CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°300 de jun/jui/aoû 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial covid-19.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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SPÉCIAL COVID-19 … mentation de l’agriculture et de l’élevage intensifs, de l’urbanisation et de la déforestation. Cette dernière a été mise en cause dans l’émergence de nouvelles formes de paludisme chez l’humain en Asie. Un système clé-serrure Une fois le contact établi, l’infection proprement dite peut débuter de différentes manières  : par voie aérienne, inoculation vectorielle, ingestion ou simplement par voie transcutanée. Quelles voies de transmission un nouvel agent infectieux va-t-il utiliser ? Quelle taille minimale d’inoculum (nombre de cellules ou de particules virales) est-elle nécessaire à l’infection ? Le pathogène peut-il survivre dans l’environnement en dehors de son hôte ? Des vecteurs sont-ils impliqués et si oui, sont-ils capables de faire le pont entre les animaux et l’humain ? Autant de questions auxquelles les sciences de l’écologie peuvent là encore apporter des réponses. Des pathogènes persistants CNRS LE JOURNAL 38 im Les scientifiques travaillent dans des conditions proches de la nature sur l'un des 16 lacs artificiels de la plateforme expérimentale Planaqua, en Seine-et-Marne. François Renaud biologiste À écouter sur lejournal.cnrs.fr « Éradiquer un pathogène, c’est un peu une hérésie. Mise à part la variole, déclarée aujourd'hui comme éteinte par l'OMS, il n’y a pas une maladie infectieuse qui soit éradiquée sur Terre. La tuberculose, entre autres, existe toujours et les cas de peste repartent même dans certains pays. Il est donc important de connaître les composants en amont et en aval d’une maladie avant qu’elle touche les hommes. » CYRIL FRESILLON/CEREEP/CNRS PHOTOTHÈQUE Des animaux sentinelles Il y aura transmission si et seulement si l’agent infectieux est capable de se développer dans le nouvel environnement que représente pour lui l’organisme humain. Heureusement ce n’est souvent pas le cas, mais lorsque cela arrive, il est important de comprendre les processus évolutifs qui lui permettent de proliférer chez cette nouvelle espèce hôte. Dans le cas des virus, c’est souvent leur capacité à se fixer à la surface des cellules humaines qui conditionne cette possibilité. Ce mécanisme est fréquemment comparé à un système clé-serrure. Chaque espèce hôte dispose d’une serrure qui lui est propre à la surface de ses cellules. Pour que le virus puisse « sauter » d’une espèce hôte à l’autre, il est donc nécessaire qu’il dispose d’un passe-partout ou alors qu’il développe, par hasard, une nouvelle clé, via une mutation de son matériel génétique. La biologie évolutive et la génétique offrent des outils pour déterminer quels agents pathogènes pourraient s’adapter rapidement à de nouvelles espèces d’hôtes. Une fois installé, le nouveau pathogène peut se propager dans l’ensemble de la population. Notre monde globalisé favorise bien évidemment le phénomène. La prévention ne suffit plus Pour arriver à prédire la propagation spatiale et temporelle d’une épidémie, et son éventuelle transition pandémique, les modèles mathématiques actuellement utilisés s’appuient entre autres sur l’écologie théorique, héritière des premières formalisations de la dynamique des populations. Plus cm Frédéric Keck anthropologue À écouter sur lejournal.cnrs.fr « La prévention des maladies par des politiques de santé publique ne doit pas se résumer à un territoire, à des politiques de vaccination, d’abattage ou de confinement. Il faut inclure rapidement des technologies de surveillance et d’anticipation par des signaux d’alerte précoces des épidémies sur les animaux, perçus comme des sentinelles. » récemment, des modèles théoriques d’épidémiologie évolutive ont permis de combiner la dynamique épidémiologique (qui trace la démographie de la maladie) avec la dynamique évolutive (qui trace l’apparition de nouvelles souches du pathogène au cours de l’épidémie). Agir en amont est primordial car prédire le risque de pandémie une fois le pathogène installé ne suffit plus. Les chercheuses et chercheurs en écologie et en biologie évolutive sont déjà à pied d’œuvre et motivés par ces défis scientifiques. Malheureusement, leur travail a fortement été freiné par un manque de financements et des conditions de travail dégradées par l’ampleur des charges administratives, le montage de dossiers de demandes de financement et la diminution des postes alors que le nombre d’étudiants dans nos universités ne cesse d’augmenter. Néanmoins, restons positifs. Beaucoup s’accordent désormais à reconnaître qu’une recherche fondamentale et une formation accrue couvrant les champs de l’écologie et de la biologie évolutive sont indispensables au développement d’une lutte intégrée contre les pathogènes. Restera ensuite à convaincre politiques et décideurs en santé publique d’intégrer les résultats de ces recherches dans leurs choix. ii Lire l’intégralité du point de vue sur lejournal.cnrs.fr
