CNRS Le Journal n°242 mars 2010
CNRS Le Journal n°242 mars 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°242 de mars 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : Ce que révèlent nos tabous

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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38 GUIDE Livres 3 questions à… Alain Ehrenberg La société du malaise Alain Ehrenberg, éd. Odile Jacob, janvier 2010, 440 p. – 23,90 € Directeur de recherche au CNRS, Alain Ehrenberg est sociologue, membre du Centre de recherche Médecine, sciences, santé, santé mentale et société (CNRS/EHESS/Université Paris-Descartes/Inserm). En droit fil de vos travaux qui portent essentiellement sur le rapport entre individu et société, vous proposez ici un dossier où vous tentez d’élucider le malaise qui hante la société française. Où se situe-t-il ? Il y a, en France, un consensus sur le fait que le lien social s’affaiblit et, qu’en conséquence, l’individu est surchargé de responsabilités, d’épreuves pour gérer sa vie… De là, une souffrance psychique de masse et une multiplication de techniques (pharmacologiques, spiritualistes…) qui la prennent en charge. Cette préoccupation pour la souffrance psychique et la généralisation des valeurs de l’autonomie alimentent l’idée que nos sociétés font face à un triple processus de désinstitutionalisation, de psychologisation et de privatisation. Toutes ces « -isations » nous disent : « la vraie société, c’était Le climat change… et la société ? Florence Rudolf, éd. La Ville brûle, coll. « Engagé-e-s », décembre 2009, 144 p. – 13 € Le risque climatique n’est plus uniquement une question de sciences. Il est devenu une question sociale majeure. Cet ouvrage propose une approche élargie du changement climatique en expliquant les processus tout aussi complexes par lesquels les sociétés appréhendent un problème de cette envergure et se préparent à y faire face. Une approche originale où le lecteur est invité à décrypter un autre écosystème, celui des mécanismes et engrenages sociétaux : fabrique d’un fait social, d’une « cause », émergence des responsabilités, résistances, voies de l’information… Le journal du CNRS n°242 mars 2010 avant ». Les souffrances seraient causées par la disparition de cette « vraie société » celle où il y avait de « vrais emplois », de « vraies familles », une « vraie école », de « vraies institutions ». Une société où l’on était dominé mais protégé. Et il est là, le malaise. Ce que je reproche à cette sociologie, qu’elle soit formulée par des psychanalystes, des neuroscientifiques, des philosophes ou des sociologues, c’est qu’elle est individualiste au sens où elle est prisonnière du grand problème qui condamne l’individualisme à la confusion : l’opposition entre l’individu et la société. Cela s’insère dans l’histoire d’une équation récurrente depuis deux siècles en France : « montée de l’individualisme = déclin de la société ». En fait, il faut, à la fois intégrer cette crainte de la déliaison sociale, qui est un trait de nos sociétés, et la contester comme sociologie. C’est ce que j’ai tenté dans ce livre en comparant les récits américains et français sur le thème de la déliaison sociale. Quelle est votre hypothèse ? Mon hypothèse est que nous assistons à un changement de statut social de la souffrance psychique. Auparavant, elle était une raison de se soigner. Aujourd’hui, elle est une raison d’agir sur des relations sociales perturbées. De la psychiatrie à la santé mentale, les pathologies sont devenues des affections sociales, c’est-à-dire des affections individuelles qui trouvent une signification dans des désordres du groupe (ceux de la pauvreté, de l’entreprise…). Cela permet une expression socialement réglée de la plainte. L’enchevêtrement des questions mentales et des questions sociales montre que la santé mentale est devenue bien plus qu’une exigence de santé : elle est un langage de l’infortune où s’expriment, désormais, de nombreux conflits et tensions de la vie en société (le stress au travail, par exemple). Les places et les chances Repenser la justice sociale Nos lendemains ne sont pas forcément sombres ? Je pense que nous ne sommes pas condamnés aux « grands souvenirs », à ce que Marx a appelé « le culte réactionnaire du passé ». Je crois que nos sociétés sont confrontées non pas à un affaiblissement du lien social mais à des problèmes de cohésion sociale résultant de la perte d’efficacité des systèmes de protection et de lutte contre les inégalités instaurées au cours du XX e siècle. Le rappel rituel du « déclin du vivre ensemble » qui, d’ailleurs, dénote un manque d’attention à la délicatesse de la vie sociale, entretient la confusion. À travers cette psychologisation, nous assistons à l’instauration de pratiques visant à développer des capacités à être l’agent de son propre changement. Une multitude d’initiatives (dans la « clinique psychosociale », par exemple) se sont développées en ce sens mais sont insuffisamment prises en compte. En France, nous sommes un peu trop soucieux de l’autorité des institutions et pas assez de la confiance des individus en eux-mêmes – surtout de ceux qui subissent les inégalités sociales. Le point névralgique du malaise est là. Propos recueillis par A.L. François Dubet, éd. Seuil, coll. « La République des idées », février 2010, 128 p. – 11,50 € François Dubet va, ici, à l’encontre de l’air du temps. Comparant deux manières de penser la justice sociale – l’une, prônant l’égalité des places (réduction des inégalités entre les différentes positions sociales), l’autre, l’égalité des chances (permettre à tout individu d’atteindre les meilleures positions au terme d’une compétition équitable) –, il plaide radicalement en faveur de l’égalité des places. Parce que celle-ci évite la compétition anxiogène de la chance, d’abord et parce qu’elle est, au final, en mesure de réaliser l’égalité des chances dans la mesure où « la fluidité sociale est d’autant plus grande que la distance entre les places est resserrée ». Plaidoyer pour un renouvellement de l’État-providence et des politiques sociales.
