CNRS Le Journal n°268 sep/oct 2012
CNRS Le Journal n°268 sep/oct 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°268 de sep/oct 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : La Nature pour modèle

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 18 - 19  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
18 19
© F. GARDY/INSTITUT PASTEUR w 18 PROPOS RECUEILLIS PAR KHEIRA BETTAYEB | Le grand entretien CNRS I LE JOURNAL Santé À l’occasion d’un congrès prévu à la mi-septembre, PedroAlzari, directeur de recherche à l’Institut Pasteur 1, fait le point sur les dernières avancées contre la tuberculose. De nouvelles armes contre la tuberculose Avec le biologiste Roland Brosch, vous êtes à l’initiative du nouveau congrès international Tuberculosis 2012, dont la première édition se tient à l’Institut Pasteur, à Paris, du 11 au 15 septembre. Pourquoi la recherche contre la tuberculose reste-t-elle aussi cruciale ? PedroAlzari : Parce que, si la tuberculose semble sous contrôle dans les pays du Nord, avec tout de même environ 5 000 nouveaux cas en France en 2010, elle demeure au plan mondial l’une des causes infectieuses de mortalité les plus importantes : elle a causé la mort de 1,4 million de personnes en 2010. Due à la bactérie Mycobacterium tuberculosis (MTB), qui se propage par voie aérienne quand les personnes atteintes toussent, éternuent ou crachent, cette maladie se manifeste notamment par une toux, de la fièvre, des sueurs nocturnes et une perte de poids. Favorisée par l’alcoolisme, la dénutrition, un déficit immunitaire lié à une autre maladie ou à un traitement, elle frappe particulièrement les milieux sociaux défavorisés. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un tiers de la population mondiale serait infecté par MTB. Et de 5 à 10% de ces personnes développent la maladie ou deviennent contagieuses un jour. Ces dernières années, la situation s’est hélas encore aggravée. EN LIGNE. Pour en savoir plus sur le congrès Tuberculosis 2012 : > www.pasteur.fr/infosci/conf/sb/tuberculosis2012/q Dépistage de la tuberculose au centre de santé Edison, à Paris. Quelles sont les raisons de cette aggravation ? P.A. : À cause de deux grands facteurs. Tout d’abord, avec l’arrivée du Sida dans les années 1980, on a vu apparaître des cas d’infection simultanée par la bactérie MTB et le virus du Sida (VIH). Or celui-ci affaiblit le système immunitaire et accroît de cinquante fois le risque de développer la tuber culose. Ensuite, la situation a empiré à cause de l’apparition de formes de MTB insensibles à plusieurs antibiotiques antituberculeux. Ces souches multirésistantes risquent de mener à une impasse thérapeutique de plus en plus pré occupante. Il est plus qu’urgent de trouver d’autres moyens pour lutter contre la tuberculose. Quelle est l’implication du CNRS dans cette recherche ? P.A. : Comme bon nombre d’acteurs de la recherche biomédicale française (Inserm, Institut Pasteur, etc.), les chercheurs du CNRS travaillent principalement sur quatre axes. Le premier vise à mieux comprendre les mécanismes moléculaires de la maladie. Le deuxième consiste à développer de nouveaux outils de diagnostic plus sensibles ou moins lents. Le troisième concerne les traitements : il s’agit de mettre au point des antibiotiques plus puissants et plus efficaces contre les formes résis tantes. Enfin, on tente de développer de nouveaux vaccins, car le seul sur le marché, le BCG © CHAMUSSY/SIPA
© WHO 2012 N°268 I SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 Le grand entretien | 19 Estimation du nombre de nouveaux cas (pour 100 000 habitants) LA TUBERCULOSE DANS LE MONDE (DONNÉES DE L’OMS POUR L’ANNÉE 2010) – développé à l’Institut Pasteur dans les années 1920 –, ne protège pas un adulte sur deux de la tuberculose pulmonaire. Ces travaux sont souvent menés au sein de programmes européens regroupant les meilleurs laboratoires académiques et des acteurs majeurs de l’industrie pharmaceutique. Y a-t-il eu des avancées significatives ces dernières années ? P.A. : Oui. Depuis 1993, date à laquelle l’OMS a tiré la sonnette d’alarme sur la recrudescence de la maladie, on a beaucoup progressé. Et cela grâce au séquençage du génome de la bactérie MTB, réalisé par un consortium international coordonné par le généticien