« L’urgence environnementale est bien plus pressante aujourd’hui » D.R. Entretien avec Serge Morand, écologue et biologiste de l’évolution. Pour lui,.7n les chercheurs en sciences de l’environnement et en écologie sont plus politisés qu’il y a vingt ou trente ans. PROPOS RECUEILLIS PAR FABIEN TRÉCOURT En tant qu’écologue, quelle autre politique appelezvous de vos vœux aujourd’hui ? Serge Morand 1  : Avec l’accélération de la mondialisation, toutes les conditions étaient réunies pour qu’une maladie infectieuse émergente de ce type se propage à grande vitesse. Malheureusement, il me semble qu’un certain déni a prévalu depuis une vingtaine d’années. Nous et nos institutions avons du mal à remettre en cause notre manière d’occuper la planète et de circuler. L’émergence de ces épidémies est aussi largement due à la part croissante qu’occupent les animaux domestiques et d’élevage dans notre environnement, démultipliant les risques de transmission d’un virus d’une espèce à l’autre. La production intensive de protéines végétales destinées à nourrir toutes ces bêtes, encourage la déforestation et entraîne une perte Récolte de l’orge en France. L’agriculture est au centre de nombreux enjeux  : sécurité, biodiversité, rapport de l’homme à la nature... H. RIGEL/BIOSPHOTO/BIOSPHOTO VIA AFP massive de biodiversité. Cela bouleverse des équilibres naturels et des mécanismes de résilience qui nous permettaient de mieux faire face aux épidémies. Faut-il réformer en priorité la politique agricole ? S.M.  : Il est impératif de revenir à des pratiques moins massives, moins mondialisées et plus territorialisées. Paradoxalement, les institutions internationales semblent les plus en pointe sur ce point. La Commission européenne appelle depuis quelques mois à un « green deal » d’une manière qui me semble sincère. L’année dernière, même le Fonds monétaire international a annoncé vouloir œuvrer contre le réchauffement climatique et en faveur de l’environnement. Tout le monde est conscient de la nécessité de réformer la politique agricole commune. Il faut arrêter de subventionner en fonction de la production notamment, et prendre davantage en compte des critères écologiques  : le service rendu par un agriculteur à son environnement, à l’économie locale… ou les économies d’eau qu’il a rendues possibles. Y a-t-il une volonté plus marquée aujourd’hui chez les chercheurs en écologie de passer à l’action ? S.M.  : C’est très clair, ne serait-ce que parce que l’urgence environnementale est bien plus pressante aujourd’hui. Mais cela rejoint aussi des tendances de la recherche scientifique. Des domaines d’études, encore marginaux il y a vingt ou trente ans, occupent désormais une place de premier plan. Je pense par exemple à « l’écologie de la conservation » et de « la restauration » qui étudie des espaces jugés caractéristiques – fleuves, villages, mais aussi anciennes mines par exemple. Un enjeu fort est d’étudier leurs interactions avec d’autres lieux et acteurs, et d’imaginer les meilleures façons de les préserver au titre de patrimoine bioculturel. À un autre versant, tout ce qui relève de l’écologie dans le domaine de l’agriculture, de l’agronomie ou même de l’économie occupe une place croissante. Enfin du côté des sciences humaines, de l’anthropologie par exemple, les études sur les interactions entre l’humanité et la nature se sont démultipliées. Je pense notamment aux travaux de l’écologue John Thompson et du géographe Raphaël Mathevet 2 sur la « solidarité écologique », qui ont directement influencé la charte des parcs nationaux de France. ii Lire l’intégralité de l’entretien sur lejournal.cnrs.fr ÉCOLOGIE 1. Directeur de recherche au CNRS, à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (CNRS/Université de Montpellier/IRD/EPHE) et chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Mesri/MEAE). 2. Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive. N°300 39



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