CNRS Le Journal n°246-247 juil/août 2010
CNRS Le Journal n°246-247 juil/août 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°246-247 de juil/août 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,6 Mo

  • Dans ce numéro : Qui étaient vraiment les Gaulois

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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36 INSITU Entretien ANNIVERSAIRE Pari gagné pour le musée du quai Branly Le 23 juin 2006 était inauguré le musée du quai Branly, à Paris. Quatre ans plus tard, son président, Stéphane Martin, qui vient d’être renommé pour cinq ans, dresse un premier bilan de l’établissement et offre un aperçu de son avenir. Pouvez-vous nous décrire les grands fondements et les objectifs du musée du quai Branly ? Stéphane Martin : Notre musée a pour ambition de faire découvrir au public les arts d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques. Il s’agit d’un établissement culturel totalement novateur, à la fois musée, centre d’enseignement et de recherche et espace à vivre pour le public, avec notamment un salon de lecture en libre accès, une médiathèque, un théâtre… Il marque une vraie rupture avec l’image désuète des musées d’ethnologie. Traditionnellement, ces derniers reposent sur l’émerveillement devant les objets inconnus. Or cet émerveillement ne suffit plus dans notre société contemporaine. Le quai Branly propose donc une double muséographie : l’une, permanente, centrée sur l’histoire des collections, et l’autre, temporaire, avec une dizaine d’expositions par an. La place importante laissée aux expositions temporaires – la moitié du musée – est primordiale dans notre démarche. Aujourd’hui, il ne peut y avoir de discours absolu sur les cultures. Cela n’a plus de sens de montrer le mode de vie des Indiens navajos comme s’il était immuable. Les sujets des expositions temporaires sont élaborés par l’équipe du musée, des chercheurs extérieurs ou par des institutions internationales. Ce qui nous permet d’ouvrir nos portes à des commissaires venant de tous horizons : anthropologues français et étrangers, historiens, historiens de l’art, artistes, figures bien connues du grand public, tel le footballeur Lilian Thuram, qui sera commissaire de l’exposition Exhibitions présentée en 2012. Le succès est-il au rendez-vous ? S. M. : C’est certain. Nous accueillons chaque année 1,5 million de visiteurs alors que nous en attendions 800 000. Cette fréquentation est stable et, fait assez unique pour un établissement de cette envergure, il n’y a pratiquement pas eu de baisse après l’effet d’ouverture en juin 2006. D’autant que nos visiteurs sont fidèles. Près de 40% d’entre eux viennent au moins pour la deuxième fois. Ils utilisent le musée un peu à la manière d’une maison de la culture grâce à notre Le journal du CNRS n°246-247 juillet-août 2010 programmation diversifiée : expositions, concerts, spectacles, conférences, ateliers… Un musée d’ethnologie traditionnel, sorte de cathédrale dédiée à la discipline, n’est pas un lieu où l’on revient souvent : une fois que vous avez vu la collection, vous attendez peut-être des années pour y retourner. Au musée du quai Branly, la fréquentation se révèle plus quotidienne, plus « sociale ». Car notre musée s’inscrit dans ce que j’appelle la filiation Beaubourg. L’influence d’un établissement comme le Centre Georges-Pompidou a été très forte sur la fonction sociale du musée en France. On ne peut pas concevoir un grand musée aujourd’hui sans qu’il y ait une conjonction et une fraternisation des arts visuels et du spectacle vivant. Au quai Branly, il se passe toujours quelque chose. Pour le prix d’une entrée, vous pouvez visiter les expositions, assister à une table ronde sur la bande dessinée africaine, à une conférence de l’université populaire, écouter un spectacle musical… ©C. Zannettacci/Musée du quai Branly
Le Centre Georges-Pompidou a aussi inauguré la connexion directe entre le musée et la recherche. Le quai Branly suit-il aussi cette voie ? S. M. : Tout à fait. Chercheurs et étudiants sont présents de manière permanente au sein de notre institution. Il y a d’abord ceux qui viennent étudier la collection. Durant la seconde moitié du XX e siècle, l’ethnologie s’est peu à peu détachée des objets pour s’intéresser aux concepts, aux problèmes de perception et de cognition dans les sociétés humaines. Résultat : une grande partie des collections ethnologiques a été mal gérée et est devenue inaccessible. Le quai Branly leur a donné une nouvelle visibilité. La collection comporte aujourd’hui environ 300000 objets, qui proviennent en majorité du Musée de l’Homme et du Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie. Tous ont été inventoriés, dépoussiérés, photographiés, numérisés et stockés à l’abri. Chercheurs et étudiants peuvent les consulter facilement. Nous allons même les rendre encore plus accessibles avec la mise en ligne d’une muséothèque en 2011. Tous les objets seront répertoriés en ligne et pourront être réservés pour une consultation sur place. Notre deuxième lien avec la recherche s’établit à travers les bourses que nous accordons à des doctorants et à des post-doctorants pour les aider à mener à bien leur recherche dans des disciplines allant de l’anthropologie à la sociologie en passant par l’archéologie, l’histoire, l’ethnomusicologie… Choisis par un jury, ils sont accueillis pendant deux ans par le musée, qui peut, le cas échéant, soutenir leurs travaux de terrain. Enfin, le musée participe avec le CNRS au Groupement de recherche international (GDRI) Anthropologie et histoire des arts. Il réunit quinze partenaires internationaux qui s’accordent pour financer des projets de recherche spécifiques. Les chercheurs se rencontrent, échangent, croisent les travaux de leurs laboratoires. Un cercle d’excellence en somme. Les scientifiques participent-ils aux expositions ? S. M. : Absolument. Beaucoup d’entre elles ont un lien direct avec la recherche et rencontrent un fort succès médiatique et public. C’est le cas de la Fabrique des images, de Philippe Descola, du Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS) 1, présentée jusqu’au 17 juillet 2011, troisième exposition d’anthropologie qui permet à des personnalités scientifiques de mettre en scène leurs théories auprès du grand public. À la fin de l’année, l’exposition sur la civilisation lapita fera aussi la part belle à la recherche. Il y a cinq ans, une équipe de scientifiques du CNRS et de l’université nationale australienne a découvert sur l’île d’Efate, au Vanuatu, un ensemble extraordinaire de poteries lapitas 2. Très beaux, ces objets sont aussi des traceurs du peuplement polynésien. Il nous semblait intéressant d’offrir au public la possibilité d’en apprendre plus sur cette découverte récente et assez spectaculaire. Quel avenir voyez-vous pour le musée ? S. M. : Deux sujets me tiennent à cœur : l’histoire et la coopération internationale. L’histoire politique et sociale non européenne est trop méconnue en France. Par exemple, l’histoire de l’Afrique peut tout à fait être racontée avec les mêmes codes – générateurs de prestige, d’écoute, d’attention – qui nous servent à raconter celle de l’Europe. Lorsqu’on relate la vie de Louis XIV, on évoque ses ministres, ses châteaux, ses maîtresses. Tout cela peut être anecdotique mais, qu’on le veuille ou non, cela participe de la considération que l’on montre à ce « Au quai Branly, pour le prix d’une entrée, vous pouvez visiter les expositions, assister à une table ronde, écouter un spectacle musical… » INSITU pan de notre histoire. À l’opposé, l’Afrique est présentée comme un continent figé dans un temps ethnographique sans relief. Or le matériel pour relater cette histoire de l’Afrique existe. Nous allons donc développer cette partie de l’exposition permanente pour introduire de manière exemplaire cette dimension historique. La coopération internationale se renforce également. Nous participons déjà à de nombreux projets de musées à l’étranger dans le cadre desquels nous conseillons les équipes locales. Récemment, nous avons aidé à la création d’un musée dédié à la culture konso, dans le sud-ouest de l’Éthiopie. Nous avons aussi un partenariat soutenu avec le Vietnam autour de la création de musées, de la valorisation de collections et de l’organisation d’expositions temporaires. Parallèlement, nous continuons d’enrichir notre offre au grand public pour proposer plus d’activités, un contact plus fort avec l’actualité de la recherche à travers des rencontres avec les scientifiques, afin que soient mis en lumière les liens, la continuité, entre les peuples disparus et les peuples modernes. Propos recueillis par Fabrice Demarthon 1. Laboratoire CNRS/Collège de France/EHESS Paris. 2. Apparue vers 1500 av. J.-C., la civilisation lapita a conquis une grande partie de l’Océanie, des îles Bismarck, à l’ouest, jusqu’aux îles Samoa, à l’est. Elle a laissé de nombreuses céramiques dans toute la région. PÉDAGOGIE Des lycéens mènent l’enquête en Alsace Une boulangère « blonde comme les blés » a disparu. Il faut la retrouver. Tel est le but d’une pseudo-enquête criminelle proposée aux élèves alsaciens de terminale scientifique. Une investigation en biologie initiée par Laurence Drouard et Michel Labouesse, directeurs de recherche au CNRS 1, sous l’égide de l’École doctorale des sciences de la vie et de la santé de l’université de Strasbourg. Baptisé OpenLAB, pour Ouverture pédagogique et novatrice des laboratoires, l’atelier établit une passerelle entre la recherche et le grand public. « Au lycée, les concepts de génétique sont assez abstraits, constate Michel Labouesse. L’idéal, c’est de travailler avec des expériences concrètes. » Ici, à partir de cheveux retrouvés dans une voiture, les élèves amplifient des segments d’ADN par une réaction de polymérisation en chaîne pour découvrir l’identité du coupable. Les apprentis enquêteurs sont épaulés par des doctorants en biologie qui apportent en classe le matériel pointu et coûteux nécessaire aux expériences. « Juste après l’atelier, des lycéens ont changé leurs vœux d’orientation afin de se diriger vers la biologie », se félicite Laurence Drouard. L’opération bénéficie du soutien logistique du CNRS et de l’appui de plusieurs partenaires, dont l’université de Strasbourg, la région Alsace, le rectorat, la Ligue contre le cancer et les laboratoires Roche 2. L’objectif, désormais, est de pérenniser cette initiative éducative peu fréquente en Europe, de l’élargir éventuellement à d’autres thématiques et qu’elle serve d’exemple au-delà des frontières alsaciennes. Mathieu Hautemulle 1. Respectivement à l’Institut de biologie moléculaire des plantes (IBMP) (Unité CNRS) et à l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) (Unité CNRS/Université Strasbourg-I/Inserm). 2. www-ed-sdvs.u-strasbg.fr/openlab/accueil/index.php Contacts : > Laurence Drouard, IBMP, Strasbourg laurence.drouard@ibmp-cnrs.unistra.fr > Michel Labouesse, IGBMC, Illkirch lmichel@igbmc.fr Le journal du CNRS n°246-247 juillet-août 2010 37



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