CNRS Le Journal n°236 septembre 2009
CNRS Le Journal n°236 septembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°236 de septembre 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,0 Mo

  • Dans ce numéro : Qui sont vraiment les jeunes ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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36 © S. Godefroy/CNRS Photothèque HORIZON Ils ont choisi la France et le CNRS Rachel Sherrard Une Anglaise à Paris Seize heures, Jussieu, en plein mois de juin. La chaleur est étouffante dans le laboratoire frappé par le soleil. Rachel Sherrard, en jupe et haut pastel, s’excuse de n’avoir rien d’autre à proposer et verse poliment de l’eau filtrée dans un mug. Prévenante et vaguement distante, telle qu’on se figure les Britanniques avec bonheur. Difficile d’imaginer que cette Anglaise née à Bath vient de passer près de vingt ans en Australie. Comme si ses années de recherche au pays de Crocodile Dundee n’avaient pu entamer le capital british de cette experte ès neurosciences, connue pour ses travaux originaux sur la réparation du cervelet lésé. Mais reprenons du début. Quand elle commence sa médecine à l’université de Sheffield en 1977, Rachel est loin de se douter que c’est le point de départ d’un très long voyage. Elle enchaîne, parallèlement à son cursus, une licence en biologie cellulaire, une thèse en neurosciences sur le développement du cervelet, et trois ans d’externat dans une clinique. Mais alors qu’elle termine juste ses études, son mari décroche un poste d’enseignant-chercheur Le journal du CNRS n°236 septembre 2009 à Brisbane en Australie. Les deux médecinschercheurs partent à l’assaut de ce climat subtropical. Traversant tous les cinq à sept ans l’île-continent de part en part, au gré des mutations. « C’était tough ! » 1, résume-t-elle. Surtout à Townsville, dans l’extrême nord, et à Perth, où le couple crée chaque fois un cursus spécialisé dans le domaine médical. Dans ces deux facultés de médecine, Rachel lance un nouveau laboratoire, trouve les financements, manage équipes et étudiants. Tout en menant de front ses propres recherches sur le cervelet et la fameuse protéine cérébrale Brain Derived Neurotrophic Factor (BDNF). « C’est une protéine produite par notre organisme, qui favorise les connexions dans le cerveau, donc le bon fonctionnement d’activités essentielles comme l’apprentissage, la mémoire, l’élocution, les émotions, la motricité, résume-t-elle. Lorsque le cerveau est lésé par un traumatisme crânien, un AVC, une tumeur ou une maladie dégénérative, cela endommage les connexions entre les cellules et provoque un déficit fonctionnel. » Ainsi, un rat au cervelet blessé montre rapidement une mauvaise synchronisation des pattes lors de tests dans une roue. Dans une piscine, il est incapable d’identifier la plateforme comme une échappatoire à l’eau et nage sans s’arrêter. « Mon hypothèse était que l’injection de cette protéine cérébrale naturelle pouvait permettre au rat de réparer les circuits neuronaux lésés puis de retrouver une meilleure coordination des gestes, et une action continue. » Et miracle : les expériences montrent que la motricité du rat s’améliore effectivement. Un premier article sur l’injection de BDNF paraît en 2001. « C’était une vraie première ! La protéine a permis de recréer un circuit naturel, de dessiner une nouvelle cartographie entre des cellules autrefois isolées, explique Rachel. Avec ces connexions reformées, le rat a retrouvé l’enchaînement des commandes qui aboutissent à un geste. » Mais comment les connexions choisissent-elles le bon passage vers les bonnes cellules cibles ? « Ça, c’est encore un mystère, sourit-elle. À nous d’expliquer cet équilibre fragile. » Et ving-neuf articles plus tard, pas question de s’octroyer une pause. « En Australie, je n’avais plus assez de temps pour mes recherches. En 2007 j’ai donc demandé un poste de chercheuse via la bourse Marie-Curie de la Commission Européenne au sein de l’unité Neurobiologie des processus adaptatifs 2 du Pr Jean Mariani avec qui je collaborais régulièrement. Et je viens de décrocher une chaire internationale intitulée Réparer un cerveau vieillissant. » Passer des crocodiles de mer aux irréductibles Gaulois, n’est-ce pas tomber de Charybde en Scylla ? Elle rit : « Non, mon mari et moi avons passé beaucoup de vacances ici, j’adore ce pays. Les gens sont si polis. Souvent, je vois dans les yeux de mon interlocuteur que j’ai dit un chose bizarre [sic] mais personne ne rit. C’est incroyable mais les Français sont vraiment… flegmatiques ! » Camille Lamotte 1. « C’était dur. » 2. CNRS/Université Paris-VI. CONTACT ➔ Rachel Sherrard Laboratoire « Neurobiologie des processus adaptatifs » (NPA), Paris rachel.sherrard@snv.jussieu.fr BRÈVE Le premier LEA franco-hongrois Le premier laboratoire européen associé (LEA) franco-hongrois vient d’être créé avec la Fondation hongroise Bay Zoltàn pour la recherche appliquée. Appelé SkinChroma, il associe des équipes de l’Institut de génétique et biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) 1, à Illkirch, près de Strasbourg, à celles de l’Institut de génomique des plantes, de biotechnologie humaine et de bioénergie (Baygen), à Szeged. Ce LEA, d’une durée de quatre ans, s’intéresse au remodelage de la chromatine, une substance compacte combinant ADN et protéines. Ce processus permet de transcrire et traduire cet ADN en protéines. Les chercheurs du LEA étudieront le mode d’action des complexes protéiques en charge du remodelage et leur implication dans les réactions immunes innées de la peau, à la base de maladies inflammatoires. Une collaboration qui devrait permettre de développer de nouvelles thérapies. 1. CNRS/Université de Strasbourg/Inserm
