CNRS Le Journal n°248-249 sep/oct 2010
CNRS Le Journal n°248-249 sep/oct 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°248-249 de sep/oct 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 6,5 Mo

  • Dans ce numéro : Les mille vertus des plantes

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 16 - 17  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
16 17
© 08-09-10 : D. GALOP/OHM-GEODE CNRS © A. BURENS/OHM-GEODE CNRS 16 05 Les populations d’euproctes des Pyrénées, un amphibien endémique de cette chaîne de montagne, sont suivies de près. 06 Tout comme les tritons, dont l’un d’eux est ici mesuré. Les populations et le comportement sexuel de ces animaux sont en effet susceptibles d’être modifiés en raison des changements environnementaux. 07 La tourbière de l’étang Mort a livré une archive écologique de plus de 10 000 ans. 08 Des intercepteurs de pollens permettent d’étudier les variations de la phénologie (le rythme des cycles de vie) des végétaux en lien avec les changements climatiques. 09 Les cabanes de berger en pierre sèche, ou orrys, sont plus nombreuses dans cette vallée que partout ailleurs dans les Pyrénées. 10 Dans les années 1930, la haute vallée du Vicdessos hébergeait 7 000 brebis. Depuis, l’activité pastorale s’est effondrée. | En images CNRS I LE JOURNAL 09 10 07 08 05 06 de champignons, indique-t-il. Or ceux-ci sont des marqueurs des bouleversements environnementaux : un défrichement important se traduit par une chute du taux de pollen d’arbres ; une augmentation du pâturage par la présence, entre autres, de spores de champignons qui se développent sur les déjections d’animaux… » Autres témoins recherchés dans les tourbières, les polluants atmosphériques, liés aux activités métallurgiques et minières, contribuent à expliquer certains épisodes de défrichement car ces activités industrielles sont très gourmandes en charbon de bois. « La pluridisciplinarité donne ainsi beaucoup de puissance et de finesse à l’analyse », souligne le chercheur. L’OHM accueille aussi des écologues qui observeront les modifications du comportement reproductif des amphibiens, lézards et insectes, et leur distribution en lien avec le changement climatique. Des archéologues étudieront la structure des orrys, cabanes de bergers en pierre sèche, dont on ignore quand elles ont été construites, mais qui sont plus nombreuses ici que partout ailleurs dans les Pyrénées. Des anthropologues passeront les registres communaux au crible, pour retracer l’histoire de la population et de ses maladies… Un véritable foisonnement d’investigations qui devrait aider à caractériser de manière très fine les interactions locales entre l’homme et son environnement. Mais ce projet dont, précise Didier Galop, « la communauté de communes du Vicdessos, le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises, EDF et l’Office national des forêts comptent parmi les partenaires », doit aussi permettre, entre autres, de valoriser le patrimoine historique, d’anticiper l’évolution de l’enneigement et même de la capacité de production d’électricité des barrages. Un vaste programme. 1. Unité CNRS/Université Toulouse-II-Le Mirail. 2. Unité CNRS/Université d’Orléans/Université François-Rabelais Tours. EN LIGNE. > http:Ilw3.ohmpyr.univ-tlse2.fr/CONTACT : Géographie de l’environnement, Toulouse Didier Galop > didier.galop@univ-tlse2.fr © 05-06 : A. LOYAU/OHM-STATION D’ÉCOLOGIE EXPÉRIMENTALE DE MOULIS CNRS
N°248-249 I SEPTEMBRE-OCTOBRE 2010 Décryptage | 17 Biologie En mai dernier, le très médiatique John Craig Venter a annoncé avoir créé la première cellule vivante artificielle. Le généticien Jean Weissenbach nous livre sa vision de cette avancée. L’homme a-t-il créé de la vie artificielle ? © T. DEERINCK ET M. ELLISMAN/NATIONAL CENTER FOR MICROSCOPY AND IMAGING RESEARCH, UNIVERSITY OF CALIFORNIA q Point de départ de l’expérience, cette bactérie de type Mycoplasma mycoides, dont le génome a été reconstitué par des biologistes américains et transféré dans une autre bactérie. PAR PHILIPPE TESTARD-VAILLANT « Il s’agit de la première espèce capable de se reproduire sur la planète qui a pour parent un