CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
CNRS Le Journal n°300 jun/jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°300 de jun/jui/aoû 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial covid-19.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 22 - 23  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
22 23
SPÉCIAL COVID-19 … Dans mon domaine, la première structure tridimensionnelle d’une protéine a été réalisée en 2002 par Rolf Hilgenfeld. Elle passe totalement inaperçue, car le virus (le TGEV) n’est pas médiatique  : il donne des gastro-entérites aux porcs d’élevage... En revanche, cette structure permet à Rolf Hilgenfeld de réaliser très rapidement la structure de la première protéine du virus du SRAS, la protéase principale, en 2004. Il se trouve que ce type d’enzymes, les protéases virales, sont des cibles intéressantes pour la conception de médicaments. De notre côté, nous avons réalisé la première structure originale d’une protéine du SRAS quelques mois après, en 2004. » Ces agents infectieux présentent en général un génome réduit et, comme l’ARN est moins stable que l’ADN, ils mutent et évoluent plus rapidement. Certaines de ces erreurs dans la copie génétique pourraient nuire au fonctionnement du virus, mais SARS- CoV-2 possède une enzyme, l’exonucléase, qui répare les défauts les plus importants. « Contrairement aux protéines présentes sur l’enveloppe des virus, sans cesse en lutte contre le système I. « Il existe quatre stratégies qui ont déjà fait leurs preuves par le passé. > 1. L'inactivation du virus lui-même. C'est une stratégie classique et maîtrisée, utilisée par exemple pour la grippe saisonnière. Le virus est produit à grande échelle en laboratoire puis inactivé par différents procédés, chimiques ou autres, avant d'être réinjecté à l'individu à vacciner. > 2. L'utilisation de la protéine S (Spike), par laquelle le virus interagit avec la cellule hôte. Cette stratégie de vaccin Les stratégies de vaccination CNRS LE JOURNAL 22 sous-unitaire implique de produireuiquement la protéine S en fermentation (génie génétique) à grande échelle. Le vaccin est utilisé en associant cette protéine avec un adjuvant pour booster la réponse immunitaire. > 3. L'utilisation de l'information génétique. La séquence codant la protéine S étant connue, il est possible d'utiliser une stratégie de vaccination par acide nucléïque. Il s'agit d'utiliser un autre virus, connu et maîtrisé, pour transporter la séquence à l'intérieur des cellules de la personne à vacciner. Structure tridimensionnelle de la nucléocapside du virus de la rougeole par cryomicroscopie électronique (vue de dessus), qui permet de visualiser la protéine centrale. Bruno Pitard biologiste À écouter sur lejournal.cnrs.fr Celles-ci vont alors produire la protéine S, qui va à son tour induire la production de cellules immunitaires pour lutter contre cette protéine. > 4. La réalisation d'un assemblage supramoléculaire avec la séquence codant la protéine S, par des procédés physiques ou des molécules chimiques, afin de s'en servir comme d'un cheval de Troie pour pénétrer les cellules. Celles-ci vont alors produire la protéine S immuno gène, et induire la production d'anticorps et de lymphocites T spécifiques. » GRÉGORY EFFANTIN/UJF/IBS/CNRS PHOTOTHÈQUE immunitaire, l’appareil de synthèse de l’ARN du virus varie peu, avance Bruno Canard. Il est en effet davantage soumis aux lois de la thermodynamique et de la cinétique, ses marges de manœuvre réduites en font une cible idéale. » Enrayer cet appareil par des médicaments constitue d’ailleurs la stratégie employée avec succès dans des traitements antiviraux contre le VIH, l’hépatite C ou l’herpès. Aucun virus ne doit être négligé La variation génétique virale est un problème auquel Roland Marquet, directeur de recherche CNRS au laboratoire Architecture et réactivité de l’ARN, est confronté. Il étudie le VIH et le virus influenza, qui a la particularité d’être segmenté en huit parts, assimilables à des chromosomes viraux. Or si deux virus influenza différents infectent une même cellule, ils peuvent réassortir leur matériel génétique et répliquer un virus hybride. Un phénomène qui leur permet d’évoluer extrêmement rapidement et de générer des viraux au pouvoir pandémique élevé. Comprendre les mécanismes de réassortiment génétique est ainsi un enjeu important. « La recherche en viro-
MI/fflMMM/11/, logie doit rester la plus large possible, insiste Roland Marquet. On ne peut pas prédire quels virus vont passer des animaux à l’homme. Si on regarde les pandémies des XX e et XXI e siècles, elles ont toutes été causées par des virus de la grippe ou, comme le sida, par un rétrovirus. Si on se cantonne à ceux qu’on pense les plus importants, on se retrouve démunis lorsque c’est un coronavirus qui frappe. » « Nous devons absolument comprendre la physiologie de tous les virus, abonde Chantal Abergel. SARS- CoV-2 n’est ni le plus infectieux ni le plus mortel, je ne sais pas comment nous pourrons réagir si un nouveau virus bien plus dangereux apparaît. » Soutenir la recherche en virologie Face à l’épidémie en cours, l’Agence nationale de la recherche a lancé une procédure pour