CNRS Le Journal n°270 jan/fév 2013
CNRS Le Journal n°270 jan/fév 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°270 de jan/fév 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 8 Mo

  • Dans ce numéro : Les OGM de la discorde

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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© R. Limbourg w 22 | L’enquête cnrs I LE JOURNAL Trois chercheurs, trois points de vue Pour Jean-François Briat, Les OGM sont porteurs d’espoir en termes de santé publique La France est confrontée à un vrai paradoxe. D’un côté, la culture de plantes génétiquement modifiées (PGM) est interdite depuis 2008, et, de l’autre, leur importation est massive. L’alimentation des animaux d’élevage dépend en effet des protéines végétales et notre pays importe 4,6 millions de tonnes de soja par an en provenance des États-Unis, du Brésil et d’Argentine, les deux tiers étant d’origine transgénique. Les PGM sont aussi tolérées à raison de 0,9% dans nos produits alimentaires sans étiquetage particulier. On importe et on consomme donc des produits interdits à la culture chez nous, et c’est, singulièrement, le résultat de l’opposition française aux OGM. Rappelons l’origine de celle-ci. Les mouvements anti-OGM ayant initié la destruction des premiers essais en France avaient des objectifs politiques. Issus des mouvements contestataires des années 1970, ils prônaient une sortie de la société industrielle, et mettaient aussi en doute l’utilité Monsanto. Entreprise américaine aujourd’hui spécialisée dans les biotechnologies végétales. Défoliant. Herbicide destiné à faire tomber les feuilles des arbres. Spécialiste en physiologie végétale, Jean-François Briat est directeur de recherche au cnrs. Il a dirigé le département de Biologie végétale de l’Inra de 1999 à 2002 et le laboratoire Biochimie et physiologie moléculaire des plantes (Inra/cnrs/SupAgro Montpellier/Université Montpellier-II) de 2007 à 2012. Pendant plus de vingt ans, il a mené des recherches fondamentales sur les mécanismes de transport et de stockage du fer chez les plantes. C’est lui qui a caractérisé les gènes de ferritines utilisés aujourd’hui par de nombreux laboratoires pour augmenter la quantité de fer dans le riz et d’autres plantes génétiquement modifiées. de la pratique scientifique et sa contribution au progrès social. Une partie des essais détruits appartenait à la firme Monsanto. Celle-ci, productrice de l’agent orange, un défoliant utilisé pendant la guerre du Vietnam, avait déjà été la cible des mouvements activistes. L’autre partie était conduite par des organismes publics de recherche comme l’Inra, financés par l’État, ce dernier étant jugé complice du « grand capital » aux yeux de cette mouvance anti-OGM. La plupart des 39 essais PGM autorisés en plein champ à des fins de recherche ont été détruits entre 2007 et 2012. Un seul arrive maintenant à son terme et concerne des peupliers transgéniques à finalité non alimentaire. Ces mouvements ont donc eu gain de cause en obtenant l’interdiction des cultures de PGM et l’abandon des essais scientifiques, ce qui a paradoxalement renforcé le monopole de Monsanto. expertise Réaffirmer l’importance de l’expertise indépendante fondée sur la méthode scientifique est une nécessité. La France et l’Europe sont dotées d’instances consultatives efficaces et transparentes, capables de mobiliser rapidement les compétences nécessaires pour produire des analyses facilement accessibles, sur Internet notamment. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter le rapport du Haut Conseil des biotechnologies en réponse à la saisine du 24 septembre 2012 par quatre ministères, relative à l’article de G.-É. Séralini (lire p. 26). Informer largement sur l’existence de ces dispositifs d’évaluation, et communiquer les résultats de leurs travaux sont essentiels. La procédure qui accorde leur agrément aux PGM pourrait toutefois être améliorée. Actuellement, elle est réalisée en l’état des
N°270 I janvier-février 2013 L’enquête | 23 w connaissances au moment du dépôt de la demande d’agrément. Pour s’adapter à la rapidité des avancées scientifiques et intégrer les données les plus nouvelles, l’expertise gagnerait à devenir un processus plus dynamique réexaminant régulièrement les dossiers. Une étude récente sur des risques potentiels liés aux petits ARNs illustre bien ce point. Il était déjà établi depuis des années que l’introduction de transgènes dans une plante modifie son contenu en petits ARNs. Or, on apprend à présent que ces molécules peuvent se retrouver intactes dans l’organisme d’un animal qui l’a mangée et qu’elles pourraient interférer avec la régulation de l’expression de certains gènes de celui-ci 1. Même si un tel scénario survient à très faible fréquence, faut-il préconiser l’étude systématique de ces nouvelles éventualités dans le cahier des charges d’évaluation des PGM 2 ? L’expertise