CNRS Le Journal n°234-235 jui/aoû 2009
CNRS Le Journal n°234-235 jui/aoû 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°234-235 de jui/aoû 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 4,7 Mo

  • Dans ce numéro : Un été sur le terrain

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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22 > L’ENQUÊTE Pour cela, les modèles numériques ne suffisent pas. Il faut donc se rapprocher du réel. C’est justement dans ce but que le CNRS a décidé du « chantier Méditerranée » qui s’étendra de 2010 à 2020. « Il s’agit d’une étude interdisciplinaire sur le bassin méditerranéen pour mieux comprendre les échanges entre continent, eau et atmosphère, le climat et ses interactions avec les activités humaines, et leur impact sur le cycle hydrologique, les écosystèmes marins, la chimie et les aérosols. » En somme un vrai laboratoire tout près de chez nous ! Et là encore restera le plus difficile : interpréter cette somme de données cueillies au fil des différentes missions. Azar Khalatbari 1. Institut CNRS/Université Paris-VI/Université Versailles-Saint-Quentin/CEA/IRD/CNES/École polytechnique/École normale supérieure. 2. Lorsque le bilan radiatif est nul, la température moyenne de la planète est stable. 3. Processus qui extrait les gaz à effet de serre de l’atmosphère, soit en les détruisant par des procédés chimiques, soit en les stockant sous une autre forme. Exemple : le dioxyde de carbone est souvent stocké dans l’eau des océans, les végétaux ou les sous-sols. 4. Laboratoire CNRS/Université Paris-VI. CONTACTS ➔ Hervé Le Treut letreut@lmd.jussieu.fr ➔ Marcel Babin marcel.babin@obs-vlfr.fr MISSION MALINA En ce moment même, une foule de scientifiques se pressent aux abords du fleuve Mackenzie, qui se jette dans la mer de Beaufort. Pourquoi ce fleuve, le plus long du Canada, est-il au centre de l’attention ? Parce qu’il constitue un modèle représentatif de ce qui devrait se passer en Arctique à l’échelle de quelques décennies. Lorsque celui-ci sera libre de glace, en effet, le rayonnement solaire pourra pénétrer dans l’océan et bouleverser l’écosystème marin ainsi que le bilan de carbone. Quel nouvel équilibre s’établira alors ? C’est pour tenter de le savoir que les scientifiques de la mission « Mackenzie light and Carbon » (Malina) 1 sont venus en mer de Beaufort. Ils y surveillent l’activité microbienne, la production de biomasse et la photo-oxydation © G.Athier/LA-OMP Le journal du CNRS n°234-235 juillet-août 2009 À bord d’un Antonov (ci-dessus) bourré d’instruments scientifiques, les chercheurs mesureront la quantité de gaz à effet de serre au-dessus de la forêt. Le futur de l’Arctique dans un fleuve de la matière organique, autant de processus affectés par la lumière. « C’est d’autant plus important qu’en même temps surviendra une fonte de permafrost environnant, ce sol perpétuellement gelé des régions arctiques, ce qui pourrait amener vers l’océan une plus grande quantité de matières organiques et de nutriments via le drainage des fleuves », explique Marcel Babin, du Laboratoire d’océanographie de Villefranche (LOV) 2. Les premiers résultats ➔ OÙ Dans la mer de Beaufort sont attendus courant 2010, et les modèles d’ici à la fin du projet en 2012. A.K. ➔ QUAND 1 er juillet au 4 novembre 2009 1. La mission compte une forte collaboration canadienne. 2. Laboratoire CNRS/Université Paris-VI. MISSION YAK AEROSIB Le souffle de la forêt sibérienne Voltiger et tournoyer dans un coucou au-dessus de la Sibérie. C’est ce qui attend Jean-Daniel Paris et ses collègues russes et français, concepteurs de la mission Yak Aerosib, qui va les conduire à survoler l’extrémité orientale de la Russie. Leur but : élucider le rôle des « puits » de carbone, en particulier des forêts, dans le bilan des gaz à effet de serre. En effet, un quart du CO 2 atmosphérique d’origine humaine est absorbé par l’océan tandis que la végétation globale en prélève un tiers. Mais le bilan de la plus grande forêt de l’hémisphère Nord, la forêt sibérienne, n’est pas réellement connu : la photosynthèse fixe le carbone durant la période de croissance (l’été en journée), alors que la respiration en libère de manière continue, mais le bilan net reste difficile à mesurer. « C’est pour répondre à cette question que nous utilisons un avion rempli d’instruments scientifiques qui parcourt les basses couches de l’atmosphère – jusqu’à 7 kilomètres d’altitude – au-dessus de la Sibérie », explique Jean-Daniel Paris, du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) 1. Le taux de CO 2, le monoxyde de carbone, l’ozone et la quantité de suie qui émane des feux de forêt de l’été vont être mesurés en permanence. « Nous repérons clairement l’absorption du CO 2 par la forêt, et les mesures doivent être prolongées en toutes saisons pour tirer un bilan annuel. » A.K. 1. Laboratoire CNRS/CEA/Université de Versailles-Saint-Quentin. ➔ OÙ Au-dessus de la Sibérie ➔ QUAND Deuxième quinzaine de juillet ➔ CONTACT Marcel Babin, marcel.babin@obs-vlfr.fr ➔ POUR EN SAVOIR PLUS www.obs-vlfr.fr/Malina/➔ CONTACT Jean-Daniel Paris, jean-daniel.paris@lsce.ipsl.fr ➔ POUR EN SAVOIR PLUS www.lsce.ipsl.fr/Pisp/17/jean-daniel.paris.html Le brise-glace canadien Amundsen effectuera des mesures pour savoir quel sera le nouvel équilibre chimique et biologique lorsque