L’esprit de Philadelphie La justice sociale face au marché total Alain Supiot, éd. Seuil, janvier 2010, 192 p. – 13 € Le 10 mai 1944, à Philadelphie, est proclamée la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle : il s’agit de bâtir un nouvel ordre du monde fondé, non plus sur la force mais sur la dignité humaine, le principe de justice sociale subordonnant l’organisation économique… Hélas, aujourd’hui, au sein du processus de globalisation, « on traite les hommes comme du capital humain, indexant les besoins de ces derniers sur les exigences de la finance ». Alain Supiot analyse ce processus de renversement où semblent avoir naufragé les leçons des deux guerres mondiales qui, pourtant, annonçaient pour chaque homme des chances égales. L‘esprit malade Cerveaux, folies, individus Pierre-Henri Castel, éd. Ithaque, coll. « Philosophie, anthropologie, psychologie », janvier 2010, 352 p. – 25 € Si les neurosciences n’ont encore permis d’éliminer aucune des grandes maladies mentales, elles ont modifié non seulement les conditions de la recherche scientifique à leur sujet, mais aussi le discours philosophique sur l’esprit, le cerveau, ses maladies et ses dysfonctionnements. L’ « esprit-cerveau » – c’est-à-dire l’identité entre les états mentaux et les états du système nerveux central – s’est imposé comme paradigme incontournable. Les essais de Pierre-Henri Castel s’y intéressent à deux titres. Tout d’abord, quels sont les présupposés philosophiques, explicites ou non, de la naturalisation de l’esprit – sa réduction à la matière biologique – en psychiatrie ? Ensuite, quels sont leurs effets anthropologiques – qu’arrive-t-il aux individus, dans leur vie de malades ou de soignants, quand l’esprit-cerveau s’impose à tous comme référence ? Délibérément polémiques, à partir de situations concrètes, ces essais tentent de s’arracher au faux débat entre biologisation forcenée et construction sociale de la folie. Le Big Bang n’est pas une théorie comme les autres Jean-Marc Bonnet-Bidaud, François-Xavier Désert, Dominique Leglu, Gilbert Reinisch, éd. La ville brûle, coll. « 360 », décembre 2009, 174 p. – 20 € Premier titre de la collection « 360 » de la jeune maison d’édition La ville brûle, dont l’ambition est de poser sur la table des sujets scientifiques faisant débat, cet ouvrage présente le Big Bang – qui « n’est pas une théorie physique au sens propre du terme mais un scénario cosmologique et le modèle qui s’ajuste le mieux aux observations actuelles. Mais à quel prix ? » Pour éclaircir les relations complexes entre problématiques scientifiques, médiatiques, économiques et politiques, trois chercheurs et une journaliste mènent ici une discussion sur les succès et les travers du Big Bang et font émerger de peu officielles liaisons dangereuses entre communication et sciences. Les États et le carbone Patrick Criqui, Benoît Faraco, Alain Grandjean, éd. Puf, coll. « Développement durable et innovation institutionnelle », novembre 2009, 192 p. – 15 € Liberté et sûreté dans un monde dangereux Mireille Delmas-Marty, éd. Seuil, coll. « La Couleur des idées », février 2010, 21 € GUIDE 39 Prenant pour point de départ la loi française de février 2008 sur la « rétention de sûreté » qui autorise le maintien en détention d’un condamné après exécution de sa peine s’il est jugé « dangereux », cet ouvrage pose la question d’une rupture entre culpabilité, responsabilité et sanction, et entraîne un bouleversement du droit pénal. Comment en est-on arrivé là ? Par un effet indirect du 11 septembre qui a libéré les responsables politiques de leur obligation de respecter les limites propres à l’État de droit en pratiquant une radicalisation du droit pénal (rétention de sûreté) ou en légitimant certaines formes de droit d’exceptions (en matière de lutte contre le terrorisme). Une remarquable réflexion sur la confusion des repères à l’ère de l’internationalisation du droit. Terrorismes Histoire et droit Heny Laurens et Mireille Delmas- Marty (dir.), CNRS Éditions, coll. « Histoire », janvier 2010, 338 p. – 10 € Après Copenhague et malgré des perspectives incertaines pour l’élaboration des politiques climat-énergie sur le plan international, l’impératif de réduction des émissions demeure. Cet ouvrage rappelle les éléments essentiels du problème climatique et ceux des politiques visant à le maîtriser. Il mène, en particulier, un examen approfondi des différents instruments dont disposent les États pour conduire ces politiques : mise en œuvre de normes et de standards techniques, introduction d’une fiscalité carbone, instauration de marchés de quotas d’émission. « Le défi pour le XXI e siècle est immense mais les moyens d’action existent. » Quelle est la vraie nature et l’avenir de cette technique de combat appelée terrorisme ? Historiens, juristes et politologues proposent ici l’histoire de cette arme singulière, depuis ses premières manifestations jusqu’aux formes prises aujourd’hui et, devant un constat – alarmant – explorent de nouveaux remèdes. Une étude magistrale. Le journal du CNRS n°242 mars 2010



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