CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°300 de jun/jui/aoû 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial covid-19.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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F. RHODES/CEA SPÉCIAL COVID-19 r « Nous devons mieux anticiper les risques sévères » Entretien. La crise du Covid-19 aura-t-elle un impact positif dans la lutte contre le changement climatique ? L’avis de la climatologue Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe 1 du Giec 1. PROPOS RECUEILLIS PAR LOUISE MUSSAT De nombreux citoyens souhaitent que la crise sanitaire, sur laquelle ils ont été massivement informés, laisse émerger une société plus soucieuse et respectueuse de l’environnement. Est-ce soit possible ? Valérie Masson-Delmotte 2  : Durant quelques semaines, beaucoup de personnes ont apprécié un air plus propre, des villes moins bruyantes, ce qui a donné une idée de ce qu’on peut gagner en transformant nos modes de vie. Certaines tendances semblent aussi avoir été renforcées, comme l’achat direct d’aliments aux producteurs ou l’utilisation du vélo pour les déplacements de proximité, et pourraient s’inscrire dans la durée. C’est encourageant. Mais ce qui fera la différence, c’est la nature des plans de relance. Ils doivent se faire au bénéfice de l’emploi mais aussi de l’environnement, sous peine de vite observer un effet rebond. Après la crise financière de 2008, la plupart des plans de relance n’ont pas intégré les enjeux environnementaux et ont retardé les actions pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Avez-vous eu l’occasion de vous exprimer à ce sujet auprès du gouvernement ? V. M.-D.  : Le Haut conseil pour le climat 3 dont je fais partie, a été auditionné par le ministre de l’Économie et des Finances durant une heure un mercredi de mai. Nous avons présenté les recommandations issues d’un rapport spécial « Climat, santé, mieux prévenir, mieux guérir » que nous venions de publier. Construire un développement soutenable demande d’assurer un développement économique et social tout en préservant l’environnement, et en réduisant de manière importante et tenace les émissions de CO2. J’ajouterais qu’il faudra aussi porter une attention toute particulière aux jeunes dont l’entrée sur le marché du travail pourrait être très fortement impactée par la crise économique qui se profile. La France doit-elle s’inspirer d’autres pays qui feraient, selon vous, les bons choix post-crise ? V. M.-D.  : L’Allemagne s’est montrée assez exemplaire dans la gestion de la crise. La communication d’Angela Merkel, qui a une formation scientifique approfondie 4, était à la fois bienveillante, prudente et très claire sur les éléments scientifiques. Les responsabilités ont été également partagées entre l’État et les régions. En Allemagne, des choix forts semblent se mettre en place pour accélérer la transition vers une mobilité plus propre. S’il y avait une grande leçon à tirer, et qui pourrait servir à mieux gérer une future crise majeure liée au changement climatique, quelle serait-elle ? V. M.-D.  : Sans aucun doute l’anticipation de risques potentiellement très sévères. La France n’y est pas assez préparée. On l’a constaté lors de la canicule de 2003. D’ailleurs, les mesures prises pour limiter les conséquences de 1. Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. 2. Climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE – unité CNRS/CEA/Univ. de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines). 3. Créée en novembre 2018, cette instance doit donner un avis indépendant sur la politique gouvernementale en matière de climat, en particulier sur sa compatibilité avec l’Accord de Paris. 4. Elle est titulaire d’un doctorat en chimie quantique. CNRS LE JOURNAL 40 HIMANSHU BHATT/NURPHOTO/AFP
/Me/fflMMM/§//, vagues de chaleur qui seront à l’avenir plus intenses et plus fréquentes sont encore insuffisantes  : par exemple, les espaces verts, sources de fraîcheur, manquent toujours cruellement au cœur de certaines villes. Il faut aussi se préparer à des risques composites  : comment gérer une pandémie pendant une vague de chaleur intense (rappelons qu’il a fait jusqu’à 46 °C l’été dernier en France) ou en cas de cyclone s’il faut évacuer les populations (comme au début du mois de juin en Inde) ? Pour limiter les vulnérabilités et l’exposition à ces risques, il faut renforcer la capacité de détection des phénomènes nouveaux majeurs, mettre en place des systèmes d’alertes précoces, renforcer la transparence et la communication au niveau international. Et bien sûr agir à la racine des risques liés aux zoonoses et au réchauffement climatique en préservant les écosystèmes et en réduisant de manière tenace les émissions de CO2.. Les habitants de Mumbai ont été appelés à rester confinés alors que le cyclone Nisarga touchait l’Inde le 3 juin dernier. CLIMAT Nous sentons-nous désormais plus concernés par les potentielles crises à venir, notamment celles qui seront directement liées au changement climatique ? V. M.-D.  : Je l’espère. En tout cas, les collègues qui travaillent sur les épidémies observent depuis quelques mois ce que nous, climatologues, observons depuis des années  : d’abord du déni, la volonté de tenir à distance quelque chose d’angoissant, de la sidération, de la colère, un sentiment d’impuissance, et, lorsque ces étapes sont surmontées, et que la nouvelle situation est intégrée, la mise en œuvre de solutions concrètes. Ceci dit le risque n’est pas perçu de la même manière. Celui de pandémie a été ressenti comme immédiat, personnel. Celui lié au changement climatique a longtemps été considéré comme graduel, éloigné, lointain, pour les générations futures, ou d’autres régions du monde. Mais la réalité des conséquences du réchauffement climatique, et tout particulièrement l’intensification des événements extrêmes comme les vagues de chaleur, les pluies torrentielles, ou les sécheresses, a fait évoluer la perception de ce risque au cours des dernières décennies, le rendant beaucoup plus concret… Mis sur le devant de la scène ces derniers mois, les scientifiques sont-ils désormais plus écoutés par les décideurs ? V. M.-D.  : Évidemment, devant une situation nouvelle, le besoin de connaissances est vital. Mais chaque nouveau résultat a été rendu public sans recul critique, et commenté, parfois par des journalistes qui connaissent mal la démarche scientifique, suscitant la perplexité du public. Je ne saurais dire si nous serons désormais plus écoutés. J’espère surtout que la société va comprendre le processus complexe de la production de connaissances. Chaque N°300 41



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