Stewart Cole à l’Institut Pasteur ; et grâce à l’identification de la fonction des gènes du microbe. Prenons le diagnostic, on a déjà vu apparaître quelques outils. On peut citer le test sanguin, qui améliore le dépistage de l’infection tuberculeuse dite latente, c’est-à-dire lorsque l’on est infecté sans développer la maladie. Cette technique détecte une substance particulière produite lors de la réponse immunitaire à la bactérie MTB : l’interféron gamma. Autre exemple phare : l’appareil Xpert MTB/RIF, qui dépiste spécifiquement MTB, ainsi que les souches résistant à la rifampicine, un anti biotique utilisé habituellement contre la tuberculose. Accepté par l’OMS en décembre 2010, cet outil est aujourd’hui utilisé dans plus de 25 pays en développement. Où en est-on du développement de nouveaux traitements ? P.A. : Pour la première fois en plus de cinquante ans, depuis la découverte des médicaments utilisés actuellement, on dispose d’un large éventail de molécules très prometteuses. À ce jour, plus d’une dizaine d’entre elles sont en essais cliniques, c’est-à-dire testées chez l’homme pour évaluer leur innocuité et leur efficacité. Deux sont en phase finale d’évaluation, en essais de phase III. Elles visent à réduire la durée du traitement de la tuberculose non résistante à quatre mois, au lieu de six à neuf mois aujourd’hui. D’autres produits, à un stade de recherche un peu moins avancé, sont destinés à améliorer le traitement des multirésistances. On espère voir arriver les tout premiers nouveaux antibiotiques dans les cinq prochaines années. Et pour ce qui est de la recherche d’un nouveau vaccin ? P.A. : Si l’échéance pour disposer d’un autre vaccin paraît plus lointaine, là aussi plusieurs formulations sont en test chez l’humain. Ces candidats vaccins sont destinés à améliorer 0 1 250 2 500 5 000 kilomètres 8,8 millions 1,4 million 650 000 80% 95% ou à remplacer le BCG. L’un des plus avancés en termes de recherche est le MVA85A. Développé par des chercheurs britanniques de l’université d’Oxford, ce produit renferme une souche du virus de la variole très atténuée. Celle-ci a été manipulée génétiquement pour exprimer à sa surface une molécule présente sur MTB, l’antigène 85A. Cette combinaison semble stimuler davantage notre immunité que le BCG. Si elle se révèle efficace en tests de phase III, elle pourrait être acceptée par les autorités médicales à la fin de la décennie. « Pour la première fois en plus de cinquante ans, […] on dispose d’un large éventail de molécules très prometteuses. » Le partenariat international Stop TB 2 a deux objectifs : réduire de moitié, d’ici à 2015, le nombre de cas de tuberculose dans le monde par rapport au niveau de 1990, et éradiquer la maladie d’ici à 2050. Ces buts vous semblent-ils réalisables ? P.A. : Oui, mais pas à si court terme. Car, en raison de la récession économique, les pays du Nord ont diminué les financements alloués à la recherche. Or les pays du Sud, qui portent largement le fardeau de la tuberculose, n’auront vraisemblablement pas les ressources nécessaires pour compenser cette carence. Cela dit, il est important de souligner le rôle-clé du partenariat Stop TB. C’est grâce aux efforts collectifs de ce genre qu’après des années de pénurie nous disposons enfin de plusieurs candidats vaccins et d’antibiotiques prometteurs. Et, même si c’est à plus long terme que celui fixé initialement par Stop TB, ces avancées devraient nous permettre de contrôler la maladie un jour. 1. Au laboratoire Biologie structurale des processus cellulaires et maladies infectieuses (Unité CNRS/Institut Pasteur/UPMC/Université Paris-Diderot). 2. Réseau de plus de 500 institutions, donateurs, pays et individuels, et dont l’un des membres-clés est l’OMS. de personnes ont développé la maladie durant l’année 2010. en sont mortes, dont 350 000 étaient co-infectées par le virus du Sida. personnes étaient atteintes de tuberculose multirésistante. des cas signalés sont survenus dans 22 pays, l’Asie et l’Afrique subsaharienne étant les zones les plus touchées. des décès enregistrés l’ont été dans les pays en développement. CONTACT : Biologie structurale des processus cellulaires et maladies infectieuses, Paris PedroAlzari > pedro.alzari@pasteur.fr



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :