CNRS Le Journal n°246-247 juil/août 2010
CNRS Le Journal n°246-247 juil/août 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°246-247 de juil/août 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,6 Mo

  • Dans ce numéro : Qui étaient vraiment les Gaulois

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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26 © G. Dagli Orti/Collection Dagli Orti/Rheinische Landesmuseum Trier > L’ENQUÊTE les ateliers de Gaule vont élaborer des compositions originales qu’ils déclinent sur les diverses composantes des élévations : moulures, frises, chapiteaux, corniches… » Toujours dans le bâtiment, des échafaudages, des machines de levage et d’autres pour découper en plaque blocs de marbre et autres pierres dures font leur apparition sur les chantiers. Les artisans adoptent l’art de la mosaïque, venu de Rome. Dans les métiers du bois et de la manufacture des métaux, de nouveaux outils (scies, rabots, arrache-clous…) et pièces de quincaillerie (crochets pour plafonds suspendus, agrafes en T pour le maintien des tuyaux de chauffage des thermes…) modifient les habitudes professionnelles et les produits fabriqués. « La technique du verre soufflé se développe dans des ateliers à Lyon, Amiens, Saintes, Argenton…, puis dans toute la Gaule, donnant récipients, urnes, bouteilles et flacons, raconte Jean-Paul Guillaumet, du laboratoire Archéologie, terres, histoire, sociétés. Et l’artisanat de la céramique subit une véritable révolution. Des grandes officines, destinées surtout au produit le plus recherché, la sigillée (de la vaisselle de table reconnaissable à sa couleur rouge et à ses décorations faites à l’aide de poinçons), se créent en Narbonnaise puis dans la Gaule du Centre et du Nord-Est. Gérées par de riches propriétaires comme de véritables usines, ces fabriques sortent en grand nombre des produits stéréotypés destinés à inonder le marché de l’Empire. Des vases sigillés gallo-romains sont connus jusque dans le sous-continent indien. » LA CULTURE DU VIN S’INTENSIFIE Après la conquête césarienne, les plantations de vignes se multiplient en Gaule. Arles, Nîmes, Orange, Fréjus et Béziers se peuplent de pampres. Les crus locaux s’arrachent à Rome. Un triomphe, synonyme d’un commerce intensif qu’illustre l’industrie florissante de la poterie. Plus d’une cinquantaine d’ateliers fabriquent des amphores en Narbonnaise dans la seconde Ce bateau sculpté date de 220 apr. J.-C. Il a été découvert à Neumagen, un antique village de Gaule belge où était produite une grande quantité de vin. © Photos : F. Laubenheimer/CNRS Photothèque Les fouilles à Sallèles-d’Aude, situé sur le territoire de l’antique Narbonnaise, ont révélé la présence d’un village de potiers avec des dépotoirs d’amphores gauloises. moitié du I er siècle avant notre ère. « L’archéologie la plus récente reflète l’image d’une province de Narbonnaise couverte de vignes durant tout le Haut Empire (du règne d’Auguste au début du III e siècle), confirme Jean-Pierre Brun, directeur du Centre Jean-Bérard, à Naples 2. Il semble qu’à cette période le vin soit le moteur principal du développement agricole de la province. Il paraît vraisemblable que la majorité des exploitations consacrent une part variable de leur surface agricole à cette culture génératrice de profits, car portée par une hausse de la demande provoquée par l’augmentation de la population, surtout urbaine, et par la mise en place de réseaux de distribution efficaces. » À l’apogée de la production, au II e siècle, la vigne en Gaule conquise est omniprésente : en Bourgogne, en Aquitaine, en Normandie, dans le Val de Loire, la vallée du Rhône, la région parisienne, puis la Moselle. Le breuvage s’exporte jusqu’en Inde. L’olivier, pour des raisons climatiques, reste cantonné à la côte méditerranéenne, surtout à l’est du Rhône. UNE SOCIÉTÉ QUI RESTE RURALE Somme toute, la société gallo-romaine demeure essentiellement rurale. Loin d’être archaïque, comme le pensent toujours de nombreux auteurs, « l’agriculture gallo-romaine est capable d’une grande productivité et, surtout, elle fait preuve d’une capacité d’innovation importante dans les domaines des produits cultivés (nouvelles variétés de blé, acclimatation de plantes méditerranéennes), de l’élevage (augmentation de la taille du cheptel et amélioration de celui-ci avec des races plus robustes), des outils nouveaux (mise au point de la charrue) et des techniques agraires améliorées (rotation des cultures et engrais verts) », assure Pierre Ouzoulias, du laboratoire Archéologies et sciences de l’Antiquité. L’apport des Romains à la mise en valeur des campagnes gauloises ? Historiens
© P.Martinez etC. Lefèvre/CNRS Photothèque et archéologues ont longtemps soutenu que la forme la plus connue de l’habitat rural romain, la villa – une grosse exploitation agricole pouvant faire plusieurs dizaines d’hectares, employant une main-d’œuvre importante et disposant d’installations de confort : thermes, chauffage par le sol, jardins intérieurs… –, aurait été le vecteur de cette révolution technique et culturelle. Or la villa, aux mains de grands propriétaires terriens qui monopolisent par ailleurs le pouvoir dans les villes, n’a jamais été « le mode de production agricole majoritaire dans la Gaule romaine, remarque Pierre Ouzoulias. Les fouilles révèlent que, même dans les terroirs où elles sont bien représentées, comme les grandes plaines picardes, les villae ne constituent jamais plus d’un tiers des établissements agricoles. Les campagnes sont surtout exploitées par des petites fermes, peu différentes de celles de la période précédente, et par des paysans qui vivent dans des agglomérations ou des petites villes. L’incorporation de la Gaule dans l’Empire romain a toutefois donné un tour décisif à l’évolution de ses campagnes en introduisant de nouvelles méthodes de gestion de la production, en favorisant l’accès pour les grands propriétaires à des marchés de consommateurs beaucoup plus importants et en offrant des infrastructures de transport plus efficaces », sans oublier l’essor démographique des villes, qui a stimulé en retour la demande de produits agricoles. UNE ACCULTURATION EN DOUCEUR Même si la majorité des Gaulois n’a sans doute qu’une vague conscience des changements qui s’opèrent, leurs manières de vivre au quotidien évoluent peu à peu. Les Romains introduisent une autre culture de la table que celle du bouilli et du rôti. Ils apportent tout à la fois l’art du mijotage, de la friture et toutes sortes d’ingrédients : l’huile d’olive, les piments, les POUR EN SAVOIR PLUS À LIRE > Regard sur la Gaule, Christian Goudineau, Actes Sud, coll. « Babel/Essais, documents », 2007. > Alésia. L’archéologie face à l’imaginaire, Michel Reddé, Éditions Errance, coll. « Hauts lieux de l’histoire », 2003. > La France gallo-romaine, Martial Monteil et Laurence Tranoy, La Découverte, coll. « Archéologies de la France », 2008. > Voyage en Gaule romaine. Celtes et Gallo-Romains en Moselle et en Sarre, Gérard Coulon et Jean-Claude Golvin, Éditions Errance, 2006. plantes aromatiques, les épices orientales, les sauces et les condiments. Rien que de très logique derrière cet hégémonisme culinaire, car que cherche l’aristocrate gaulois ? À manger comme on mange à Rome… Idem dans le domaine des nourritures spirituelles : les œuvres littéraires et musicales composées par des Gaulois se conforment aux genres latins et grecs. Les Gallo-Romains fréquentent des milliers de petits temples disséminés dans la campagne et quelques sanctuaires monumentaux, comme à Barzan (Charente-Maritime), à Allonnes (Sarthe) et à Ribemont-sur-Ancre (Somme). « Ces immenses complexes religieux construits à la fin du I er ou au début du II e siècle de notre ère, soit à l’intérieur ou à proximité de chefs-lieux de cité, soit à plu- > Nos ancêtres les Gaulois, Jean-Louis Brunaux, Seuil, coll. « L’univers historique », 2008. > Comment les Gaules devinrent romaines, Pierre Ouzoulias et Laurence Tranoy (dir.), La Découverte, 2010. À VOIR > Sur les traces des Celtes (2003, 52 min), réalisé par Marc Jampolsky, produit par Gédéon programmes, Arte France, CNRS Images Média http:Ilvideotheque.cnrs.fr/index.php ? urlaction=doc&iddoc=1162 > Une saison à Lattara (1999, 36 min), réalisé par François Reconstitution en 3D du sanctuaire de Mars Mullo (Sarthe) réalisée par le laboratoire Archéologies d’Orient et d’Occident et sciences des textes. sieurs kilomètres, peut-être dans des agglomérations secondaires, sont installés sur des sanctuaires gaulois. Ils comprennent une grande cour avec un temple et de longs portiques sur les côtés, commente Véronique Brouquier-Reddé, du laboratoire Archéologies d’Orient et d’Occident et sciences des textes. On y honore des divinités romaines, évidemment, mais les autorités ne font pas obstacle à la vénération de tel ou tel dieu gaulois. » Dans tous les domaines, insensiblement mais irrémédiablement, une civilisation originale est née. La conquête de la Gaule apparaît comme l’une des mieux menées de l’histoire de la colonisation romaine. Une acculturation d’autant plus réussie que les sociétés gauloises étaient proches, dans leur développement, du monde latin. Toutes ces populations, dans leurs cités respectives, ont eu le sentiment d’appartenir à la même entité politique et d’en partager l’essentiel des valeurs. Au V e siècle, Burgondes, Vandales, Alamans,Wisigoths et autres Barbares précipiteront la chute d’un Empire romain fatigué et celle de la société gallo-romaine. La population de la Gaule devra cette fois accueillir et intégrer des peuples venus d’horizons divers. 1. Unité CNRS/Université Aix-Marseille-I/Université Lyon-II/Université de Pau. 2. Unité CNRS/École française de Rome. L’ENQUÊTE 27 Tisseyre et Michel Py, produit par CNRS AV. http:Ilvideotheque.cnrs.fr/index.php ? urlaction=doc&iddoc=871 > L’Histoire en pièces : les Gaulois (1997, 24 min), réalisé par Daniel Cavillon et Katherine Gruel, produit par CNRS AV. http:Ilvideotheque.cnrs.fr/index.php ? urlaction=doc&iddoc=824 Contact : Véronique Goret (Ventes), CNRS Images – Vidéothèque – Tél. : 01 45 07 59 69 – videotheque.vente@cnrsbellevue.fr CONTACTS ➔ Véronique Brouquier-Reddévredde@ens.fr ➔ Jean-Pierre Brun, berard@unina.it ➔ Jean-Luc Fiches jean-luc.fiches@wanadoo.fr ➔ Dominique Tardy, dtardy@wanadoo.fr Le journal du CNRS n°246-247 juillet-août 2010



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