CNRS Le Journal n°238 novembre 2009
CNRS Le Journal n°238 novembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°238 de novembre 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : Cancer, la recherche durcit le combat

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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32 © D. Jamet/CNES INSITU OBSERVATOIRE EUROPÉEN AUSTRAL L’espace vu de la Terre Directeur de l’Institut d’astrophysique de Paris 1, Laurent Vigroux est également depuis janvier dernier président du conseil de l’Observatoire européen austral (ESO). Il explique le rôle de cette organisation et en détaille les projets futurs. Qu’est ce que l’Observatoire européen austral ? Laurent Vigroux : Il s’agit d’une organisation intergouvernementale créée en 1962 sur le modèle du Cern (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) dans le but de développer l’astronomie moderne en Europe. À l’époque, l’objectif des cinq pays fondateurs (Allemagne, France, Pays-Bas, Belgique, Suède) était de construire à La Silla au Chili, un télescope de quatre mètres dédié à l’étude de trois objets difficilement observables à partir de l’hémisphère Nord : le centre de notre galaxie, la Voie lactée, et les Nuages de Magellan, c’est-à-dire les deux galaxies les plus proches de la nôtre. Comme ce premier instrument et ceux qui s’y sont ajoutés au cours des années 1970 ont donné d’excellents résultats, d’autres pays ont, plus tard, décidé de rejoindre l’ESO. Grâce à la contribution financière et technique de ces nouveaux arrivants, il a alors été possible de se lancer dans des projets plus ambitieux dont le plus connu est la construction dans les années 1990, sur le mont Paranal au Chili, des quatre télescopes de huit mètres du fameux Very Large Telescope (VLT), un observatoire qui est de nos jours considéré comme le meilleur au monde. En 2009, l’ESO compte quatorze états-membres et possède une vingtaine d’instruments, sur les sites de La Silla et du mont Paranal. À eux tous, ils permettent de réaliser des observations du ciel dans à peu près toutes les longueurs d’onde. Quel est le poids de l’ESO dans l’astronomie mondiale ? L.V. : L’ESO occupe une place unique dans la discipline dans la mesure où il est la plus grande organisation en charge d’instruments au sol : tous les grands pays européens en sont membres. Aucune région du monde, même les États- Unis où les télescopes appartiennent généralement à des universités ou à des consortiums privés, ne possède une structure comparable, c’est-à-dire une organisation capable de jouer un rôle fédérateur à l’échelle d’un continent, doté d’un budget annuel et disposant à demeure d’un personnel qualifié. Le journal du CNRS n°238 novembre 2009 © F. Kamphues/ESO De plus, à la différence de l’Agence spatiale européenne qui consacre une bonne part de son activité aux lanceurs ou à l’observation de la Terre, l’ESO ne s’occupe que d’astronomie. Ce qui lui donne une plus grande importance aux yeux de la communauté scientifique. Pour vous donner une idée de l’intérêt que portent les astronomes à l’ESO, sachez que lors de notre dernier appel à propositions d’observations, nous avons reçu plus de 1 200 demandes d’utilisation des télescopes : sept fois ce que nous pouvions accorder ! Actuellement, c’est plus d’un article scientifique consacré à des études réalisées avec le VLT qui sort par jour : 400 par an ! Et il faut rajouter à ce chiffre les 250 à 300 publications annuelles qui concernent des découvertes faites à l’aide du VLTI (Very Large Telescope Interferometer), le mode interférométrique du VLT 2, ou des télescopes de La Silla. L’ESO est donc aujourd’hui une véritable machine à produire de la science à qui l’on doit des résultats aussi spectaculaires que l’évaluation, l’année dernière, de la masse du trou noir logé au centre de notre galaxie, ou encore la réalisation, en 2005, de la première image d’une exoplanète par des équipes internationales auxquelles participait le CNRS. Justement, quelle est l’implication du CNRS dans l’ESO ? L.V. : Même si elle est indirecte, l’implication du CNRS dans l’ESO est importante. La majorité des astronomes français travaillent, en effet, dans des laboratoires du CNRS. Ceux-ci participent par ailleurs énormément à la conception des instruments. Pour vous donner un ordre d’idée sur les quinze instruments du VLT et du VLTI, sept ont été conçus avec l’appui d’équipes françaises. Or, parmi celles-ci, six étaient du CNRS. Sans compter que le CNRS représente la plus grande part de la centaine de publications françaises réalisées à partir des observations faites à l’ESO. Le Very Large Telescope (VLT) est aujourd’hui considéré comme le meilleur observatoire du monde. L'ESO représente l'Europe au sein du projet international ALMA qui vise à construire d'ici 2013 sur le site de Llano de Chajnantor, au Nord du Chili, un interféromètre géant à plus de 5000 mètres d’altitude. Quelles relations entretient l’ESO avec les agences spatiales ? Y-a-t-il concurrence entre l’astronomie spatiale et au sol ? L.V. : Non, certainement pas, car ces deux branches de l’astronomie sont complémentaires. Pour réaliser des images d’exoplanètes, un télescope de 40 mètres installé au sol est indispensable. Mais pour repérer les zones vers lesquelles pointer cet instrument, il faut disposer d’un télescope spatial du type Corot (du Centre national d’études spatiales). De même, l’étude du ciel à certaines longueurs d’onde – comme le domaine des rayons X et gamma ou même l’infrarouge lointain – n’est pas possible à partir du sol. C’est pourquoi nous avons besoin des initiatives qui sont prises en dehors de l’ESO. D’autant que tous les moyens d’observations terrestres ne sont pas représentés dans notre organisation. L’ESO ne fait pas de radioastronomie ou ne participe pas à des instruments d’astrophysique des hautes énergies comme Hess ou Auger. Comment est organisé l’ESO ? L.V. : Le budget annuel de l’ESO est d’un peu plus de 130 millions d’euros venant essentiellement des contributions de chaque état-membre proportionnellement à son PIB. Environ 40% de cette somme est utilisée pour les opérations et dans le cadre de contrats industriels portant sur la construction des télescopes et de leur instrumentation. Le reste sert à payer le personnel, soit 650 personnes réparties entre le siège de l’ESO