ordinateur ! » Nul doute que le très médiatique biologiste américain John Craig Venter a le sens de la formule qui claque. De fait, l’article paru en mai dans le magazine Science, signé de Daniel G. Gibson et de ses collègues travaillant dans les Instituts John Craig Venter de Rockville et de San Diego, a déclenché des torrents de commentaires aux quatre coins de la planète. L’origine d’un tel emballement ? Le fait que cette équipe soit parvenue à reconstituer les 1,1 million de paires de bases qui forment les séquences de l’ADN des bactéries Mycoplasma mycoides, puis à transplanter ce génome artificiel dans des bactéries Mycoplasma capricolum. Ces dernières, après des mois d’échecs, se sont divisées pour se reproduire. « En construisant le génome d’une bactérie grâce à des méthodes chimiques pointues et en transférant cette molécule comprenant un millier de gènes dans des cellules d’une autre espèce bactérienne, certes très proche sur le plan génétique, l’équipe de Venter a réussi un véritable tour de force expérimental, commente Jean Weissenbach, directeur du Genoscope-Centre national de séquençage 1. Ce résultat prouve que ces chercheurs disposent de moyens techniques plus performants que ceux de leurs compétiteurs, même s’il manque dans l’article de Science beaucoup d’informations sur leur modus operandi, d’où l’impossibilité de reproduire cette expérience. » Quant à affirmer que Daniel G. Gibson et ses collègues ont créé la vie… « On n’en est quand même pas là ! réagit notre expert. Cette ©C. LEBEDINSKY/CNRS PHOTOTHÈQUE w équipe a remplacé dans une bactérie un génome complet par un génome étranger qui s’est mis à piloter le fonctionnement de la cellule receveuse, ce qui constitue déjà une performance. » Qualifiée d’ « importante avancée philosophique dans l’histoire de nos espèces » par Craig Venter, cette manipulation augure-t-elle de l’émergence d’organismes vivants fabriqués de A à Z par l’homme ? « Rien n’empêche d’imaginer un tel scénario, répond Jean Weissenbach. Mais inventer une nouvelle espèce ex nihilo prendra énormément de temps, sachant que la méthode mise au point par Venter ne permet de reconstituer que de petits génomes, au mieux de deux millions de bases. Celui de la souris en comporte 1 200 fois plus… Surtout, il faut garder à l’esprit que les espèces actuelles ont été sélectionnées par l’évolution depuis des millions d’années. À supposer qu’une créature entièrement artificielle voie le jour, on peut penser qu’elle ne sera pas correctement armée sur le plan génétique pour affronter la compétition qui règne au sein du monde vivant. » Pour l’heure, Craig Venter mise sur la conception de microorganismes minimaux, c’est-à-dire dotés uniquement des gènes nécessaires à certaines tâches, comme la capture de CO 2, la production de biocarburants… « En théorie, un génome de synthèse pourrait être idéalement profilé pour remplir telle ou telle fonction, reconnaît Jean Weissenbach. Cela étant, nous ne savons pas déterminer aujourd’hui quels sont précisément, dans un génome, les gènes utiles et les gènes inutiles. Même le concept de génome minimal ne me semble pas être la bonne réponse. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de synthétiser un génome pour transformer un organisme en usine de produits utiles. Le travail de l’équipe de Craig Venter est cependant un exploit technique remarquable qui.JEAN WEISSENBACH. Cet expert mondial du génome est lauréat du Grand Prix de la Fondation pour la recherche médicale (2007) et de la médaille d’or du CNRS (2008). ouvre la voie à la synthèse de génomes entièrement conçus par l’expérimentateur. Il devient donc envisageable de tester des combinaisons sophistiquées de gènes et de les substituer à celles qui sont issues de la sélection naturelle, en s’entourant, bien sûr, des précautions expérimentales nécessaires. » 1. Jean Weissenbach fait partie de l’unité Génomique métabolique (CNRS/Université d’Évry/CEA), la structure de recherche fondamentale du Genoscope. CONTACT : Génomique métabolique (Genoscope), Évry Jean Weissenbach, > jsbach@genoscope.cns.fr



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :