CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°300 de jun/jui/aoû 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial covid-19.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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SPÉCIAL COVID-19 KATRIN BAUMANN/CONVENTION CITOYENNE POUR LE CLIMAT nouvelle étude est parcellaire, incomplète, et surtout parfois réalisée dans l’urgence. De ce fait, il est important de mettre en commun les connaissances produites dans le monde entier, d’avoir du recul, de faire preuve d'esprit critique pour passer de la production de connaissances partielles à ce qui est solidement établi, ou pas. En science, pour tirer des conclusions fiables, on a besoin de faire « décanter » collectivement les résultats. La Convention citoyenne pour le climat vient s’achever. De quoi s’agit-il et quel en est l’objectif ? V. M.-D.  : Cette expérience démocratique, dont la 7 e et dernière session s’est tenue les 19, 20 et 21 juin, a eu lieu en pleine sortie de crise sanitaire. Elle a réuni 150 personnes tirées au sort et représentant « la diversité des citoyens et des citoyennes françaises ». L’objectif était de « définir une série de mesures permettant d'atteindre une baisse d’au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, et ce dans un esprit de justice sociale ». Le président de la République s’est engagé à ce que les propositions législatives et réglementaires des 150 personnes soient « soumises « sans filtre » soit à référendum, soit au vote du parlement, soit à application réglementaire directe ». La démocratie participative est-elle un outil efficace pour lutter contre le changement climatique ? Nous le verrons dans les mois et années à venir… Cette consultation sur le climat était inédite en France. Y en a-t-il eu ailleurs ? V. M.-D.  : Il y a eu quelques précédents, notamment un exercice de démocratie participative 5 en 2018 en Irlande auquel j’ai été invitée à intervenir. J'avais été impressionnée par la profondeur de la réflexion de certains participants qui visait à ancrer l’action pour le climat dans des transformations de la société au bénéfice de tous. Suite à cela, j'avais cosigné une tribune 6 pour appeler à mettre en place ce type de délibération citoyenne en France.//MI/fflM, Précédente session de la Convention citoyenne pour le climat, initiative lancée en octobre 2019. J’ignore si cela a pesé dans la décision d'organiser la convention, mais c'est évidemment une initiative que je soutiens  : nous avons besoin d’espaces de réflexion de ce type-là, il faut faire confiance à l'intelligence collective. Qu'est-ce qui vous a le plus marquée lors de la première session, en octobre dernier ? V. M.-D.  : L'implication des gens, leur soif de s'approprier les enjeux, la profondeur des débats, mais aussi le manque d'informations qu'ils déploraient. Je suis intervenue 7 pour expliquer les méthodes permettant de produire les connaissances en sciences du climat et les enjeux, à l’échelle globale comme locale. Certains facilitateurs m’ont confié que plusieurs participants avaient été très secoués par mon intervention et avaient pris conscience de l’ampleur des enjeux. Ils ne comprenaient pas pourquoi ces éléments – comme l'évolution du climat en France, région par région par exemple – n’étaient pas plus clairement communiqués dans les médias. Une fois informés, les gens se sentent souvent pleinement concernés, formulent des questions très pertinentes et fourmillent de propositions concrètes. J’en ai suivi certains sur Twitter qui, depuis, s’efforcent d’organiser à leur niveau, dans des cafés ou sur Internet, des espaces de discussions et d’échanges. Où en est le prochain rapport du groupe 1 du Giec que vous copilotez ? V. M.-D.  : Les 234 auteurs travaillant dans 60 pays différents ont analysé environ 12 500 publications scientifiques, et produit une première version du projet de rapport en 2018. La seconde version, à l’automne 2019, a pris en compte quelque 23 000 commentaires de 750 relecteurs scientifiques. Les premiers projets de résumés du rapport (résumé technique et résumé à l’intention des décideurs) ont ensuite été élaborés entre janvier et février 2020 à la suite d’intenses échanges en ligne. La relecture de cette seconde version de rapport a démarré le 2 mars, quelques jours avant que l’OMS ne déclare la pandémie. Nous avons dû rallonger de six semaines la durée de cette relecture, qui vient de se terminer, et a reçu plus de 51 000 commentaires de 1 279 relecteurs et 42 gouvernements (environ 60% de plus que le 5 e rapport, en 2012). Nous avons mis en place un programme de travail en ligne, étalé sur quatre mois, avec 74 réunions de coordination. Reste à savoir s’il sera ou non possible de tenir une réunion physique début 2021… Quoi qu’il en soit, l’approbation du rapport, initialement prévue en avril 2021, sera retardée de plusieurs mois. ii lire l’intégralité de l’entretien sur lejournal.cnrs.fr 5. L’assemblée citoyenne irlandaise, Citizens Assembly. 6. « Réinventons le dialogue autour de la transition écologique, ! », Le Point, 25 novembre 2018. En ligne sur lepoint.fr 7. https://www.youtube.com/watch ? v=oSPb5o7oZIU CNRS LE JOURNAL 42