repose sur une analyse coût/bénéfice et la réponse à cette question devra intégrer le risque de paralyser l’innovation en poussant trop loin le principe de précaution. bénéfices Une chose est sûre, l’objectivité de l’expertise scientifique ne suffira pas, à elle seule, à changer l’image négative des PGM auprès du grand public. L’amélioration de cette image nécessiterait que la technologie PGM prouve que son impact, écologique ou humanitaire, est positif. L’utilisation de PGM résistantes aux herbicides ne diminue pas systématiquement l’usage de ces produits, en raison de pratiques culturales parfois abusives, notamment avec la culture de soja aux États-Unis, et de nombreux rapports contradictoires existent sur le sujet. Les prochaines plantes transgéniques adaptées à la sécheresse, actuellement testées sur 4 000 hectares outre-Atlantique par Monsanto, devraient être écologiquement plus acceptables. Dans un autre domaine, les carences minérales et vitaminiques responsables de la malnutrition d’une partie de la population pourraient être améliorées par des approches de biofortification impliquant des PGM. Celles-ci sont promues dans les projets Golden Rice ou HarvestPlus, soutenus par des fondations internationales. Les cibles principales définies par l’Organisation mondiale de la santé concernent les carences en vitamine A, en fer et en zinc, et le riz est la plante la plus utilisée dans ce contexte. Ces initiatives pour remédier à des problèmes de santé publique dans des pays défavorisés pourraient impacter positivement l’opinion dans sa perception de la technologie PGM. Mais aucun problème ne saurait être réglé par la science et la technique, aussi longtemps que les questions politiques, économiques et culturelles sous-jacentes ne seront pas résolues. ✕ 1.L. Zhang et al., Cell Research, 2012, vol. 22, n°1,pp. 107-126. 2. H. Vaucheret et Y. Chupeau, Cell Research, 2012, vol. 22, n°1,pp. 3-5, et Inra Magazine, octobre 2012, n°22, p. 12. Contact : Biochimie et physiologie moléculaire des plantes Jean-François Briat > jean-francois.briat@supagro.inra.fr Pour Pierre-Henri Gouyon, Les semences OGM sont catastrophiques pour le système agricole Petits ARNs. Acides ribonucléiques (ARN) de petite taille (quelques nucléotides) capables de bloquer l’expression d’un gène. Principe de. précaution. Il est inscrit dans la loi du 2 février 1995. Selon ce principe : « l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures (...) visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environ nement (...) » Biologiste et ingénieur agronome, Pierre-Henri Gouyon est professeur au Muséum national d’histoire naturelle, à AgroParisTech, à Sciences-Po et à l'ENS. Il est également chercheur au sein du laboratoire Origine, structure et évolution de la biodiversité (cnrs/Mnhn). Il intervient régulièrement aux conférences sur les questions ayant trait à l’évolution, à la génétique, à l’écologie et à la bioéthique. Il est membre du Conseil scientifique du CRIIGEN (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique). La question des OGM végétaux destinés à l’agriculture met au jour une très importante divergence au sein de la communauté des chercheurs. Cette divergence est manifestement d’ordre épistémologique. Il s’agit de la façon dont le monde vivant, de la cellule jusqu’à la biosphère, est perçu. Certains chercheurs voient la vie comme un processus d’assemblage de pièces qu’on peut modifier à l’envi, comme un Légo. Selon eux, il faut bien sûr prendre quelques précautions mais, en gros, on peut prédire les conséquences des modifications qu’on apporte. D’autres chercheurs, au contraire, voient le vivant comme un système complexe aux émergences multiples et dont on ne peut comprendre les parties sans comprendre le tout. Les conséquences d’une action ponctuelle sur le système sont alors très imprévisibles et ne peuvent être appréhendées sans une approche globale. Cette perception inspire largement le principe de précaution. C’est de ce dernier point de vue que s’inspirent les remarques suivantes. Lorsqu’on introduit dans une plante une séquence radicalement nouvelle, bactérienne en général, comme on le fait pour les OGM, on ne connaît pas a priori les conséquences biochimiques de cette opération. inconnues De nombreuses inconnues existent, comme les modifications de l’expression des autres gènes de la plante. Ceci peut avoir des conséquences graves comme l’a montré un cas bien connu : les pommes de terre devenues toxiques détectées par Arpad Pustzai (lire p. 26). Si la toxicité est aiguë, comme dans le cas cité, elle est détectée rapidement et le risque reste limité. Mais si la toxicité est chronique, de nombreux scientifiques pensent qu’aucun des processus actuellement en place ne permet de la détecter, du fait de la rareté des études Suite page 24 q ©c.frésillon/CNRS Photothèque



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