Sur la piste des espèces De la Chine au Groenland en passant par l’Afrique australe, des chercheurs sillonnent le globe et parcourent les régions les plus isolées de la planète afin de mieux connaître les espèces qui peuplent la Terre ou qui l’ont peuplée, leurs relations entre elles et avec leur environnement. L’objectif : mieux cerner les services rendus par les écosystèmes. © S. Sen/MNHN PALÉONTOLOGIE EN TURQUIE Du 15 juin au 15 juillet, une équipe du Muséum national d’histoire naturelle et du CNRS se rendra pour la troisième fois en Anatolie pour rejoindre des collègues turcs afin de poursuivre leurs recherches paléontologiques. Pour Sevket Sen, du Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements 1, le chef de mission, « trouver des traces de faune de l’Oligocène (il y a 24 à 34 millions d’années) permet de dater plus précisément le moment où il a pu y avoir des échanges fauniques entre l’Asie et l’Afrique ». Car la Turquie a été, il y a plusieurs millions d’années, le point de passage des animaux asiatiques vers le continent africain et inversement. Pour dater ce passage, les paléontologues recherchent notamment des os de Baluchithérium, le plus grand mammifère terrestre connu à ce jour. Cet animal, l’ancêtre géant du rhinocéros, vivait en Asie pendant l’Oligocène. Depuis 2006, des chercheurs français et turcs ont déjà exhumé des montagnes ocres d’une région d’Anatolie des os appartenant à un mâle, une femelle et un bébé. L’an dernier, la pelle suivie d’outils de grande précision a permis de dénicher un trésor : une mâchoire d’adulte mesurant 90 centimètres de long. Pour le moment, les paléontologues français et turcs n’ont pas reconstitué de squelette entier de l’animal – il en existe deux dans le monde –, mais Sevket Sen espère bien que cette mission sera l’occasion d’offrir au Muséum d’histoire naturelle d’Ankara un spécimen. Marine Cygler Aujourd’hui, 1,7 million d’espèces ont été décrites, et pourtant la biodiversité de notre planète est encore largement méconnue. « En effet, de l’ordre de 90% des espèces qui la peuplent restent à découvrir, avec des différences selon les groupes : on estime connaître 90% des vertébrés, seulement 5% des insectes et 1% des micro-organismes », rappelle Bernard Delay, du CNRS, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. « Quant à la connaissance de la biodiversité du passé, qui repose sur des données difficiles à obtenir, elle est donc encore très parcellaire. Par ailleurs, il reste beaucoup à faire pour mieux comprendre les interactions entre ces espèces, et avec leur environnement. » Afin d’améliorer les connaissances, impossible de se passer d’investigations sur le terrain. « Certes, la modélisation a énormément progressé ces vingt dernières années. Mais rappelons qu’un A la recherche du mammifère perdu 1. Centre CNRS/Museum nat. hist. nat./Université Paris-VI. Le chantier de fouilles, à 1 km du village de Gözükizilli, en Turquie. L’ENQUÊTE 23 modèle, outil mathématique servant à prévoir ce qui va se passer selon différents scénarios, doit d’abord être paramétré, puis validé, avec des données issues du « monde réel ». Plus ces données sont nombreuses et recueillies durant de longues périodes, plus le modèle sera performant. Prenons le cas d’un modèle de dynamique d’une population d’oiseaux. Il peut permettre, par exemple, de prévoir ce qui se passerait si la mortalité des adultes venait à augmenter. Pour le construire et le valider, il faut connaître la durée de vie des adultes, le nombre de petits produits chaque année par un couple et le taux de survie de ces jeunes, autant de données issues du terrain. Par ailleurs, il est désormais possible de reconstituer in silico – à l’aide d’outils informatiques – le fonctionnement d’écosystèmes simples, comme certains agrosystèmes. Mais beaucoup de milieux naturels plus complexes échappent encore à notre capacité de modélisation complète, comme certains écosystèmes océaniques. » ➔ OÙ Turquie, à proximité du village de Gözükizilli (150 km d’Ankara) ➔ QUAND 15 juin au 15 juilllet ➔ CONTACT Sevket Sen, sen@mnhn.fr ➔ POUR EN SAVOIR PLUS http:Ilumr5143.snv.jussieu.fr/L’équipe de Sevket Sen a découvert en 2008 cette mandibule de Baluchithérium à Bagdatli, non loin de Gözükizilli. > Le journal du CNRS n°234-235 juillet-août 2009 © S. Sen/MNHN



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