/0/1/1/11/MOM D.R. Raouf Boucekkine Enseignant-chercheur à Aix-Marseille school of economics (CNRS/EHESS/AMU). Les mesures de confinement sont-elles efficaces ? Aurait-il fallu tester plus amplement la population ? Les politiques publiques en réponse à la crise sanitaire sont bien différentes selon les pays. En Corée du Sud ou au Japon, la vie a presque semblé suivre son cours, si ce n'est le respect des mesures barrières, le déploiement d’un arsenal de technologies et de tests –, tandis que la Chine et de nombreux pays européens ont confiné leur population plusieurs mois. Quelles stratégies se sont avérées les plus efficaces ? Le projet Ecovid-19 1 vise à répondre à cette question avec recul. À la clé, des indications précieuses pour comprendre les ressorts de la crise économique actuelle, dont la Banque mondiale a estimé le 8 juin qu’elle serait la pire des 150 dernières années. Des effets secondaires variables Si l’épidémiologie économique dresse un tableau des stratégies les plus efficaces et oriente la décision publique, elle permet aussi de se pencher sur les répercussions socioéconomiques d’une pandémie, très différentes selon sa violence et sa durée. La grippe espagnole, qui a tué plusieurs dizaines de millions de personnes entre 1918 et 1919, n’a pas les mêmes conséquences économiques qu’une épidémie comme celle du sida qui s’étend dans le temps. La première catégorie produit un effet de déséquilibre ponctuel mais très fort, qui peut être suivi ou non d’une reprise économique selon notamment le profile par âge de la mortalité (si les victimes sont plutôt âgées, ou plutôt jeunes et donc faisant partie de la population active). D.R. Claire Lapique journaliste scientifique à Aix-Marseille school of economics (CNRS/EHESS/AMU). POINT DE VUE Quel sera l’impact économique de la crise ? La seconde catégorie peut modifier durablement et fortement les comportements socioéconomiques. Les épidémies à plusieurs vagues, comme celles de peste noire qui ont décimé l’Europe au Moyen Âge ou de paludisme en Afrique subsaharienne, peuvent conduire à des trappes de pauvreté, mais également aboutir à un phénomène d’immunisation collective, préalable au décollage économique. C’est un débat que l’on retrouve aujourd’hui concernant l’épidémie de Covid-19. Des répercussions incertaines Les épidémies jouent ainsi sur les comportements des individus qui peuvent, par exemple, concentrer leurs dépenses sur la consommation de base et la santé, amputant de fait l'investissement. C’est le cas de nombreux pays africains où les dépenses de santé sont majoritairement privées. Les séquelles peuvent s’observer après plusieurs décennies. Concernant le sida en Afrique du Sud, il a fallu attendre une vingtaine d’années avant que les impacts les plus marqués sur la croissance ne soient observés. Explication possible  : plus l’espérance de vie est réduite, moins l’éducation est rentable, ce qui réduit ÉCONOMIE l’accumulation de capital humain dans le moyen et long terme, affectant ainsi la croissance à long terme. Dans la crise actuelle, la fermeture des écoles, les quarantaines ou le chômage partiel ont atténué l'impact humain de la maladie, mais il est encore trop tôt pour faire des prédictions solides sur l’avenir des économies. Mis à part le caractère récessif sans précédent des mesures radicales de contrôle prises, à court terme, les inconnues tant épidémiologiques qu’économiques restent nombreuses. Le projet Ecovid-19 vise d’abord l’approfondissement de l’analyse de la crise du Covid-19 en cours avec pour objectif plus large l’identification des meilleures réponses d'un point de vue sanitaire et économique dans un contexte d’incertitude radicale. Tous ces résultats seront mis en ligne gratuitement. ii Lire l’intégralité de l’article sur le site de la revue Dialogues économiques éditée par l'AMSE et sur lejournal.cnrs.fr 1. Épidémiologie économique du Covid-19 (Ecovid-19), projet lancé par Raouf Boucekkine (AMSE), Josselin Thuilliez (CNRS/Centre d’économie de la Sorbonne) et Jérôme Adda (Univ. Bocconi, Milan) et retenu par l’Agence nationale de la recherche suite à son appel de mars 2020. Pour en savoir plus  : https://bit.ly/3hDMZck N°299 43



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