près de Munich (Allemagne) et les observatoires du Chili. Du point de vue organisationnel, l’observatoire est dirigé par un conseil, dont je suis le président depuis le début de l’année, au sein duquel chaque état-membre dispose de deux représentants. C’est cette instance qui est chargée de nommer le directeur général, de voter le budget et de fixer les grandes orientations politiques. Par ailleurs, il est important de savoir qu’en général, ce n’est pas l’ESO qui construit les instruments qui équipent ses télescopes. Il lance des appels d’offres auxquels répondent les laboratoires des états-membres en échange de l’attribution de temps d’observation garantis. La France est d’ailleurs l’un des grands pays de ce domaine où elle s’est distinguée par ses idées originales sur l’optique adaptative, cette technique qui permet de corriger en temps réel grâce à un miroir déformable l’effet des perturbations introduites par l’atmosphère. Elle dispose, à l’Institut des sciences de l’Univers (Insu) du CNRS, de plusieurs équipes spécialisées dont les plus connues sont regroupées dans des observatoires des sciences de l’Univers, à Marseille, Toulouse, Bordeaux, Grenoble, Nice et Lyon. À cela, il faut rajouter les groupes de l’observatoire de Paris et de l’Institut de recherche sur les lois fondamentales de l’Univers (Irfu) du CEA. Comment va évoluer le parc d’instruments de l’ESO dans les prochaines années ? L.V. : Le VLT est actuellement équipé de douze instruments. Ceux-ci vont progressivement être remplacés par d’autres de la seconde génération dont deux font actuellement l’objet de développements en France. Dédiés à la recherche d’exoplanètes et à la spectroscopie dans le visible et l’infrarouge des galaxies lointaines, ces dispositifs appelés Sphere, Muse et Kmos devraient être installés sur le site à partir de 2012 ou 2013. Le VLTI bénéficie lui aussi d’un plan d’instrumentation de seconde génération, avec une forte participation du CNRS. UNE CAMÉRA POUR FILMER L’UNIVERS Parallèlement à cela, l’ESO représente l’Europe au sein d’un vaste programme international appelé Alma auquel participent les États-Unis, le Canada, le Japon et Taïwan. Doté d’un budget de 800 millions d’euros versé pour moitié par l’ESO pour la partie européenne, celui-ci vise à construire à plus de 5 000 mètres d’altitude, sur le site de Llano de Chajnantor, au Nord du Chili, un interféromètre géant. Lorsqu’il sera opérationnel en 2013, ce réseau d’antennes permettra d’étudier la composition des nuages interstellaires, ces nuées de gaz et de poussières d’où sont vraisemblablement sorties les premières galaxies. Pour ce qui concerne l’après VLT, nous réalisons actuellement les études d’un télescope de 42 mètres : le E-ELT (European Extremely Large Telescope). Si elles s’avèrent concluantes, les paysmembres de l’ESO pourraient décider la construction de cet instrument, dont un des grands buts sera de réaliser des images d’exoplanètes pour fin 2010 ou mi-2011, avec une mise en service aux alentours de 2017 ou 2018. Mais tout dépend de la volonté politique des états. Car s’ils décident de soutenir ce projet estimé à environ un milliard d’euros, ceux-ci devront accepter d’augmenter sensiblement leurs contributions financières. Propos recueillis par Vahé Ter Minassian 1. Unité CNRS/Université Paris-VI. 2. L’interférométrie est une méthode qui consiste à réaliser des images d’un objet cosmique en faisant travailler plusieurs télescopes de concert. CONTACT ➔ Laurent Vigroux Institut d’astrophysique de Paris vigroux@iap.fr INSITU Un consortium de trois laboratoires français de l’Institut national des sciences de l’Univers (Insu) 1 du CNRS vient d’achever pour le compte de l’ESO la mise au point d’une caméra ultrarapide et de très haute sensibilité pour l’optique adaptative. Capable de prendre 1500 images par seconde dans une obscurité quasi complète, OCam, financée pour moitié par la Commission européenne, l’ESO et l’Insu, a nécessité cinq ans de développement au sein du projet européen Opticon. Destiné à être utilisé notamment sur le futur instrument de seconde génération Sphere du VLT dédié à l’imagerie des exoplanètes, le dispositif permettra aux astronomes de mesurer puis corriger en temps réel avec une précision jusqu’ici inégalée, les turbulences atmosphériques responsables du brouillage des clichés des télescopes au sol. V. T. M 1. Laboratoire d’astrophysique de Grenoble (CNRS/Université Grenoble-I, Observatoire des sciences de l’Univers de Grenoble (CNRS/Université Grenoble-I/Institut polytechnique Grenoble), Laboratoire d’astrophysique de Marseille (CNRS/Université Aix-Marseille-I/Observatoire astronomique de Marseille- Provence) et Observatoire de Haute-Provence (CNRS). Contacts : Philippe Feautrier philippe.feautrier@obs.ujf-grenoble.fr Jean-Luc Gach jean-luc.gach@oamp.fr © ESO/NAOJ/NRAO Détecteur de la caméra Ocam. Celle-ci pourra prendre 1500 images par seconde dans une obscurité quasi complète. Le journal du CNRS n°238 novembre 2009 © P.Balard/Laboratoire d’Astrophysique de Marseille/Univ. de Provence 33



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