PARTENARIAT Soleil rayonne sur l’Afrique du Sud Le synchrotron francilien vient de signer un accord avec la National Research Foundation (NRF). Les objectifs : faciliter l’accès des chercheurs sud-africains à cet équipement de pointe et des recherches communes. C’est un cap important que la communauté scientifique sud-africaine vient de franchir dans l’utilisation du rayonnement synchrotron, une technologie considérée comme essentielle au pays pour atteindre ses objectifs de recherche. En effet, grâce à l’accord de partenariat signé le 16 avril dernier à Pretoria, les chercheurs de la National Research Foundation (NRF, voir encadré) vont être mieux soutenus pour accéder à l’utilisation du synchrotron Soleil de Gif-sur-Yvette (Essonne) détenu par le CNRS et le CEA. Ainsi, si leurs projets de recherches sont retenus par Soleil, la NRF s’engage à financer le séjour de certains d’entre eux, si leurs projets coïncident avec les priorités nationales : scientifiques (santé, environnement, sciences des matériaux…), mais aussi politiques via un soutien prioritaire aux équipes présentant des membres issus des communautés historiquement défavorisées. « De notre côté, nous les accueillerons pour des séjours de courte ou de longue durée, annonce Michel van der Rest, directeur général de Soleil. Les premiers –de quelques jours à quelques semaines– leur permettront de mener les expériences sélectionnées. Grâce aux seconds –de quelques semaines à quelques mois–, ils seront accueillis dans le cadre de collaborations scientifiques avec nos équipes. » Les chercheurs de Soleil et du CNRS y gagnent tout autant ! « En effet, les Sud-Africains vont leur apporter des thématiques nouvelles sur lesquelles ils LA NRF MISE SUR LES SYNCHROTRONS UN SYNCHROTRON est une installation utilisant la lumière émise par des électrons circulant dans un anneau à une vitesse proche de celle de la lumière, puis déviés par des dispositifs magnétiques. Cette lumière, dite « rayonnement synchrotron » permet d’analyser, au niveau atomique, des échantillons de matière de toutes sortes. Les applications sont nombreuses : matériaux, sciences de la vie, santé, chimie, environnement, patrimoine… pourront travailler ensemble, explique Anne Corval, directrice du bureau du CNRS en Afrique subsaharienne. Le pays a en effet une expertise reconnue dans certains domaines : paléontologie et archéologie, santé (comme la malaria ou le sida), matériaux (minerais, diamants, nanomatériaux), environnement… ». Comme dans tout accord de ce type, chaque publication de travaux scientifiques ayant nécessité l’utilisation de Soleil devra mentionner ce dernier. Enfin, la propriété intellectuelle générée par les travaux communs sera partagée. « Pour l’heure, Soleil attend les propositions des chercheurs sud-africains suite au dernier appel à projets qui court jusqu’au 15 septembre, précise Michel van der Rest. La divulgation des dossiers retenus interviendra vers la mi-décembre. » Trois projets franco-sud-africains ont déjà été retenus Créée en 1999 par le gouvernement de l’Afrique du Sud, la NRF a pour mission de soutenir et promouvoir la recherche. Elle a identifié l’utilisation du rayonnement synchrotron comme un moyen de faire progresser les connaissances scientifiques du pays, où le développement des sciences et des technologies fait partie des priorités nationales. La construction d’un synchrotron a été un temps évoquée, tout comme l’idée de gérer une ligne de lumière spécifique sur un synchrotron européen. C’est finalement la facilitation de l’accès de ses scientifiques aux synchrotrons européens qui est pour l’instant retenue. L’accord avec Soleil entre dans ce cadre. HORIZON 37 Le synchrotron Soleil s’invite dans la recherche sudafricaine. Photomontage mêlant le grand instrument au premier plan et la ville de Pretoria en fond. dans le cadre du dernier appel. Les deux premiers étudient le phénomène d’accumulation du nickel dans les végétaux dans une optique de dépollution des sols. Le troisième concerne l’étude des propriétés structurales d’un système composé de titane et de vanadium, un métal rare, ayant des applications en joaillerie. Plusieurs chercheurs du CNRS et de Soleil participent à ces projets. Depuis 2004, sous l’impulsion d’Alain Fontaine, ancien directeur scientifique adjoint du département « Sciences physiques et mathématiques » du CNRS, mais aussi grâce à l’engagement de ses directeurs successifs, Soleil est donc parvenu à tisser de solides liens avec l’Afrique du Sud. « En 2007 et 2009, les chercheurs de Soleil et du CNRS se sont particulièrement impliqués dans les deux séminaires Science at Synchrotrons destinés aux scientifiques du pays, ajoute Anne Corval. En outre, le CNRS a un partenariat de longue date avec la NRF. » Renforcée par ce récent accord, cette collaboration semble donc avoir de beaux jours devant elle ! Et si l’Afrique du Sud décide de construire son propre synchrotron, les équipes de Soleil pourraient lui être d’une aide précieuse. Jean-Philippe Braly CONTACTS ➔ Michel van der Rest Directeur général de Soleil michel.vanderrest@synchrotron-soleil.fr ➔ Anne Corval Directrice du bureau du CNRS en Afrique subsaharienne cnrs@ifas.org.za Le journal du CNRS n°236 septembre 2009 ©C.Kermarrec/SOLEIL ; J. Fuste Raga/CORBIS



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