’éloignement de ces fléaux nous a parfois fait oublier combien prophylaxie et vaccin sont alors apparus comme d’immenses progrès contre le malheur épidémique. Grandes épidémies ou maladies endémiques, lesquelles ont le plus bouleversé les sociétés ? A. R.  : Les secondes ont un impact plus durable. La tuberculose et la syphilis hier, désignées comme des « fléaux sociaux », le paludisme aujourd’hui, ont des coûts démographiques et sociaux très élevés. Elles ont fait naître de véritables plans Marshall sanitaires, dès 1918 contre la tuberculose, après 1945 contre la variole. L’Organisation mondiale de la santé met alors en place un plan de quadrillage pour identifier chaque cas jusqu’à la disparition de la maladie. À la fin des années 1970, on a cru le combat contre les maladies infectieuses en passe d’être gagné. Puis le VIH nous a fait déchanter. Signalée à partir d’une description clinique à l’été 1981, confirmée par une enquête épidémiologique en 1982, la thèse d’une nouvelle maladie, le sida, est attestée par la découverte en 1983 d’un rétrovirus. En 1985, les tests de dépistage Histoire des quarantaines HISTOIRE mettent en valeur l’existence d’une phase latente de la maladie, la séropositivité. À l’échelle historique, la temporalité de ces découvertes est très brève. Et on voit aujourd’hui combien ces procédures ont été accélérées lors de l’émergence du Covid-19. L’émergence de nouveaux virus est-elle liée à l’accroissement de notre population ? A. R.  : C’est possible. Mais je pense aussi que nous sommes surpris quand une maladie virale survient car nous avons vraiment cru en venir à bout à la fin des années 1970. Notre confiance d’alors explique peut-être notre stupéfaction d’aujourd’hui. Mais les virus sont très nombreux 2 qui interagissent et interagiront toujours avec les humains Comme en 1918, on se retrouve face à un pathogène inconnu… A. R.  : Oui, mais nous sommes nettement moins ignorants  : le génome du virus a été séquencé en trois jours. Et nous disposons d’un système de soins très performant dont témoignent les techniques de réanimation, même si le nombre de lits n’est pas adapté au temps de crise, et d’un système social de protection, dans les pays riches tout au moins. Nous disposons d’antiviraux et d’antibiotiques qui, s’ils ne sont pas efficaces contre les virus, peuvent limiter les infections bactériennes associées. Et on travaille à un vaccin. Parmi ceux qui le réclament en urgence, il y en a sûrement qui ne font pas celui contre la grippe ou refusent certains qui sont obligatoires pour les enfants. C’est le moment de se rappeler que les vaccins nous ont libérés de maladies dont l’histoire montre combien elles étaient terribles. ii Lire l’intégralité de l’entretien sur lejournal.cnrs.fr N°300 45



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