soutenir 86 projets contre SARS-CoV-2. Depuis le laboratoire Microbiologie moléculaire et biochimie structurale 5, Lauriane Lecoq coordonne l’un d’eux où elle observe, par résonance magnétique nucléaire, les interactions entre différentes molécules et la protéine ORF8 du virus. Des informations cruciales pour mieux orienter la recherche de médicaments. Lauriane Lecoq procède déjà ainsi pour les virus de l’hépatite B, l'hépatite D et de la dengue, dont elle étudie tout particulièrement les protéines de capside. Ces protéines s’assemblent pour former une couche protectrice, parfois sphérique, autour de l’ADN ou de l’ARN du virus. Lors de la contamination d’une cellule, la capside et son enveloppe y pénètrent et la capside relâche les éléments infectieux dans le noyau. Cette protéine est donc une cible pharmaceutique majeure. Malgré toutes ces pistes d’intérêt et l’importance de pouvoir combattre les épidémies, de nombreux virologues estiment que leur discipline n’a pas été suffisamment soutenue au cours des dernières décennies. « Nous manquons d’agences spécifiques pour les virus émergents, regrette Bruno Canard. Des travaux abondants sont faits sur leur séquençage, mais nous 5. Unité CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1. avons besoin de connaître leurs mécanismes d’entrée dans les cellules, leurs mécanismes de réplication et leurs interactions avec le système immunitaire. Trop peu d’équipes se consacrent à ces sujets. La cryo-microscopie électronique a permis une véritable révolution en biologie structurale, mais nous en sommes encore trop peu équipés en France. » « La recherche fondamentale en virologie doit être soutenue, insiste aussi Lauriane Lecoq. On ne peut pas décider d’où va l’argent seulement en fonction de l’actualité, il faut une vision sur dix à Culture de cellules, placée devant une image de coronavirus observée en microscopie électronique. ANDREW BROOKES/CULTURA CREATIVE/CULTURA CREATIVE VIA AFP Les secrets du génome Isabelle Imbert biologiste À écouter sur lejournal.cnrs.fr BIOLOGIE « Avec un génome très long, 30 000 nucléotides, et 16 protéines non structurales impliquées dans le processus de réplication, les coronavirus occupent une place à part dans la famille des virus à ARN et représentent un terrain complexe à étudier. Afin de maintenir une telle longueur de génome, ces virus expriment une activité enzymatique acquise au fur et à mesure de l'évolution, impliquée dans un système de correction des erreurs lors de la réplication. Comprendre comment fonctionne cette activité ARN polymérase ARN-dépendante en ferait une cible de choix pour de futurs traitements. » vingt ans. Même des virus qui ont déjà un vaccin ou un traitement efficace, comme les hépatites B etC, peuvent muter. » Tout cela contribue au paradoxe d’une discipline riche et cruciale, mais vers laquelle on ne se tourne souvent que dans l’urgence. « La science fondamentale sérieuse, indépendante, réfléchie, collégiale est notre meilleure assurance contre beaucoup de fléaux », conclut Bruno Canard. ii Lire l’intégralité de l’article sur lejournal.cnrs.fr N°300 23



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 1CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 2-3CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 4-5CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 6-7CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 8-9CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 10-11CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 12-13CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 14-15CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 16-17CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 18-19CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 20-21CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 22-23CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 24-25CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 26-27CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 28-29CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 30-31CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 32-33CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 34-35CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 36-37CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 38-39CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 40-41CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 42-43CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 44-45CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 46-47CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 48-49CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 50-51CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 52-53CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 54-55CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 56-57CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 58-59CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 60-61CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 62-63CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 64-65CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 66-67CNRS Le Journal numéro 300 jun/jui/aoû 2020 Page 68